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Poésie

Archive for 11 janvier 2017

Nous suivrons la musette (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



Nous suivrons la musette aux lieux abandonnés.
Là-bas, dans l’ombre du nuage, au pied de la tour,
Le romarin conseille de dormir ; et rien n’est beau
Comme l’enfant de la brebis couleur de jour.
Le tendre instant nous fait signe de la colline voilée.
Levez- vous, amour fier, appuyez- vous sur mon épaule ;
J’écarterai la chevelure du saule,
Nous regarderons dans la vallée.
La fleur se penche, l’arbre frissonne : ils sont ivres d’odeur.
Déjà, déjà le blé
Lève en silence, comme dans les songes des dormeurs.
Et la ville, elle aussi, est belle dans le bleu du temps ;
les tours
Sont comme des femmes qui, de loin,
Regardent venir leur amour.
Amour puissant, ma grande sœur.
Courons où nous appelle l’oiseau caché des jardins.
Viens, cruel cœur.
Viens, doux visage ;

La brise aux joues d’enfant souffle sur le nuage
De jasmin.

La colombe aux beaux pieds vient boire à la fontaine ;
Qu’elle s’apparaît blanche dans l’eau nouvelle !
Que dit-elle ? où est-elle ?

On dirait qu’elle chante dans mon cœur nouveau.
La voici lointaine…

Que le monde est beau, bien-aimée, que le monde est beau !
Viens, suis-moi ! je connais les confins de la solitude,
La femme des ruines m’appelle de la fenêtre haute :
Vois comme sa chevelure de fleurs folles et de vent
S’est répandue sur le chéneau croulant.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

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DANS UN PAYS D’ENFANCE… (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



DANS UN PAYS D’ENFANCE…

Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes,
Dans une ville de battements de coeur morts,
(De battements d’essor tout un berceur vacarme,
De battements d’ailes des oiseaux de la mort,
De clapotis d’ailes noires sur l’eau de mort).
Dans un passé hors du temps, malade de charme,
Les chers yeux de deuil de l’amour brûlent encore
D’un doux feu de minéral roux, d’un triste charme ;
Dans un pays d’enfance retrouvée en larmes…
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Pourquoi m’as-tu souri dans la vieille lumière
Et pourquoi, et comment m’avez-vous reconnu
Etrange fille aux archangéliques paupières,
Aux riantes, bleuies, soupirantes paupières,
Lierre de nuit d’été sur la lune des pierres ;
Et pourquoi et comment, n’ayant jamais connu
Ni mon visage, ni mon deuil, ni la misère
Des jours, m’as-tu si soudainement reconnu
Tiède, musicale, brumeuse, pâle, chère,
Pour qui mourir dans la nuit grande de tes paupières ?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

Quels mots, quelles musiques terriblement vieilles
Frissonnent en moi de ta présence irréelle,
Sombre colombe des jours loin, tiède, belle,
Quelles musiques en écho dans le sommeil ?
Sous quels feuillages de solitude très vieille,
Dans quel silence, quelle mélodie ou quelle
Voix d’enfant malade vous retrouver, ô belle,
O chaste, ô musique entendue dans le sommeil?
— Mais le jour pleut sur le vide de tout.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Santi di Tito

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Aliénor (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



Alénior

Le sommeil, oasis du désert de la Vie,
Tisse pour ta fatigue
Un linceul d’ombre diaphane…
Hélas ! Ton rire amer pleurait d’ennui, ô femme,
Et ta bouche riait de haine
Quand je buvais le vin vivant de ton haleine !
Ton beau corps s’est vautré sur les velours d’or noir,
O fleur lugubre, ô fleur hâlée,
Lys de poison cueilli aux rives de volupté !
Le lourd et rouge encens des paroles d’amour,
Profond nuage de musiques et de clartés,
S’est abattu sur les dalles d’ivoire, et la vaine fumée,
Impalpable comme nos heures lascives, s’est dissipée !
Ta bouche a bu le sang chanteur des .hanaps roses,
Ta bouche, violente étoile rouge des ténèbres de mon coeur !
Dans l’or triste et fané des coupes brûle encor,
– Blond comme ton corps —
Un reste de vin qui meurt avec le jour…
—Enlace-moi, lierre noir de ma douleur ;
Nuit de mon âme, berce-moi,
Que je sois le noyé du fleuve de ta voix.
Ton ivresse a chanté les serments faux,
Et les baisers d’aumône
Sont tombés de tes lèvres sur mes cheveux et mes paupières,
Avec un bruit railleur de cristal mort
Et de pierres légères

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Zinaida Serebriakova

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C’est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage (Oscar Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



C’est ainsi que je pénétrai dans la grotte du secret langage ; et ayant été saisi
par la pierre et aspiré par le métal, je dus refaire les mille chemins de la
captivité à la délivrance.

Et me trouvant aux confins de la lumière, debout sur toutes le îles de la nuit,
je répétais de naufrage en naufrage ce mot, le plus terrible de tous : ici.

