Arbrealettres

Poésie

Archive for 1 janvier 2017

Je parle pour cette ombre (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

Je parle pour cette ombre qui s’éloigne à la fin du jour
ou n’est-ce pas plutôt elle qui chante en s’éloignant,
son pas qui parce qu’il l’emporte dans les champs
parle avec toute la douceur de la distance ?

Quel est cet air plus mélodieux que l’air,
sinon la déchirure même et la distance de la terre
qui murmure amoureusement, sinon les heures
qui de passer font une suite de paroles ?

Qui disparaît ne pleure point, mais chante.
Les arbres, les maisons, les fleurs s’effacent tour à tour
jusqu’aux chemins où l’ombre va toujours du même pas,
les yeux mi-clos fixés sur la flèche des eaux.

Et là où l’ombre enfin se dérobe à ma vue
à peine plus qu’elle si docile et disparue,
s’élève le souffle d’une montagne.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Il y aura toujours dans mon œil (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



ombre-oiseau-3-800x600

 


Arbres, travailleurs tenaces ajourant peu à peu la terre
Ainsi le cœur endurant peut-être, purifie

Je garderai dans mon regard
comme une rougeur plutôt de couchant que d’aube
qui est appel non pas au jour mais à la nuit
flamme qui se voudrait cachée par la nuit
J’aurai cette marque sur moi de la nostalgie de la nuit
quand même la traverserais-je avec une serpe de lait

Il y aura toujours dans mon œil cependant une invisible rose de regret
comme quand au-dessus d’un lac a passé l’ombre d’un oiseau

Et des nuages très haut dans l’air bleu
qui sont des boucles de glace la buée de la voix
que l’on écoute à jamais tue

(Philippe Jaccottet)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pommes éparses (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

Pommes éparses
sur l’aire du pommier

Vite!
Que la peau s’empourpre
avant l’hiver!

(Philippe Jaccottet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

La terre tout entière visible (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



plume-800x600

 

La terre tout entière visible
mesurable
pleine de temps

suspendue à une plume qui monte
de plus en plus lumineuse

(Philippe Jaccottet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

Le souci de la tourterelle (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



tourterelle-des-bois

Le souci de la tourterelle
c’est le premier pas du jour

rompant ce que la nuit lie

(Philippe Jaccottet)

 Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Paroles dans l’air (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Paroles dans l’air

L’air si clair dit : « Je fus un temps votre maison
puis viendront d’autres voyageurs à votre place,
et vous qui aimiez tant ce séjour, où irez-
vous? Je vois bien de la poussière sur la terre,
mais vous me regardiez, et vos yeux paraissaient
ne pas m’être inconnus ; mais vous chantiez parfois,
est-ce donc tout? Vous parliez même à demi-voix
à quelqu’un qui était souvent ensommeillé,
vous lui disiez que la lumière de la terre
était trop pure pour ne pas avoir un sens
qui échappât de quelque manière à la mort,
vous vous imaginiez avancer dans ce sens,
et cependant je ne vous entends plus : qu’avez-
vous fait? que va penser surtout votre compagne? »

Elle répond à travers ses heureuses larmes :
« Il s’est changé en cette ombre qui lui plaisait. »

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Markus Raetz

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Tout à la fin de la nuit (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

Tout à la fin de la nuit
quand ce souffle s’est élevé
une bougie d’abord
a défailli

Avant les premiers oiseaux
qui peut encore veiller?
Le vent le sait, qui traverse les fleuves

Cette flamme, ou larme inversée:
une obole pour le passeur

(Philippe Jaccottet)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce qui brûle (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Ce qui brûle déchirant l’air
rose ou par brusque arrachement
ou par constant éloignement

En grandissant la nuit
la montagne sur ses deux pentes
nourrit deux sources de pleurs

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

A Vénus (Joachim du Bellay)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



A Vénus

Ayant après long désir
Pris de ma douce ennemie
Quelques arrhes du plaisir,
Que sa rigueur me dénie,
Je t’offre ces beaux oeillets,
Vénus, je t’offre ces roses,
Dont les boutons vermeillets
Imitent les lèvres closes
Que j’ai baisé par trois fois,
Marchant tout beau dessous l’ombre
De ce buisson que tu vois
Et n’ai su passer ce nombre,
Parce que la mère était
Auprès de là, ce me semble,
Laquelle, nous aguettait
De peur encores j’en tremble.
Or’ je te donne des fleurs
Mais si tu fais ma rebelle
Autant piteuse à mes pleurs,
Comme à mes yeux elle est belle,
Un myrthe je dédierai
Dessus les rives de Loire,
Et sur l’écorce écrirai
Ces quatre vers à ta gloire
« Thénot sur ce bord ici,
A Vénus sacre et ordonne
Ce myrthe et lui donne aussi
Ses troupeaux et sa personne. »

(Joachim du Bellay)

Illustration: Théodore Chassériau

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Amour (Hafiz)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Amour, tu es tout beauté, et aussi délicate que la rosée
Sur un pétale de rose est ta juvénile fraîcheur.
Ô Amour, le vrai parfum de la rose,
Tel que la rosée le répand sur le gazon,
Frappant mes sens comme une invisible épée,
S’exhale du rosier de ton sein ;
Et vois ! les rossignols même sont devenus fous,
Éperdus de chant comme s’ils avaient
Vu ton visage dans un instant de délire.
Maintenant que, dans sa jolie main, le rosier
Élève haut la coupe pleine à ras bords de vin rouge sang,
Mon coeur, laisse ces questions au plus profond de toi,
Et cherche avec moi les sauvages contrées verdoyantes.
Qui se soucie de problèmes, humains ou divins ?

(Hafiz)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :