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Poésie

Archive for 11 janvier 2017

ADIEU DANS LE SOIR (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



ADIEU DANS LE SOIR

Dormez, — non, partez. Laissez-moi seul. Voici l’ombre.
Nos voix sont chutes de cailloux au fond des tombes.
Un encens de sommeil couvre les marécages.
Je suis vieux du jeu des heures sur vos visages.

Dormez, partez, mourez, vous qui fûtes les noms
Éphémères d’une même douleur qui reste.
J’ai vécu votre jour, je suis las de vos gestes.
Mon coeur n’a plus d’échos pour vos oui, pour vos non.

Par ici, suivez-moi. Comme le soir est vieux !
Quand vous serez partis, je fermerai la porte.
Je serai seul… Partez, partez, mes feuilles mortes,
Partez dans le grand vent d’oubli silencieux…

Emportez mon amour ou mon indifférence ;
Nous mourrons comme l’ombre et les fleurs et les dieux.
Haïssez ma froideur ou plaignez ma souffrance.
— Vers des pays nouveaux, vers de nouveaux adieux !

………………………………………….

Ayez pitié de moi, Nuit, Souvenir, Silence !

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Remedios Varo Uranga

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La vieillesse berçait mon cœur (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



La vieillesse berçait mon cœur comme une folle un enfant mort,
Le silence ne m’aimait plus. La lampe s’éteignit.

Mais sous le poids de la Montagne des ténèbres
Je sentis que l’Amour comme un soleil intérieur
Se levait sur les vieux pays de la mémoire et que je m’envolais
Bien loin, bien loin, comme jadis, dans mes voyages de dormeur.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Anne-François-Louis Janmot

 

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Un son maigre et pluvieux sonne en fausset mes heures (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



Un son maigre et pluvieux sonne en fausset mes heures,
Coassement — croassement — requiem des portes
Aux grands châteaux venteux dont le regard fait peur
Tandis que le grand vent glapit des noms de mortes,

Ou bruit de vieille pluie aigre sur quelque route
Qui n’invite qu’afin que le Destin s’égare
Vers le clocher aveugle à girouette bizarre ?
Ecoute — plus rien — Seul, le grand silence écoute…

Tu peux partir, ou t’endormir, ou bien mourir
Dans le sang ou la boue, ou même encore, belle,
Mendier ton pain de vieille aux pays inconnus ;

Car nulle autre aujourd’hui ne veut m’être réelle
Que cette mort des demains et du souvenir,
Que cette cloche du moment aux lointains nus.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

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O mon coeur solitaire (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



– O mon coeur solitaire! O coupe d’amertume!
Dans ton battement creux j’entends comme le pas
D’un être aimé jadis qui marche dans la brume
Et que l’on n’attend pas!

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration

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J’AI TROUVE … (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



J’AI TROUVE …

… J’ai trouvé la plus ténébreuse place
Où le chant de la source la plus lasse
Compte, compte au profond du bois des fées
Le nombre triste et doux du temps qui passe.

Là je ferai choir le rideau de lierre
Et te couvrirai de lumière amère
Et t’expliquerai les plaintes de l’eau
Et les parfums du vent et de la terre.

Si tu sais que mon âme est comme enfuie
Si tu devines ce que fut ma vie
Souris chèrement le temps d’un sanglot.
Les roses folles s’ouvrent pour la pluie.

En des mots qui ne seraient d’aucun monde
Que ne puis-je te dire, ma profonde,
Profonde et lourde peine qui s’ennuie,
Fille de mai, soeur de la terre blonde.

J’entends ton chant comme à travers le choeur
De bien des voix en longs linceuls de pleurs,
De bien des voix mortes ou vagabondes
Qui m’ont laissé là, seul avec mon coeur…

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

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SYMPHONIE INACHEVEE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



SYMPHONIE INACHEVEE

Tu m’as très peu connu là-bas, sous le soleil du châtiment
Qui marie les ombres des hommes, jamais leurs âmes.
Sur la terre où le cœur des hommes endormis
Voyage seul dans les ténèbres et les terreurs, et ne sait pas vers quel pays.

C’était il y a très longtemps — écoute, amer amour de l’autre monde —
C’était très loin, très loin — écoute bien, ma sœur d’ici —
Dans le Septentrion natal où des grands nymphéas des lacs
Monte une odeur des premiers temps, une vapeur de pommeraies de légende englouties.

Loin de nos archipels de ruines, de lianes, de harpes,
Loin de nos montagnes heureuses.

— Il y avait la lampe et un bruit de haches dans la brume,
Je me souviens,

Et j’étais seul dans la maison que tu n’as pas connue,
La maison de l’enfance, la muette, la sombre,
Au fond des parcs touffus où l’oiseau transi du matin
Chantait bas pour l’amour des morts très anciens,
dans l’obscure rosée.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

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KAROMAMA (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



KAROMAMA pictureg

KAROMAMA

Mes pensées sont à toi, reine Karomama du très vieux temps,
Enfant dolente aux jambes trop longues, aux mains si faibles
Karomama, fille de Thèbes,
Qui buvais du blé rouge et mangeais du blé blanc
Comme les justes, dans le soir des tamaris.
Petite reine Karomama du temps jadis.

Mes pensées sont à toi, reine Karomama
Dont le nom oublié chante comme un chœur de plaintes
Dans le demi-rire et le demi-sanglot de ma voix;
Car il est ridicule et triste d’aimer la reine Karomama
Qui vécut environnée d’étranges figures peintes
Dans un palais ouvert, tellement autrefois,
Petite reine Karomama.

