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Archive for 26 décembre 2016

Les Amis de Georges (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Les-amis-de-Georges-Brassens

Les Amis de Georges

Les amis de Georges étaient un peu anar
Ils marchaient au gros rouge et grattaient leur guitare
Ils semblaient tous issus de la même famille
Timides et paillards et tendres avec les filles
Ils avaient vu la guerre ou étaient nés après
Et s’étaient retrouvé à St-Germain-Des-Prés
Et s’il leur arrivait parfois de travailler
Personne n’aurait perdu sa vie pour la gagner

Les amis de Georges avaient les cheveux longs
A l’époque ce n’était pas encore de saison
Ils connaissaient Verlaine, Hugo, François Villon
Avant qu’on les enferme dans des microsillons
Ils juraient ils sacraient, Insultaient les bourgeois
Mais savaient offrir des fleurs aux filles de joie
Quitte à les braconner dans les jardins publics
En jouant à cache-cache avec l’ombre des flics

Les amis de Georges on les reconnaissait
A leur manière de n’être pas trop pressés
De rentrer dans le rang, pour devenir quelqu’un
Ils traversaient la vie comme des arlequins
Certains le sont resté, d’autres ont disparu
Certains ont même la Légion d’Honneur qui l’eut cru?
Mais la plupart d’entre eux n’ont pas bougé d’un poil
Ils se balladent encore la tête dans les étoiles

Les amis de Georges n’ont pas beaucoup vieilli
A les voir on dirait qu’ils auraient rajeuni
Le cheveu est plus long, la guitare toujours là
C’est toujours l’ami Georges qui donne le la
Mais tout comme lui ils ne savent toujours pas
Rejoindre le troupeau ou bien marcher au pas
Dans les rues de Paris, sur les routes de province
Ils mendient quelquefois avec des airs de prince

En chantant des chansons du dénommé Brassens

(Georges Moustaki)

 

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ANACHRONIQUES (Guy Béart)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



ANACHRONIQUES

Anachroniques
Les saltimbanques
Sont là
Salut
Salut nomades
Voici le monde
Qui vient
A vous

Ouvrez la tente
Qui tenait toute
En une main
Ecoute écoute
Ça ne te coûte
Que ça
Qu’un sou

Sur son bicycle
D’un autre siècle
Rivé
Rêvant
L’homme titube
Chavire et tombe
On rit
Hourra

Un âne maigre
Sur scène émigre
Clopin
Flapi
On dit qu’il compte
Jusqu’à cinquante
C’est beau
Sabot

Sur son trapèze
Le temps repose
Son pas
Si peu
La corde casse
Clouons la caisse
L’ami
Est mort

Roulez roulotte
Ma voix sanglote
Pour qui
Pour quoi
Poussière ou neige
Dans un nuage
Tout va
Tout vient

(Guy Béart)

Illustration: Pablo Picasso

 

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L’ARMOIRE NORMANDE (Robert Campion)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



armoire

L’ARMOIRE NORMANDE

Près de la huche, sous le chaume
Où fleurit Jeanne ainsi qu’un lis,
Comme la reine du royaume
Se tient l’armoire du pays.
C’est le bijou de la famille,
Un ancêtre le cisela ;
C’est aussi la dot d’une fille,
Ce vieux grand meuble que voilà.

Elle est solidement montée :
Sa ferrure est en fer forgé,
Et de sa corbeille sculptée
Pas une rose n’a bougé.
En ses rosaces se marie
L’églantine aux fleurs du pommier,
Et la tourterelle apparie
Son rêve au rêve d’un ramier.

Chacune de ses quatre planches
Supporte de beaux draps de lin,
Des nappes, des chemises blanches,
Des robes, des rubans sans fin.
Et tout en haut, touchant le faîte,
Encore animé d’un frisson,
Gît le bonnet des jours de fête,
En dentelle et point d’Alençon.

Elle est en chêne fin, si grande
Qu’on y pourrait dormir à deux

Et qu’il n’est pas une Normande
Qui n’y cache son amoureux.
En ses tiroirs sont les reliques
Du vieux et du bon temps passé,
Des médaillons, des bucoliques
Et les cheveux d’un trépassé.

Quand il faudra marier Jeanne,
Je veux qu’en plus de son trousseau
Elle ait mes chandeliers, mon âne,
Mon armoire à double panneau.
Sa richesse serait complète,
Si dans le coin du souvenir
Elle y trouvait une layette
Pour mon petit-fils à venir.

