Arbrealettres

Poésie

Te parler papa (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2016



Te parler papa j’ai pu te paparler un peu un petit peu paparce que nous n’avions plus tout le temps.
Dehors le monde ses oiseaux blancs comme des avions, le mur du son.
Tes mains sur le drap blanc jaunissaient jaunissaient.
Ils n’ont sûrement pas le droit de voler aussi bas pas pas le droit de voler aussi bas tu disais.
Même même le blanc de tes yeux était jaune nous alors nous sommes tout pardonné.

Ça va quand on demande moi je dis bien surtout s’il y a du monde je prends sur moi très bien.
On ne me voit pas chez l’épicière sangloter sur les pommes de terre.
Ni aux guichets de la poste retarder l’envoi pressé d’un colissimo.
Ça va je dis sans dire et la tête et la tête.
Ça rime à rien ta mort intérieurement pauvre chant.
De timbres je voudrais et de patates un carnet s’il vous plaît, un filet.
Merci beaucoup de monde.

***

Talk to you dad I managed a bit of daddychat a chitter ’cause we didn’t have that much time.
Outside the world its birds as white as planes, the barrier of sound.
Your hands on the white sheet were growing yellow yellow.
Surely they have no right to fly so low no right no fly so low you said.
Even the whites of your eyes were even yellow so we two forgave each other everything.

Okay when people ask I tell them fine especially when there are people round me yes I’m coping fine.
You don’t see me in the grocer’s weeping over the potatoes.
Nor waiting at the PO window when a portant package has to be packed off.
I’m fine it goes I say without saying my head my head.
It makes no sense your dying inwardly poor song.
Some stamps I need and some potatoes please a book, a bag.
Thanks a bundle.

(Valérie Rouzeau)

 

4 Réponses vers “Te parler papa (Valérie Rouzeau)”

  1. filamots said

    Bonjour poète, me voilà sur la piste du mot avion. Une mini- nouvelle pour laquelle je n’ai pour l’instant aucune idée. Je suis sur la piste mais n’ai pas encore décollé avec une idée.
    Je m’arrête sur ce poème tellement fort et décoiffant.

  2. j’aime beaucoup,j’étais complètement déboussolée à la mort de mon père, je comprend!

    • arbrealettres said

      oui ce poème peut paraître absurde mais il parle bien finalement du choc de l’absurdité de la mort des proches et de « la perte » jusque dans les mots qui s’entrechoquent…

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