Que faisais-tu de tes matins perdus, Dame Karomama ?
Vers la raideur de quelque dieu chétif à tête d’animal
Tu allongeais gravement tes bras maigres et maladroits
Tandis que des feux doux couraient sur le fleuve matinal.
O Karomama aux yeux las, aux longs pieds alignés,
Aux cheveux torturés, morte du berceau des années…
Ma pauvre, pauvre reine Karomama.

Et de tes journées, qu’en faisais-tu, prêtresse savante ?
Tu taquinais sans doute tes petites servantes
Dociles comme les couleuvres, mais comme elles indolentes;
Tu comptais les bijoux, tu rêvais de fils de rois
Sinistres et parfumés, arrivant de très loin,
De par delà les mers couleur de toujours et de loin,
Pour dire: «Salut à la glorieuse Karomama.»

Et les soirs d’éternel été tu chantais sous les sycomores
Sacrés, Karomama, fleur bleue des lunes consumées;
Tu chantais la vieille histoire des pauvres morts
Qui se nourrissaient en cachette de choses prohibées
Et tu sentais monter dans les grands soupirs tes seins bas
D’enfant noire et ton âme chancelait d’effroi.
Les soirs d’éternel été, n’est-ce pas, Karomama ?

— Un jour (a-t-elle vraiment existé, Karomama ?),
On entoura ton corps de jaunes bandelettes,
On l’enferma dans un cercueil grotesque et doux en bois de cèdre.
La saison du silence effeuilla la fleur de ta voix.
Les scribes confièrent ton nom aux papyrus
Et c’est si triste et c’est si vieux et c’est si perdu…
C’est comme l’infini des eaux dans la nuit et dans le froid.

Tu sais sans doute, ô légendaire Karomama !
Que mon âme est vieille comme le chant de la mer
Et solitaire comme un sphinx dans le désert,
Mon âme malade de jamais et d’autrefois.
Et tu sais mieux encor, princesse initiée,
Que la destinée a gravé un signe étrange dans mon coeur,
Symbole de joie idéale et de réels malheurs.

Oui, tu sais tout cela, lointaine Karomama,
Malgré tes airs d’enfant que sut éterniser
L’auteur de ta statue polie par les baisers
Des siècles étrangers qui languirent loin de toi.
Je te sens près de moi, j’entends ton long sourire
Chuchoter dans la nuit : «Frère, il ne faut pas rire.»
— Mes pensées sont à toi, reine Karomama.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

 

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La mer était un beau vitrail ancien aux couleurs pieuses (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



La mer était un beau vitrail ancien aux couleurs pieuses
Comme la pensée de la mort dans les yeux des blanches fileuses
Qui psalmodient la page du soir des missels
Selon le rythme de la berceuse des rouets.
L’heure était de jadis. La chevelure dénouée
D’une averse brillait au loin parmi la soie brûlée du ciel.

Près du rivage une barque dormait dont les voiles
Etaient aussi blanches que les ailes d’un ange de la mer,
Et debout dans la barque de douces dames vêtues de vert
De mars, de rouge de septembre et d’or vespéral
Frappaient des lyres ternies et chantaient une prière
Dont chaque son faisait éclore au profond du soir une étoile.

Et à leurs pieds jouait un enfant dans cette grande
Barque blanche et noble comme un cygne de mer,
Un enfant clair. Sa songerie nouait en guirlandes
Autour du sommeil de la proue et de la paresse des rames
Le ténébreux printemps des goémons amers
Et sa chanson était l’écho du cantique des douces dames.

Je m’arrêtai heureux et las dans le chemin nacré
Des lumières mourantes et je dis en mon coeur :
 » Certes la vie est grave, mais le chant de ces filles parées
Comme des âmes pures n’est pas un chant de douleur.  »
— Un rayon coloré comme la tristesse des fleurs
Ecloses dans le rêve illumina le soir — et je pleurai.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Alexandre Séon

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Et surtout que… (Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



Et surtout que…

Et surtout que Demain n’apprenne pas où je suis
— Les bois, les bois sont pleins de baies noires —
Ta voix est comme un son de lune dans le vieux puits
Où l’écho, l’écho de juin vient boire.

Et que nul ne prononce mon nom là-bas, en rêve,
– Les temps, les temps sont bien accomplis —
Comme un tout petit arbre souffrant de prime sève
Est ta blancheur en robe sans pli.

Et les ronces se referment derrière nous,
Car j’ai peur, car j’ai peur du retour.
Les grandes fleurs blanches caressent tes doux genoux
Et l’ombre, et l’ombre est pâle d’amour.

Et ne dis pas à l’eau de la forêt qui je suis;
Mon nom, mon nom est tellement mort.
Tes yeux ont la couleur des jeunes pluies,
Des jeunes pluies sur l’étang qui dort.

Et ne raconte rien au vent du vieux cimetière.
Il pourrait m’ordonner de le suivre.
Ta chevelure sent l’été, la lune et la terre.
Il faut vivre, vivre, rien que vivre…

(Oscar Vladislas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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MALACHITE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



MALACHITE

Ocelles ourlés du cuivre, verte mémoire
des cieux incertains de leur bleu. Écaille
de l’azur, derme ophidien du temps,
es-tu la délivrance ou la prison des fées ?

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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