(Robert Campion)

Illustration

 

 

 

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SALUTATION (Ezra Pound)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016




SALUTATION

Ô génération de bourgeois
toujours inquiets
J’ai vu des pêcheurs pique-niquer
dans le soleil
J’ai vu leurs familles débraillées,
J’ai vu leurs sourires pleins de dents
et entendu leurs rires disgracieux.

Et je suis plus heureux que vous,
Et ils étaient plus heureux que moi:
Les poissons nagent dans le lac
et ne possèdent pas même un vêtement.

(Ezra Pound)

Illustration

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Boeuf volé Complainte que chantait le bœuf à l’âne (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Boeuf volé
Complainte que chantait le bœuf à l’âne

Moi je suis le boeuf. Je suis boeuf c’est vrai.
Un enfant a dit un jour Maman regarde le boeuf
J’ai su que j’étais boeuf.
Je suis intelligent comme un boeuf.
C’est confortable d’être boeuf.
On est à l’aise dans une grande peau.
Je ne suis pas mécontent d’être boeuf.
On tient sur ses quatre pattes
et on n’a qu’à baisser la tête pour manger.

Parfois je rêve.
Je rêve en marchant
en marchant de long en large comme un gendarme
qui se promène.
Alors je rêve que je suis oiseau.
Ça doit être drôle d’être oiseau.
On a des plumes on a des ailes.
Un oiseau ça vole. C’est tout dire.

Une fois j’étais déjà boeuf
– mais pas autant que maintenant –
il y a très longtemps
il y a bien deux cents boeufs depuis
de père en fils
– s’il m’est permis de m’exprimer ainsi
mais il y a des secrets dans toutes les familles
bon j’étais déjà bœuf
et j’ai vu quelque chose de pas banal pour un boeuf.
Il faisait nuit. Il y avait une étoile qui jouait
comme une grosse mouche d’or
entre mes cornes.
Parfois je rêve.
Je rêve en mangeant.
Je rêve que je suis mouche.
Ce doit être drôle d’être mouche.
Une mouche ça vole c’est tout dire.
On peut embêter les bœufs.
Tandis que quand on est bœuf
on ne peut pas embêter les mouches.
Je suis intelligent.
Forcément je suis boeuf.

Il faisait nuit oui nuit nuit.
Je me promenais sur mes quatre pattes
une après l’autre.
J’ai vu une porte ouverte.
J’ai passé ma tête de boeuf.
Il y avait là une jeune femme brune
un homme et sa barbe
et un petit enfant.
Pourquoi je suis entré je ne sais pas.
Cela m’a fait comme si une voix ordonnait :
entre donc front de boeuf
une voix comme qui dirait d’un Grand Boeuf.

Parfois je rêve.
Je rêve en mangeant avec mes cinq estomacs.
Je rêve que je me promène dans le ciel.
Ça doit être drôle d’être étoile.
Une étoile ça vole c’est tout dire.
C’est bête les rêves.
Ça vous vient quand on a trop mangé d’herbe
à boeuf
ou de trèfle
ou de luzerne
ou de simples.

Je me souviens bien. J’ai une mémoire de bœuf.
J’étais déjà bœuf et j’étais entré dans la crèche
et là il y avait un enfant nu.
C’est petit tout petit
petit comme une tête de boeuf
un enfant nu.
C’est rose un enfant nu.
C’est une rose.
C’est plus nu qu’un poussin qui sort de l’oeuf
plus nu qu’un colchique d’automne
quand ça a froid.

Parfois je rêve.
Je rêve entre mes cornes.
Chacun sait que j’ai l’air songeur.
Je rêve que je suis oeuf.
J’éclate en petits morceaux
blancs et je sors de l’oeuf
boeuf
avec mes quatre pattes
ma queue qui balance
et mes cornes qui avancent
quand je fais semblant
de n’être pas content.

Je me souviens. Moi bon boeuf
couleur des colchiques.
Je baisse la tête vers l’enfant
et je souffle. Comme un boeuf:
bien doucement.

vois l’enfant je
Parfois je rêve.
Je rêve que je suis souffle.
Je flotte dans l’air du soir
au-dessus de la mare
à la hauteur des peupliers
et du rouge soleil couché.
Alors je fais meuh.
Les enfants de l’école
qui cassent du bois
pour le premier feu
disent entre eux :
c’est le bœuf
Ils ne se trompent pas :
je suis le boeuf.

Mais je me souviens. J’ai soufflé tendrement
sur l’enfant
comme un bon boeuf
veuf
et l’enfant a ri.
Et la mère a souri.
Et le père a dit :
Marie.

Moi je suis le boeuf dont la tête brille en or
sur la boutique rouge du boucher
– et qui se demande bien pourquoi
parfois.

