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Poésie

Archive for 27 décembre 2016

SIBYLLES (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



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SIBYLLES

Sibylles à l’intérieur d’antres pierreux,
Absolument sans amour, aveugles,
Nourrissant le vide comme on nourrit un feu
Tandis que l’ombre dissout la nuit et le jour
Dans la même lumière d’horreur désincarnée.

Chasser la monstrueuse rosée
Des nuits intérieures, la sueur
Des forces attachées à elles-mêmes
Quand les mots cognent contre les murs,
Grands vols aveugles d’oiseaux prisonniers,
Quand la très aiguë horreur d’avoir des ailes
Sonne comme une horloge dans le vide.

***

SIBILAS

Sibilas no interior dos antros hirtos
Totalmente sem amor e cegas,
Alimentando o vazio como um fogo
Enquanto a sombra dissolve a noite e o dia
Na mesma luz de horror desencarnada.

Trazer para fora o monstruoso orvalho
Das noites interiores, o suor
Das forças amarradas a si mesmas
Quando as palavras batem contra os muros
Em grandes voos cegos de aves presas
E agudamente o horror de ter as asas
Soa como um relógio no vazio.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: John William Waterhouse

 

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LUMINEUX LES JOURS… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



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LUMINEUX LES JOURS…

Lumineux les jours abolis
Quand midi réduisait l’ombre des colonnes
Quand le bleu du ciel prenait en lui la terre
Apaisée dans le murmure
Du feuillage et des dieux.

***

LUMINOSOS OS DIAS…

Luminosos os dias abolidos
Quando o meio-dia inclinava a sombra das colunas
E o azul do céu tomava em si a terra
Apaziguada no murmúrio
Das folhagens e dos deuses.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration: John William Waterhouse

 

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NARD (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



NARD

Nard
Lourd et dense,
Opaque et blanc,
Fait
D’obscure respiration
Et de bercement nocturne.

***

NARDO

Nardo
Pesado e denso,
Opaco e branco,
Feito
De obscura respiração
E de nocturno embalo.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 Illustration: Andrzej Malinowski

 

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CORAIL (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



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CORAIL

Il s’en allait et revenait
Et à chaque chose il demandait
Son nom.

***

CORAL

la e vinha
E a cada coila perguntava
Que nome tinha.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

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IPHIGENIE.. (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



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IPHIGENIE…

Iphigénie conduite au sacrifice,
Parmi les cris aigus de ceux qui la pleurent,
Marche sereinement dans la lumière
Et son visage qui se tourne vers le vent,
Telle une victoire à la proue d’un navire,
Intact détruit tout le désastre.

***

IFIGÉNIA…

Ifigénia levada em sacrificio,
Entre os agudos gritos dos que a choram,
Serenamente caminha com a luz,
E o seu rosto voltado para o vento,
Como viaria à proa dum navio,
Intacto destrói todo o desastre.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration

 

 

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LA RACINE DU PAYSAGE… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



LA RACINE DU PAYSAGE…

La racine du paysage fut coupée.
Tout flotte, absent, divisé,
Tout flotte sans nom et sans bruit.

***

A RAIZ DA PAISAGEM..

A raiz da paisagem foi cortada.
Tudo flutua ausente dividido,
Tudo flutua sem nome e sem ruído.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

Illustration

 

 

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Oragua-miroir (Eléonore Sioui)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



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Je sens mon coeur
Battre les sanglots
Pendant que je me repose
D’avoir battu le temps
Sur l’enclume de l’Espace
De la vie

(Eléonore Sioui)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

 

 

 

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Est-elle un empire (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



 

Est-elle un empire
la lumière qui s’éteint
ou une luciole ?

(Jorge Luis Borges)

 

 

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Silence (Radovan Ivsic)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



Ils grandissent et disparaissent
les anneaux de la mémoire
il est calme
le lac du monde
tu es muette et profonde
seule
tu es le coeur du monde
nu.

Même les seins sont des fleurs fugitives
tes cuisses d’herbe bercent ma main
et les baisers sont lents comme la clarté
lents
j’oublie et la pesanteur et la peine
la peine des fleurs trop éloignées
pour s’embrasser
et mes doigts s’effeuillent sur tes épaules
comme si le vent semait et je meurs de tendresse
partout
et de nouveau ma main coule sur ton corps clair
sur les pommes
que je caresse de mon oeil
nu.

Jeunes filles jeunes filles
je serai tellement joyeux.

(Radovan Ivsic)

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Amour, signal étrange (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2016



Amour, signal étrange

Je les aime trop, sans savoir que je les aime,
les filles en route pour la prière.
Tombée du jour.
Elles non plus ne se savent pas aimées
par le garçon aux yeux baissés mais attentifs.
J’en regarde une, j’en regarde une autre, je sens
le signal silencieux de quelque chose
que je ne sais définir — plus tard je le saurai.
Ce n’est pas seulement Hermînia, ou Marieta,
ou Dulce ou Nazaré ou Carmen.
Toutes, elles me blessent — doucement,
elles passent sans le remarquer. Le jour tombant
déjà décompose les silhouettes, moi-même
je suis une ombre à la fenêtre du premier étage.
Que faire de ce sentiment
que je ne puis même nommer sentiment?
Je suis en train de me préparer à souffrir
tout comme les jeunes gens étudient pour devenir médecin
ou avocat.

(Carlos Drummond de Andrade)


Illustration: Maurice Denis

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