(Oscar Milosz)

Illustration: Claude Verlinde

 

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SOLITUDE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



SOLITUDE

Je me suis réveillé sous l’azur de l’absence
Dans l’immense midi de la mélancolie.
L’ortie des murs croulants boit le soleil des morts.
Silence.

Où m’avez-vous conduit, Mère aveugle, ô ma vie ?
Dans quel enfer du souvenir où l’herbe pense,
Où l’océan des temps cherche à tâtons ses bords ?
Silence.

Echo du précipice, appelle-moi ! Démence,
Trempe tes jaunes fleurs dans la source où je bois,
Mais que les jours passés se détachent de moi !
Silence.

Vous qui m’avez créé, vous qui m’avez frappé,
Vous vers qui l’aloès, coeur des gouffres, s’élance,
Père ! à vos pieds meurtris trouverai-je la paix?
Silence.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration: Gilbert Garcin

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MIDI (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



MIDI

Couche-toi, crois-moi, sous quelque arbre rieur
Bien nourri, barbu de mousse et vêtu d’été.
Ton rêve de douleur
Ne s’est-il pas enfui avec ton rêve de beauté ?

Couche-toi, crois-moi, chanteur vaincu par la santé,
Sous quelque arbre sans musique et sans pensée,
Et songe au vide des nostalgies dépensées,
Et souris sans rancune à ce qui t’a quitté.

Couche-toi, crois-moi, solitaire et lourd passant
Et rêve savamment de flexibles danseuses
D’Orient à la chair triste de soleil et heureuse
D’ombre, et qu’il serait doux de dévêtir jusqu’au sang.

Couche-toi, tes paupières sont lourdes comme des fruits.
Et fais quelque beau songe de gros moine un peu fou :
Les chemins fatigués de mener n’importe où
Ne sont-ils pas couchés ? Et l’ombre ? Et l’eau du puits ?

Couche-toi, crois-moi, heureux sonneur de glas ;
Ton coeur n’est-il pas un bissac rempli de choses succulentes ?
Les heures ne sont-elles pas doucement lentes ?
Et toi, dis-moi, n’es-tu pas suavement las ?
Oui, de la vie et du rêve et de tout — voluptueusement las ?

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)


Illustration

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J’AI DES SAISONS DANS LE SANG (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



 

 

Ernesto Arrisueño 901

J’ai des saisons dans le sang
J’ai le battement des mers
J’ai le tassement des montagnes
J’ai les tensions de l’orage
La rémission des vallées

J’ai des saisons dans le sang
J’ai des pavots qui m’encavent
J’ai des hélices pour l’éveil
J’ai des noyades
J’ai des leviers

J’ai des entraves
J’ai délivrance
J’ai des combats
J’ai fleur et paix.

(Andrée Chedid)

Illustration: Ernesto Arrisueño

 

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Et surtout que… (Oscar Vladislas De Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



Et surtout que…

Et surtout que Demain n’apprenne pas où je suis
– Les bois, les bois sont pleins de baies noires –
Ta voix est comme un son de lune dans le vieux puits
Où l’écho, l’écho de juin vient boire.

Et que nul ne prononce mon nom là-bas, en rêve,
– Les temps, les temps sont bien accomplis –
Comme un tout petit arbre souffrant de prime sève
Est ta blancheur en robe sans pli.

Et les ronces se referment derrière nous,
Car j’ai peur, car j’ai peur du retour.
Les grandes fleurs blanches caressent tes doux genoux
Et l’ombre, et l’ombre est pâle d’amour.

Et ne dis pas à l’eau de la forêt qui je suis;
Mon nom, mon nom est tellement mort.
Tes yeux ont la couleur des jeunes pluies,
Des jeunes pluies sur l’étang qui dort.

Et ne raconte rien au vent du vieux cimetière.
Il pourrait m’ordonner de le suivre.
Ta chevelure sent l’été, la lune et la terre.
Il faut vivre, vivre, rien que vivre…

(Oscar Vladislas De Lubicz-Milosz)


Illustration: Gustave Moreau

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L’espace et le temps (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



L’espace et le temps semblent avoir été préparés de longue main pour nous recevoir ;
cependant, toutes nos inquiétudes nous viennent du besoin de situer cet espace même et ce temps

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

 

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La fenêtre est tendre comme un couteau (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2017



André Clouâtre homme-qui-dort1 [1280x768]

La Délivrance Attendue

La fenêtre est tendre comme un couteau
Le miroir est profond d’épaules noires
on voit des pieds nus sous le rideau
et la route est très loin dans le mur
la tête coupée
est sur le lit
Je me rappelle ou je rêve
que ton front est comme ces belles journées
où il n’y a pas un signe de mort
où la lumière se rassemble sur les sources
le pont monte de l’herbe
et fait une grande blessure au-dessus de l’eau
le dormeur est toujours couvert
de ses paupières collées
comme des fruits privés d’air
les ombres sortent et laissent longtemps
leurs tempes contre les murs.

(Lucien Becker)

Illustration: André Clouâtre

 

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