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Poésie

Archive for 7 janvier 2017

Qu’il serait bon (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



Qu’il serait bon d’être la poussière de la route
Et que les pieds des pauvres viennent me fouler…

Qu’il serait bon d’être les fleuves qui s’écoulent
Et que les lavandières viennent sur mes berges…

Qu’il serait bon d’être les peupliers sur la rive du fleuve
Et d’avoir le ciel seul en contre-haut et l’eau en contre-bas…

Qu’il serait bon d’être l’âne du meunier
Et qu’il me batte et me câline…

Plutôt cela que d’être celui qui traverse la vie
En regardant derrière lui et sujet au chagrin…

(Fernando Pessoa)

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Invitation au voyage (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



Invitation au voyage

Sur les rythmes discrets
Des ondes ancestrales,
Que ne puis-je, fillette, emporter tous tes traits!
Tes beautés idéales!
De loin s’en vient la vague au murmure assourdi
Qu’on entend jusqu’ici.

Cernant ton ombre douce
Au contour éthéré,
Le clapotis imprime une faible secousse

A mon bateau paré.
Et le port virginal de la beauté lointaine
M’ouvre grand son domaine.

Viens, montre-moi ton art.
Ta grâce et ton jeune âge
Puissent-ils embellir pour une large part
Son céleste rivage!
Son rempart, fléchis-le de ton regard câlin.
Fais qu’il soit moins hautain.

Viens. Vois, sur notre route,
Le phare incandescent
De mon rêve irisé, superbe… que j’écoute…
Quand, mon désir naissant,
Son éclat argenté tâche de te rejoindre…
Le soir. Viens. Sans rien craindre.

Pourquoi donc rester là?
Tu viens ou je t’enlève.
Pourquoi donc différer? Décide-toi. Suis-moi.
Ma volonté, sans trêve,
Se jouera de l’écueil de ta sotte pudeur,
Dissoudra ta froideur.

(Attila Jozsef)


Illustration: Antoine Watteau

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ANGE AU GRELOT (Tanikawa Shuntarô)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Paul Klee    ange_au_grelot

ANGE AU GRELOT

Les choses que j’aurais tant voulu écrire
sont celles que je n’ai jamais su mettre en mots

Chatouillé par le grelot de l’ange
un bébé rit
Câlinée par le souffle du vent
une fleur fait « oui » de la tête

Jusqu’où aurait-il donc fallu poursuivre la route ?
Les jours d’après la mort à ceux d’avant la vie
en un cercle bien rond s’enchaînent

A présent j’ai droit au silence
Malgré la foule des paroles
Malgré les milliers de chansons
La tristesse ne s’est jamais dissipée et pourtant

La joie non plus ne s’est jamais envolée

(Tanikawa Shuntarô)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration: Paul Klee

 

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FEMMES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



FEMMES

Déraisonnable don du Généreux, ô Femmes
maquillées pour nous d’arc-en-ciel
frêle miracle artificiel
dont l’envie me meurtrit jusqu’au seuil de l’infâme

Je viens à vous en affamé que le temps presse
voiler vos yeux de papillons
pour que fleurisse le sillon
du voyage éperdu vers l’ultime allégresse

Vainqueur enfin vaincu si vite délivré
des sortilèges du mystère
que l’aimée devient l’étrangère
tandis que brûle en moi mon sang renouvelé

Mais je renais tenté dès l’aube où s’illuminent
dans le soleil ces femmes-proies
et mes yeux tourmentés d’émois
confondent pour ma faim l’élue et la victime

Passantes de ma vie livrez au mendiant
ce pain fruité de ma hantise
sans demander une autre mise
que la splendeur d’un fugitif apaisement

Et toi câline épouse en mon tourment si sage
oublie ces semailles de feu
car au fol creuset de mes jeux
cent femmes surpeuplées ne tuent pas ton image.

(Pierre Béarn)

 

 

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Je t’aime d’être faible… (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



Je t’aime d’être faible…

JE t’aime d’être faible et câline en mes bras
Et de chercher le sûr refuge de mes bras
Ainsi qu’un berceau tiède où tu reposeras.

Je t’aime d’être rousse et pareille à l’automne,
Frêle image de la Déesse de l’automne
Que le soleil couchant illumine et couronne.

Je t’aime d’être lente et de marcher sans bruit
Et de parler très bas et de haïr le bruit,
Comme l’on fait dans la présence de la nuit.

Et je t’aime surtout d’être pâle et mourante,
Et de gémir avec des sanglots de mourante,
Dans le cruel plaisir qui s’acharne et tourmente.

Je t’aime d’être, ô soeur des reines de jadis,
Exilée au milieu des splendeurs de jadis,
Plus blanche qu’un reflet de lune sur un lys…

Je t’aime de ne point t’émouvoir, lorsque blême
Et tremblante je ne puis cacher mon front blême,
O toi qui ne sauras jamais combien je t’aime !