(Armand Lanoux)


Illustration

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Les arbres (Jules Renard)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



C’est après avoir traversé une plaine brûlée du soleil
que je les rencontre.

Ils ne demeurent pas au bord de la route, à cause du bruit.
Ils habitent les champs incultes, sur une source connue des oiseaux seuls.

De loin ils semblent impénétrables.
Dès que j’approche, leurs troncs se desserrent.
Ils m’accueillent avec prudence.
Je peux me reposer, me rafraîchir,
mais je devine qu’ils m’observent et se défient.

Ils vivent en famille, les plus âgés au milieu,
et les petits, ceux dont les premières feuilles viennent de naître,
un peu partout, sans jamais s’écarter.

Ils mettent longtemps à mourir,
et ils gardent les morts debout jusqu’à la chute en poussière.

Ils se flattent de leurs longues branches pour s’assurer qu’ils sont tous là, comme les aveugles.
Ils gesticulent de colère, si le vent s’essouffle à les déraciner.
Mais entre eux aucune dispute. Ils ne murmurent que d’accord.

Je sens qu’ils doivent être ma vraie famille.
J’oublierai vite l’autre.
Ces arbres m’adopteront peu à peu, et pour le mériter,
j’apprends ce qu’il faut savoir :

Je sais déjà regarder les nuages qui passent.

Je sais aussi rester en place.

Et je sais presque me taire.

(Jules Renard)


Illustration

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Pierres (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



Il faut parcourir le rivage
du lac Tragosoldo à Antiñana,
très tôt, quand la rosée
tremble dans les feuilles dures du canelo,
et ramasser des pierres mouillées, des raisins
de la rive, des galets
de flamme, de jaspe,
des cailloux violets ou des alvéoles
de roche, perforés
par les volcans ou les intempéries,
par le mufle du vent.

Mais oui, la chrysolite oblongue
ou le basalte d’Éthiopie
ou la carte cyclopéenne
du granite
t’attendent ici, mais nul ne vient
hormis le pêcheur ignoré
tout à sa marchandise palpitante.

Moi seul accours, parfois,
au petit jour,
à ce rendez-vous avec les pierres échouées,
humides, cristallines,
cendrées,
et les mains pleines
d’incendies éteints,
de structures secrètes,
d’amandes transparentes,
je retourne à ma famille,
à mes devoirs,
plus ignorant qu’au temps de ma naissance,
plus simple chaque jour,
chaque pierre.

(Pablo Neruda)


Illustration

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J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles (Georges Perec)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles,
intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ;
des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources ;

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né,
l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance),
le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas,
et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question,
cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié.
L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ;
il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles :
le temps va les user, va les détruire :
rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront,
l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire,
je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés.
Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière :
« Ici, on consulte le bottin » et « Casse-croûte à toute heure» .

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts.
Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose :
arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse,
laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes…

(Georges Perec)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Andrej Gorenkov

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JEUDI SAINT (William Blake)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016




JEUDI SAINT

Est-ce une chose sainte, la misère
Qu’un pays riche et prospère, pourtant,
Fait supporter à ses petits enfants
Nourris d’une main froide et usurière ?

Ceci est-il un chant ? Non, c’est un cri !
Lorsque l’on voit la foule si nombreuse
De ces pauvrets, la joie est odieuse
Pays de misère est ce pays-ci…

Et jamais sur eux leur soleil ne brille!
Et leurs prés toujours sont nus et glacés !
Et tous leurs chemins sont pleins de ronciers.
L’hiver éternel, voilà leur famille.

(William Blake)

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ATTENDRE (Pierre-Albert Birot)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2016



 

Lierre panaché près du boulevard périphérique, porte d'Auber

ATTENDRE

Bien que sois sis et benaise au fond d’un grand fauteuil
J’attends j’attends comme doit attendre un poteau planté sur un bord de route
Et qu’attend-il ce poteau depuis des ans qu’il est planté là
Ne sais puisque moi homme ne suis de la famille des poteaux et donc ne sais ce qu’ils pensent
Mais ils attendent c’est évident
Et même ils extériorisent plus que moi car on peut me passer devant
Et ne pas savoir que j’attends
Tandis que tout le monde en passant devant un poteau
Se sent obligé de dire que diable attend-il encor celui-là
Seulement voici la différence
Le poteau n’a pas de nerfs
Alors il est presque aussi patient qu’un saint
Et dame un saint est presque un poteau
Mais moi ne suis ni saint ni poteau
Et j’attends j’attends j’attends et ne vient pas ce que j’attends
Comme un poteau c’est peut-être le Temps

(Pierre-Albert Birot)

Illustration

 

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