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Poésie

Archive for 1 janvier 2017

VOIX (Alfonsina Storni)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



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VOIX

Je t’attacherai
à mes poignets
comme une flamme,
douleur de servir
à des choses niaises.
Je vais me mettre à courir
les poings levés
parmi les maisons des hommes.

Nous avons dormi, tous,
trop dormi.
Dormi
en pleine lumière
comme les étoiles
en plein jour.
Dormi
sous des lampes
à moitié allumées,
glacés
dans l’ardeur solaire,
comptant le nombre
de nos cheveux,
regardant pousser
notre vingtaine
d’ongles.

Quand donc
les jardins du ciel
prendront-ils racine
dans la chair des hommes,
dans la vie des hommes,
dans la maison des hommes ?

Il ne faut pas dormir
jusque-là.
Paupières ouvertes,
écartées de force avec les doigts
si elles veulent céder,
jusqu’à ce que la fatigue
les rendent toutes rouges,
comme ces cercles autour de la lune
quand l’orage
tente
d’écarteler l’univers.

(Alfonsina Storni)

Illustration

 

 

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L’HOMME ESCALADE SON PARADIS SECRET (Eduardo Jonquieres)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

L’HOMME ESCALADE SON PARADIS SECRET

Couronné de nuit, d’éclairs et d’immédiats nuage
L’homme en détresse escalade son paradis secret
Il tire à lui, comme une outre, cette agnelle pleine
Cette panse gonflée, emplie d’obscures cantilènes
La vie, avec son lent écoulement.

Il est seul au milieu du désir,
Lent, devenu son écorce dernière.
Le temps désaccorde sa voix étouffée.
La mort passe, les hontes
Acceptées, la rougeur coupable et les heures d’absolu

(La mort passe et pardonne,
Les fautes demeurent dans la besace pleine.)

Que reste-t-il de lui sinon le plus perdu ?
Quoi de plus, sinon le moins ?
Que reste-t-il après la prière et la colère insensées
Pour apaiser les anciens jours et le futur ?

Les portes n’admettent pas la quête prudente.
Qui appelle, et quoi ? Quel bandeau déchiré
Tombe
Montrant la chair vive, nuisible,
Ouverte à l’air, sanglotant par le dedans
Avec l’autre face tournée vers le vide ?
On n’appelle pas, non, personne n’appelle.
Personne n’aide l’homme à monter
Vers son paradis secret. Et la vie
Le tire à lui, la vie pleine.

(Eduardo Jonquieres)

Illustration

 

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C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
Fait à ton image

(Guillaume Apollinaire)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

 

 

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Fillettes (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Fillettes, les fleurs sont écloses,
Dansez, courons,
Je suis ébloui par les roses
Et par vos fronts.

Chez les fleurs vous êtes les reines ;
Nous le dirons
Aux bois, aux prés, aux marjolaines,
Aux liserons.

Avec l’oiselle l’oiseau cause,
Et s’interrompt
Pour la quereller d’un bec rose,
Aux baisers prompt.

Donnez-nous, gaîtés éphémères,
Futurs tendrons,
Beaucoup de baisers. — A vos mères
Nous les rendrons.

(Victor Hugo)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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Le soir (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Le soir

En vain l’Aurore,
Qui se colore,
Annonce un jour
Fait pour l’Amour ;
De ta pensée
Tout oppressée,
Pour te revoir,
J’attends le soir.

L’Aurore en fuite
Laisse à sa suite
Un soleil pur,
Un ciel d’azur.
L’amour s’éveille ;
Pour lui je veille ;
Et pour te voir,
J’attends le soir.

Heure charmante,
Soyez moins lente !
Avancez-vous
Moment si doux !
Une journée
Est une année,
Quand, pour te voir,
J’attends le soir.

Un voile sombre
Ramène l’ombre ;
Un doux repos
Suit les travaux.
Mon sein palpite ;
Mon cœur me quitte…
Je vais te voir ;
Voilà le soir !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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Normal (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Normal

fin de semaine on est
à bout de souffle sans raison
dans le jardin
tout est très calme
et seul

on va dans le jardin
le ciel bleu le prunus
cette fin d’été diluée
avec moins de lumière
chaque jour

normal

(Antoine Emaz)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

Illustration: Paul Cézanne

 

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Un arbre (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Un arbre, c’est de la terre qui s’élève, se ramifie et s’épanouit vers le bleu.
C’est une conversation de feuillages et de fruits entre le soleil et la mort.
C’est encore une échelle où s’ajustent nos proportions et nos climats.

Le début et la fin de l’herbe sont incertains.

(Jean-Michel Maulpoix)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Toi cependant (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Toi cependant,

ou tout à fait effacé
et nous laissant moins de cendres
que feu d’un soir au foyer,

ou invisible habitant l’invisible,

ou graine dans la loge de nos cœurs,

quoi qu’il en soit,

demeure en modèle de patience et de sourire,
tel le soleil dans notre dos encore
qui éclaire la table, et la page, et les raisins.

(Philippe Jaccottet)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 Illustration: Fabienne Guilhem

 

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Avec mes tympanons, ma trompe et mes timbales (Jean-Michel Maulpoix)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



Avec mes tympanons, ma trompe et mes timbales
Je chanterai sur un semblant d’air lyrique
Le grand tintamarre de la mer moderne et désuète
Pleine à ras bord de vieilleries et de trésors légendaires
Accrue de performances et de péripéties nouvelles
Traversée de cargos, de brise-glaces et de méthaniers monumentaux.

Ce sera une espèce inouïe de poème
Gonflé de belles images et de bons sentiments
Mimant à la manière antique le pathos de la mer et la discorde de ses bruits archaïques
Pressant l’accordéon du large au poumon bleu gonflé d’œdèmes
Faisant chanter ses boursouflures au pied des phares et des balises
Médusant ses moutons, ses mollusques
Soldant le gros temps à bas prix.

(Jean-Michel Maulpoix)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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La mer comme un néant (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2017



 

La mer comme un néant
Qui se voudrait la mer,

Qui voudrait se donner
Des attributs terrestres,

Et la force qu’elle a
Par référence au vent

(Eugène Guillevic)

Découvert ici: https://litteratureportesouvertes.wordpress.com/

 

 

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