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Poésie

Archive for 24 décembre 2016

BONHEUR (Hourig Mayssian)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



BONHEUR

Voilà que passe devant toi
une jolie jeune fille,
les cheveux au vent, les yeux brillants.
Un frisson agréable parcourt ton corps

Elle passe très vite à côté de toi;
un clin d’oeil magique
et sa trace est déjà perdue
dans l’épais brouillard.

Elle passe à côté de toi.
Unique souvenir, nostalgie ou douleur,
elle te laisse un fol espoir,
de la rencontrer encore un jour !

(Hourig Mayssian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Irina Vitalievna Karkabi

 

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Soir d’hiver (Émile Nelligan)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Soir d’hiver

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur, que j’ai, que j’ai !

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : Où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !….

(Émile Nelligan)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Le Labyrinthe (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Le Labyrinthe

J’ERRE au fond d’un savant et cruel labyrinthe…
Je n’ai pour mon salut qu’un douloureux orgueil.
Voici que vient la Nuit aux cheveux d’hyacinthe,
Et je m’égare au fond du cruel labyrinthe,
O Maîtresse qui fus ma ruine et mon deuil.

Mon amour hypocrite et ma haine cynique
Sont deux spectres qui vont, ivres de désespoir ;
Leurs lèvres ont ce pli que le rictus complique :
Mon amour hypocrite et ma haine cynique
Sont deux spectres damnés qui rôdent dans le soir.

J’erre au fond d’un savant et cruel labyrinthe,
Et mes pieds, las d’errer, s’éloignent de ton seuil.
Sur mon front brûle encor la fièvre mal éteinte…
Dans l’ambiguïté grise du Labyrinthe,
J’emporte mon remords, ma ruine et mon deuil…

(Renée Vivien)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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La vitre brisée (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



La vitre brisée

Tout contre toi se meut. Le mauvais temps,
les lampes qui s’éteignent, la vieille maison
secouée par une rafale et que tu aimes
pour le mal enduré, les espoirs déçus,
les quelques biens par elle octroyés.
Il te semble que survivre est un refus
d’obéissance aux choses.

Et ce fracas
de la vitre de la fenêtre est la condamnation.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Un Secret (Félix Arvers)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Un Secret

Mon âme a son secret, ma vie a son mystère:
Un amour éternel en un moment conçu:
Le mal est sans espoir, aussi j’ai dû le taire,
Et celle qui l’a fait n’en a jamais rien su.

Hélas! J’aurai passé près d’elle inaperçu,
Toujours à ses côtés, et pourtant solitaire,
Et j’aurai jusqu’au bout fait mon temps sur la terre,
N’osant rien demander et n’ayant rien reçu.

Pour elle, quoique Dieu l’ait faite douce et tendre,
Elle ira son chemin, distraite, et sans entendre
Ce murmure d’amour élevé sur ses pas;

A l’austère devoir, pieusement fidèle,
Elle dira, lisant ces vers tout remplis d’elle:
« Quelle est donc cette femme? » et ne comprendra pas.

(Félix Arvers)

Illustration: Fabienne Contat

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Ecce homo (Paul Henri Lezac)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


ChristSaintJeanDeLaCroix-Dali

Je suis une terre brûlée
Les bombes, les sols calcinés
Je suis un vaste champ de mines
Murs détruits et longs pans de ruines,
Les villes dévastées

Je SUIS les corps déchiquetés
Pourrissant au fond des tranchées
Je suis le fracas des batailles
Le fer, l’acier et la mitraille
Le sang à flots versé

Je suis le pus, l’équarisseur
L’absent, la mort et la terreur
Je suis la flamme des bûchers
Les cris, les plaies de l’écorché
Le paria rejeté

Je suis dans les larmes du Blonde
Le désespoir, la bête immonde
Je suis las, elle se réveille
Parce que nul ne la surveille
Les enfants violentés.

(Paul Henri Lezac)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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La Lune s’est noyée… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



La Lune s’est noyée…

SEULE, je sais la mort de Madonna la Lune,
De la Lune aux cheveux si blonds et si légers,
Aux yeux furtifs et dont les voiles ouvragés
Glissaient avec un si doux frisson dans la brume…

Hier soir, quand j’errais au loin, je l’aperçus.
Je l’aperçus penchée et pleurant, sous l’yeuse,
Ainsi qu’une fantasque et plaintive amoureuse
Se lamentant des chers baisers trop tôt déçus.

Comme pour un festin, elle s’était parée,
Elle s’était parée avec ses colliers d’or.
Un hibou, s’élevant dans un craintif essor,
La frôla doucement de son aile égarée.

La Lune s’inclina. Telle aux soirs de jadis,
Aux longs soirs de jadis tremblants sur l’eau dormante
Elle mirait son front capricieux d’amante…
Et soudain j’entendis un froissement d’iris.

J’écartai les roseaux frémissants et tenaces,
Tenaces à l’égal de frêles bras liés.
La Lune reposait, avec ses beaux colliers.
Au loin se répandait un thrène de voix basses.

La Lune diffusait une faible splendeur,
Une splendeur mourante, au fond des herbes glauques.
Et voici que, soudain, ayant tu ses chants rauques,
Un crapaud se posa froidement sur son coeur.

Je vais pleurant la mort de la Lune, ma Dame,
De ma Dame qui gît au fond des nénuphars.
Il n’est plus de clarté dans ses cheveux épars,
Et ses yeux ont perdu l’azur vert de leur flamme.

Quel lit recueillera mon frileux désespoir,
Mon désespoir d’amant fidèle et de poète ?
O vous tous que le bruit de mes pleurs inquiète,
La Lune s’est noyée au fond de l’étang noir !

(Renée Vivien)

Illustration: Nicole Helbig

 

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Chassez le prince charmant, il revient au galop (Matthias Vincenot)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



Chassez le Prince Charmant

Chassez le prince charmant, il revient au galop
Les filles libérées ont coeur de midinette
Elles ont seules la clé des aimables bluettes
Où les garçons du monde s’appellent Roméo
Dans leur coeur d’artichaut naissent quelques
audaces
Pour un garçon qui passe
Une histoire de trop
Ce ne sont bien souvent que des rêves faciles
Dans le regard des filles
Rien n’a vraiment changé
Faisant négligemment dépasser leurs bretelles
Sourient du romantisme qu’elles veulent à foison
Parfois entre-deux, les arrières saisons
Donnent quelques espoirs aux pauvres imbéciles
Qui trébuchent souvent en s’avançant vers elles

Chassez le prince charmant, et j’accours aussitôt

(Matthias Vincenot)

Découvert ici chez Lecture/Ecriture

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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NOTRE CHANSON DES NUITS DE MAI (Toyoichirô Miyoshi)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016


 


 

NOTRE CHANSON DES NUITS DE MAI
WARERA NO GOGATSU NO YORU NO UTA

Ce qui soutient la terre mille mains mille douleurs
Ce qui saisit la terre dix mille mains dix mille angoisses
Ce qui enferme la terre cent millions de mains cent millions de peur
Ce sur quoi flotte la terre c’est la lutte entre la pauvreté la stérilité la destruction

Nos oreilles dorment dans la boue
Nos yeux s’éveillent dans la nuit
Nos cheveux s’emmêlent dans le vent
Et le vent souffle sur les pierres où nous dormons
Eldorado des pierres
Oliviers des ruines
Ongles jaunes des fossoyeurs –
Et elle, dans le miroir,
Dans les feuilles mortes éternelles, amas au fond de l’eau, elle dort
Le désir est un poisson inquiet qui nage dans l’espace de rêves prisonniers

Les arbres poussent leurs sanglots
Elle m’appelle au loin
Je lui réponds de près
Et le vent hurle en emportant nos voix
Elle cache en son sein une petite salière
J’ai dans une grande coupe un alcool amer
Dans sa salière j’en verse une goutte

Cristal de l’extase bracelet de l’amour
Qui devient fleur mignonne et répand son riche parfum dans lanuit noire
Enlacés nous dormons dans le sexe gris et creux de la terre
Quand l’horizon de l’été brûle son rouge écarlate
C’est la saison de la faim de la soif de l’ennui de la pourriture
Où revenir?
Ici, c’est l’Orient des sacrifices, on y cherche l’ombre dans la mer du désert
Armures usées Et deux amants
Pour un ami perdu
Joyeux oiseaux de la montagne poursuivis au-dessus d’un gouffre sans pitié
Cous pâles avancés vers l’avenir et qu’ajouter?
Croix immortelle où sont tatouées les rayures d’un destin aveugle
Si quelque chose a pu être oublié
C’est la foi en la destruction
C’est la croyance en la résurrection

Nos gorges cherchent une source pure
Nos mains caressent le ciel nocturne et frais du mois de mai
Et nous dormons en serrant dans nos bras chacun de nos deux mondes
Nos deux avenirs pleins de promesses
Le vent balaie nos rêves
Balaie l’arc-en-ciel de souffrances suspendu dans le vide
Ailes lourdes des oiseaux du soir qui dominent la terre qui dominent le soleil qui dominent nos espoirs
La mort est plus grande que nos chimères
Le silence est plus profond que la mer…

(Toyoichirô Miyoshi)

 

 

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L’invincible angoisse d’être heureux (Alessandro Baricco)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2016



 

Aron Wiesenfeld Postcards

J’ai adoré, moi, lorsque j’ai eu quarante ans, l’incessant crépitement souterrain, le hurlement obstiné sous la neige,
le désespoir muet au coeur du calme, la fragilité infinie, la solidité de la pierre posée sur le sable,
l’invincible angoisse d’être heureux -de cette façon-là-.
Avec toujours le soupçon qu’il aurait suffi d’un regard dans la rue, d’un moment de solitude,
quelques minutes de trop à attendre une amie, et tout se serait écroulé d’un seul coup, sans condition.
Et nous serions revenus en arrière, comme des navires rappelés au port, après la bataille.
Le port que nous étions dans notre jeunesse.

(Alessandro Baricco)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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