Arbrealettres

Poésie

Archive for 5 janvier 2017

Ce que l’Amour a de plus doux (Hadewijch)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Ce que l’Amour a de plus doux,
ce sont ses violences;
son abîme insondable
est sa forme la plus belle;
se perdre en lui, c’est atteindre le but;
être affamé de lui
c’est se nourrir et se délecter;
l’inquiétude d’amour est un état sûr;
sa blessure la plus grave
est un baume souverain;
languir de lui est notre vigueur;
c’est en s’éclipsant qu’il se fait découvrir;
s’il fait souffrir, il donne pure santé;
s’il se cache, il nous dévoile ses secrets;
c’est en se refusant qu’il se livre;
il est sans rime ni raison et c’est sa poésie;
en nous captivant il nous libère;
ses coups les plus durs
sont ses plus douces consolations;
s’il nous prend tout, quel bénéfice !
c’est lorsqu’il s’en va
qu’il nous est le plus proche;
son silence le plus profond
est son chant le plus haut;
sa pire colère
est sa plus gracieuse récompense;
sa menace nous rassure
et sa tristesse console de tous les chagrins :
ne rien avoir, c’est sa richesse inépuisable.
Mais de l’amour on peut dire aussi
que sa plus haute assurance
nous fait faire naufrage,
et son état le plus sublime
nous coule à fond;
son opulence nous appauvrit
et ses bienfaits sont nos malheurs; ses consolations agrandissent
nos blessures;
son commerce est mainte fois mortel;
sa nourriture est famine,
sa science égarement;
son école nous apprend à nous perdre;
son amitié est cruelle et violente;
c’est quand il nous est fidèle
qu’il nous fuit
sa manifestation consiste à se cacher
sans laisser de traces
et ses dons, à nous voler encore davantage;
ses promesses sont séductrices,
sa parure nous dénude,
sa vérité nous déçoit
et son assurance est mensonge.
Voilà le témoignage
que moi-même et bien d’autres
nous pouvons porter à toute heure,
à qui l’amour a souvent montré
des merveilles,
dont nous reçûmes dérision,
ayant cru tenir ce qu’il gardait pour lui.
Depuis qu’il m’a joué ces tours
et que j’ai appris à connaître ses façons,
je me comporte toute autrement avec lui :
ses menaces, ses promesses,
tout cela ne me trompe plus :
je le veux tel qu’il est, peu importe
qu’il soit doux ou cruel, ce m’est tout un.

(Hadewijch)

Illustration: Ikenaga Yasunari

 

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L’œil meurt (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017




« L’œil meurt,
non de ce qu’il a vu
mais de ce qu’il ne saisira jamais. »

(Edmond Jabès)

Illustration: John William Waterhouse

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Quand les nombres et les figures (Henri d’Ofterdingen de Novalis)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

Quand les nombres et les figures
Ne seront plus la clef de toute créature,
Quand, par les chansons et les baisers
Nous en saurons plus long que les savants,
Quand l’ombre et la lumière
Se marieront à nouveau dans la pure clarté,
Quand à travers les légendes et les poèmes
Nous connaîtrons la vraie histoire du monde,
Alors s’évanouira devant l’unique mot secret
Ce contresens que nous appelons réalité.

(Henri d’Ofterdingen de Novalis)

 

 

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Ah qu’il vienne qu’il vienne le temps où j’adhère à la peau de la pierre (Jacques Brault)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

Ah qu’il vienne qu’il vienne le temps
où j’adhère à la peau de la pierre
qu’il vienne le temps mien à jamais
où je repose sur la joue de la terre…

(Jacques Brault)

Illustration: Siegfried Zademack

 

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Je crois à la solitude rompue (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Je crois à la solitude
rompue comme du pain
par la poésie.

(Anne Hébert)

 

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Je sais qu’on ne sait jamais! (Jean-Loup Dabadie)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



 

Je sais qu’on ne sait jamais!

Quand j’étais gosse, haut comme trois pommes,
J’parlais bien fort pour être un homme
J’disais, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS, JE SAIS

C’était l’début, c’était l’printemps
Mais quand j’ai eu mes 18 ans
J’ai dit, JE SAIS, ça y est, cette fois JE SAIS

Et aujourd’hui, les jours où je m’retourne
J’regarde la terre où j’ai quand même fait les 100 pas
Et je n’sais toujours pas comment elle tourne !
Vers 25 ans, j’savais tout : l’amour, les roses, la vie, les sous
Tiens oui l’amour ! J’en avais fait tout le tour !

Et heureusement, comme les copains, j’avais pas mangé tout mon pain :
Au milieu de ma vie, j’ai encore appris.
C’que j’ai appris, ça tient en trois, quatre mots :

« Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau,
j’peux pas mieux dire, il fait très beau ! »

C’est encore ce qui m’étonne dans la vie,
Moi qui suis à l’automne de ma vie
On oublie tant de soirs de tristesse
Mais jamais un matin de tendresse !

Toute ma jeunesse, j’ai voulu dire JE SAIS
Seulement, plus je cherchais, et puis moins j’ savais
Il y a 60 coups qui ont sonné à l’horloge
Je suis encore à ma fenêtre, je regarde, et j’m’interroge ?

Maintenant JE SAIS, JE SAIS QU’ON NE SAIT JAMAIS !
La vie, l’amour, l’argent, les amis et les roses
On ne sait jamais le bruit ni la couleur des choses
C’est tout c’que j’sais ! Mais ça, j’le SAIS… !

(Jean-Loup Dabadie)

 

 

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Qu’est-ce qui résonne au coeur de la vie des hommes ? (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Qu’est-ce qui résonne au coeur de la vie des hommes ?
Ce bruit entre les rumeurs,
ce cri entre les regards, entre les silences ?

Qu’est-ce qui se cache
et se montre à la fois ?

Qu’est-ce qui revient ?

(Alain Suied)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Nu et à nouveau vierge (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Le temps est, peut-être, venu pour toi
de te libérer de ton prénom.
Tâche longue et ardue.
Il faut que tu atteignes ta mort,
sans identité,
nu et à nouveau vierge.

(Edmond Jabès)

Illustration

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Les mystérieux arrangements des lettres (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



Si nous ne pouvons pas créer la voûte céleste,
c’est parce que nous ignorons
les mystérieux arrangements des lettres
avec lesquelles les cieux et la terre furent conçus.

Si nous ne pouvons empêcher la lumière de s’éteindre,
c’est parce que la combinaison des lettres qui la sauverait des ténèbres,
nous est inconnue.

Si nous ne pouvons, ô mort, que te considérer comme l’absurde
et douloureuse échéance de toute existence,
c’est parce que nous ne savons grouper selon la vie,
les lettres qui feraient de toi, non point son achèvement,
mais son levain.

(Edmond Jabès)

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Les anges (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2017



« Les anges – disait-il encore –
sont tantôt en haut, tantôt en bas;
attirés autant par les gouffres
que par les sommets.

(Edmond Jabès)

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