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Poésie

Archive for 14 janvier 2017

L’oiseau-coeur (Jacques Gaucheron)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



L’oiseau-coeur

Allez promener dans les bois
Sur une écorce à la clairière
l’oiseau-coeur se pose parfois

Il chante pour que persévèrent
le printemps et les primevères
pour que dure un peu le bonheur

Allez promener dans les bois
sans effaroucher l’oiseau-coeur
Il n’ouvre l’aile qu’une fois.

(Jacques Gaucheron)


Illustration

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Fugue (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Neila Ben Ayed  Joie et bonheur

Fugue

Une joie éclate en trois
Temps mesuré de la lyre
Une joie éclate au bois
Que je ne saurais pas dire
Tournez têtes Tournez rires
Pour l’amour de qui
Pour l’amour de quoi

Pour l’amour de moi.

(Louis Aragon)

Illustration: Neila Ben Ayed

 

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Si je pouvais croquer la terre entière (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



Si je pouvais croquer la terre entière
Et lui trouver du goût,
Et si la terre était une chose à croquer,
J’en serais plus heureux pour un moment…
Mais moi ce n’est pas toujours que je veux être heureux.
Il faut bien être de temps à autre malheureux
Afin de pouvoir être naturel…
Ce n’est pas tous les jours qu’il fait soleil,
Et la pluie, quand elle manque terriblement, on la demande.
C’est pourquoi je prends le malheur avec le bonheur
Naturellement, comme qui ne s’étonne point
Qu’il y ait montagnes et plaines
Ainsi qu’herbes et rochers…

Ce qu’il faut c’est être naturel et calme
Dans le bonheur comme dans le malheur,
Sentir comme l’on voit,
Penser comme l’on marche,
Et lorsqu’on va mourir, se rappeler que le jour meurt,
Et que le couchant est beau et belle la nuit qui se fait…
Et que si ainsi sont les choses, c’est que les choses sont ainsi.

(Fernando Pessoa)

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Peuple des nuages (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



Peuple des nuages,
inaccessible et qui passe,
qui s’en va.

Ils naissent à l’horizon,
au-dessus de la mer.
Ils apparaissent par magie,
comme s’ils n’avaient jamais cessé d’exister.

Je les regarde et je sens au fond de moi
quelque chose de doux et de léger qui gonfle,
qui traverse mon corps.

Je sens sur la peau de mon visage
les taches claires et sombres qui bougent.
C’est en regardant les nuages qu’on devine le bonheur.

On ne possède plus rien,
mais on est abandonné, et on vole.
Mouvement de balancier de la mer,
frémissant des feuilles des arbres,
mouvement des pluies et reptation de l’eau des fleuves,

il y a tout cela dans le simple passage des nuages.

(J.M.G. Le Clézio)

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L’enfant et l’étoile (Catulle Mendès)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



L’enfant et l’étoile

Un astre luit au ciel et dans l’eau se reflète.
Un homme qui passait dit à l’enfant-poète:
« Toi qui rêves avec des roses dans les mains
Et qui chantes, docile au hasard des chemins,
Tes vains bonheurs et ta chimérique souffrance,
Dis, entre nous et toi, quelle est la différence?

– Voici, répond l’enfant. Levez la tête un peu ;
Voyez-vous cette étoile, au lointain du soir bleu ?
– Sans doute !
– Fermez l’œil. La voyez-vous, l’étoile ?
– Non, certes. »

Alors l’enfant pour qui tout se dévoile
Dit en baissant son front doucement soucieux :
« Moi, je la vois encore quand j’ai fermé les yeux. »

(Catulle Mendès)


Illustration

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J’ai tant de choses à te dire (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017




J’ai tant de choses à te dire
Que je n’aurai jamais fini
De te parler, de te sourire
Pour essayer, d’être compris.

Mais elles s’embuent de mystère
Comme ta voix et ton sourire,
Comme tes mains dans la lumière,
Les choses que je veux te dire.

Hélas! J’ai beau faire, beau dire,
Il ne me reste qu’à me taire
Et à laisser parler mon coeur

Avec cette voix familière
Qu’il a pour parler du bonheur
Dès que je cherche à te les dire.

(Maurice Carême)

Illustration: Jean-Louis Guianvarch

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Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ? (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

Quel dieu nous a-t-il faits étrangers à nous-mêmes ?
Quelle fuite est la nôtre où nous perdons ses pas ?
Ne serons-nous jamais que les tremblants emblèmes
De l’ombre qui nous porte où nous n’existons pas ?

Quel dieu me donnes-tu qui m’étreint quand tu m’aimes
Dans la forme invisible où je cherche mes bras,
Bonheur, dont le nom seul (est-ce toi qui blasphèmes ?)
Divulgue à tous les vents ceux que tu me tairas ?

— A l’heure où cette voix reconnaît son visage,
Où de sa même chair, elle, chair sans partage,
Epuise enfin le dieu qui l’enchaîne et l’entend,

Bouche à son tour offerte à celle qui l’ignore,
Amour, es-tu le fruit qu’aux branches de l’instant
Une ombre a dérobé pour te survivre encore ?

(Louis Emié)

Illustration

 

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Quelle solitude (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

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Quelle solitude…
La neige a réduit le monde
A la taille de ma cour.

***

How lonely it is:
The snowstorm has made the world
The size of my yard.

(Richard Wright)

Illustration

 

 

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Au stade de sport (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



 

stade-neige

Au stade de sport,
Chaque siège est occupé
Par des flocons blancs.

***

The sport stadium:
Every seat is taken
By whirling snowflakes.

(Richard Wright)

 

 

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Anges (Kurt Drawert)

Posted by arbrealettres sur 14 janvier 2017



Anges

Les anges du bonheur
Centimètre par centimètre
ils s’éloignent de moi.

Les uns, pleins d’élégance,
la face tournée vers moi encore
et en une tendre révérence

les autres sans dire mot,
passant la froideur dans l’épaule
devant la place du créancier.

Et ce qu’hier encore comptait
est maintenant la neige
sur les bras qui du sapin se baissent.

***

Engel

Die Engel des Glücks,
Zentimeter für Zentimeter
gehen sie von mir.

Die einen stilvoll,
das Gesicht noch zu mir gewandt
und in sanfter Verneigung,

die anderen wortlos,
mit kalter Schulter
am Standort des Gläubigers vorbei.

Und was gestern noch zählte,
ist heute der Schnee
auf den sinkenden Armen der Tanne.

(Kurt Drawert)


Illustration: Kandl

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