(Renée Vivien)

Illustration: Albert-Joseph Pénot

 

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Lapin bleu (Jean-Marc Buttin)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Lapin bleu

Un lapin bleu oreilles baissées m’a parlé
Je l’avais déjà rencontré un soir d’été
Quand à l’orée d’une forêt je butinais
Une rose bleutée qu’un désir enfiévrait

Il m’a dit souffrir de la perte d’une amie
Qui venait de lui annoncer qu’elle le laissait
Pour vivre tranquille dans son foyer sa vie
Renonçant aux frasques de toutes leurs envies

Ils avaient été amants dans les champs de thym
Au clair de lune jouant avec leurs ombres
Ils s’aimaient de désir et s’embrassaient câlins
Sans aucun nuage pour leur faire de l’ombre

Oui mais voilà ce lapin avait un gîte
Où l’attendaient madame et leurs habitudes
Et la rose elle aussi un toit qui l’abrite
Avec concubin et autres servitudes

Sa belle amie prise de remords le quitta
Pour s’installer au coin chaud de sa cheminée
Se chauffant le poil et ouvrant large ses bras
Au régulier d’un calme et de tranquillité

Elle regrette me dit-il d’un air lamenté
Et je pleure la fougue de nos étreintes
Mais que voulez-vous pour une rose inventer
Quand le plaisir douillet prend formes de craintes

Puis ce lapin me regarda et se souvint
De m’avoir vu en bonne compagnie d’amour
Il redressa l’oreille et d’un air très malin
Me dit ainsi va le sort de tout troubadour

Devant Dieu et toutes les femmes de l’amour
Je fais une promesse à ce frère d’arme
Plus jamais dussè-je périr de désamour
Je ne passerai de lapin par les armes.

(Jean-Marc Buttin)

Illustration: Miss Nahn, Sculpture: Anne-Solène V

 

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Ce qui restera (Marie-Thérèse Colimon)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Annabelle Verhoye 6

Ce qui restera

Lorsque l’on aura joint mes mains sur ma poitrine
Et que le cher foyer qui protégea mes jeux
Retentira soudain, ô ma maison câline,
D’affreux sanglots d’effroi, des plus sombres adieux
A quoi me servira d’avoir lu tant de livres,
A quoi me servira d’avoir aimé les fleurs,
Si tu ne sens ton coeur plein d’échos lourds et ivres
Et d’avoir lu mes vers, tes yeux baignés de pleurs?

(Marie-Thérèse Colimon)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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L’eau qui jaillit dans la verdeur première (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



 

Rob Gonsalves 13

L’eau qui jaillit dans la verdeur première,
nudité de la terre, fraîche et douce,
appelle nos mains,
comme une femme neuve…

— De qui, cette eau est-elle
la résurrection ? Quelle nouvelle vie
en elle, triomphante, rejoint la mort ?
(Que ne puis-je être, un jour
de printemps vert, cette eau !)

…Et l’eau chante, rit et bondit,
elle danse, elle s’offre,
câline, exubérante, dure, ouverte ;
la terre profonde
— comme une femme neuve —,
non pour nous enterrer, aujourd’hui, non pas traître,
ni même maternelle ;
mais pour nous déterrer, loyale,
pour nous embrasser, libres,
appelle nos bras.

***

El choro de agua entre el verdor primero,
desnudez de la tierra, fresca y dulce,
llama a las manos,
como una mujer nueva…

—¿De quién, esta agua,
resurrección será? ¿Qué nueva vida
alcanza en ella, triunfal, la muerte?
(¡Quién fuera, un día
de primavera verde, agua!)

… Yel agua canta, ríe y salta,
baila y se ofrece,
mimosa, exuberante, dura, abierta;
la tierra honda
— como una mujer nueva —,
no para sepultarnos, hoy, no traidora,
ni maternal siquiera;
para desenterrarse, franca,
para abrazarnos, libres,
llama a los brazos.

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Rob Gonsalves

 

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Féminine (Eric Mercier)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017


beauté

Beauté satine, yeux d’opaline
au cœur câline, caresse coquine.

Beauté marine, sirène malouine
marée mesquine sur ton corps dessine.

Beauté champêtre, liane de l’être
de naturel disparaître, en ton âtre brûle ton hêtre.

Beauté sablée, oasienne endiablée
amour désaltéré, comme vent, légèreté.

Beauté cité, soie rouge et maquillée
bord de ta vie, extrémité, artificielle et tamisée.

Femmes aimées, femmes oubliées,
femmes d’amour et d’amitié,
Souvenirs de vous, infinité !!!

(Eric Mercier)

Textes de Prisonniers: lecercledespoetesdetenus

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LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2017



LA CUISINE SENT BON L’OSEILLE

La cuisine sent bon l’oseille.
La soupe fume sur la table.
La nappe jaune y est semblable
À un rectangle de soleil.

On croirait voir des pâquerettes
Fleurir sur le bord des assiettes.
Les fourchettes et les couteaux
Portent des clartés sur le dos.

Le sel montre son aile d’ange.
Dans un grand plat bleu, les oranges
Sont aussi gonflées que les joues

Des enfants impatients qui soufflent
Sur la fumée où, toute blanche,
Tourne royalement la louche.

(Maurice Carême)

Illustration: Paul Delvaux

 

 

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