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Poésie

Archive for 20 janvier 2017

De la terre émerge une petite vie (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



De la terre émerge une petite vie,
palpe le sein de lumière,
hésite entre l’insecte, l’iris et l’oiseau,
élit demeure et langage.
Sa joie fleurit la vitre d’un éclair.
L’ordre pâteux se perpétue
en des graphies éblouissantes.
Vient la pluie. Sous la toison,
la terre s’ouvre et mâche la merveille.

(Jean Joubert)


Illustration: http://arbreaphotos.wordpress.com/

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Hiver (Attila Jozsef)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Hiver

II faudrait faire un feu… bien grand, bien haut,
Pour que tous les humains se chauffent à sa flamme.

Nous jetterions dedans tel bibelot vieillot,
Tels objets ébréchés, cassés, tel jeu de dames,
Les jouets des enfants, tel autre jeu,
M’entends-tu, chat perché? Et dans ce feu,
Nous éparpillerions, je le proclame,
Tout ce qui semble beau. L’on entendrait soudain
L’incandescente flamme offrir au ciel serein
Les ardeurs de son chant. Les gens d’une même âme,
Ou d’un même pays, se donneraient la main.

Il faudrait faire un feu d’une folle envergure,
Car le givre a couvert les villes et les prés;
Faire sauter la si froide serrure
De nos garde-manger. Et que les jets pourprés
Reçoivent de nos mains leur riche nourriture
Pour donner en retour la chaleur douce et pure.

Il faudrait, oui, faire ce noble feu
Afin que les humains se dégèlent un peu.

(Attila Jozsef)

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Cendres (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Cendres
de si mortes choses, de maux perdus,
de contacts ineffables, de muets
soupirs;

flammes vives
vous me basculez dans ce moment où
d’anxiété en anxiété je m’approche
du seuil du sommeil

et dans le sommeil
avec ces liens passionnés et tendres,
de l’enfant à sa mère, à vous, cendres,
je me fonds.

L’angoisse
m’attend au passage, je la désarme. Comme
un bienheureux la voie du paradis
je monte un escalier, je m’arrête à une porte
où je sonnais en d’autres temps. Le temps
il a cédé d’un coup.

Je me sens,
avec les vêtements et l’âme d’alors,
dans une foudroyante lumière ; au cœur
ne se résout pas une joie vertigineuse
comme la fin.
Mais je ne crie pas.
Muet
je pars pour l’immense empire des ombres.

(Umberto Saba)

Illustration: Ráed Al-Rawi

 

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Le Double Froid (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Le Double Froid

Demande,
efforce-toi,

bien que l’orgueil te tienne
comme le gel tient la terre
alors vêtue de glace, d’anathèmes.

Supplie le vent, implore qu’il desserre
le double froid,
la trompeuse splendeur.

L’infime croît,
le rouge-gorge est le pardon du jour.
Dénouée, à contre-nuit,
un robe enchante le ciel.

Vaste est la joie où le chemin se perd.

(Jean Joubert)

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On le prend sur le fait, le changement ruisselant des humeurs (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



 

On le prend sur le fait, le changement ruisselant des humeurs.
Tout à coup, la joie est là, révélée, avant qu’on ne l’ait sentie.
Il ne faut plus que la reconnaître. Mais quelques minutes plus tard,
sans se briser, elle ralentit, s’immobilise en quelque embrouillamini,
où elle trouve une attache forte et dont elle ne peut se défaire,
rôdant autour sans profit.
[…]
Lentement, une mélancolie, traversant une mélancolie, rencontre
plus loin une mélancolie qui se fond et se rallonge en une nouvelle mélancolie.
Les chars sont embourbés. Tout afflige. Tout « repousse ».
Mélancolie ne désemplit plus.

(Henri Michaux)

Découvert chez Lara ici

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Le Jardin matinal (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Le Jardin matinal

VIENS, les heures d’amour sont furtives et rares…
Le jardin matinal est plein d’oiseaux bizarres.

Chère, je te convie à ce royal festin.
Je ne veux pas jouir seule de ce matin.

L’aube heurte le ciel comme une porte close.
Viens boire la rosée au coeur blond de la rose.

Bois la rosée ainsi qu’une fraîche liqueur.
Mon coeur est une rose et je t’offre mon coeur…

L’aube a des tons de nacre et des reflets de perle.
La joie est simple et rien n’est aussi beau qu’un merle.

Savourons cette ardeur un peu triste et pleurons
De sentir la clarté première sur nos fronts.

Viens, ma très chère… A l’est le ciel fardé chatoie,
L’herbe est douce aux pieds nus comme un tapis de soie…

Sans nous préoccuper de l’hostile destin,
Rendons grâces au ciel clément pour ce matin.

(Renée Vivien)

Illustration: Alexandre de Riquer

 

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Avenir (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



 

Giampaolo Ghisetti -  (27)

Avenir

Les coquelicots noirs et les bleuets fanés
Dans le foin capiteux qui réjouit l’étable,
La lettre jaunie où mon aïeul respectable
A mon aïeule fit des serments surannés,

La tabatière où mon grand-oncle a mis le nez,
Le trictrac incrusté sur la petite table
Me ravissent. Ainsi dans un temps supputable
Mes vers vous raviront, vous qui n’êtes pas nés.

Or, je suis très vivant. Le vent qui vient m’envoie
Une odeur d’aubépine en fleur et de lilas,
Le bruit de mes baisers couvre le bruit des glas.

Ô lecteurs à venir, qui vivez dans la joie
Des seize ans, des lilas et des premiers baisers,
Vos amours font jouir mes os décomposés.

(Charles Cros)

Illustration: Giampaolo Ghisetti

 

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Il est quelle heure je suis heureuse (Valérie Rouzeau)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Il est quelle heure je suis heureuse il y a un arbre
La guerre le nucléaire heureuse il y a un arbre
Ce mille milliardième oiseau éteint un arbre
Une promesse de forêt d’oubli de je m’en vais
Quelle heure du soir comme du matin
Un arbre dressé franc qui remplit mes deux yeux
La page le paysage la fenêtre aussi bien
Un humain par seconde meurt il y a un arbre
Oú la fille à l’escarpolette en l’air s’envoie
La joie en quels temps pays de vivre quoi
Il y a un arbre n’empêche pile juste ici
Levant couchant il tient en embranchement
La lune et le soleil le soleil et la lune
Un arbre un arbre voyageur impeccable.

(Valérie Rouzeau)

Illustration: Federico Godoy y Castro

 

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Essence est comme absence de réalité (Jack Kerouac)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



Essence est comme absence de réalité,
Tout comme absence de réalité
Est la même essence de toute façon.

Essence est ce qu’est la lumière du soleil
En même temps qu’est le clair de lune,
Tous les deux ont de la lumière, tous les deux ont une forme,
Tous les deux ont de l’obscurité, tous les deux sont en retard :

Tous les deux sont en retard car ils en sont vidés,
Vide est la lumière, vide est l’obscurité
quelle différence entre vide
de luminosité et d’obscurité ?

Quelle différence entre absence
De réalité, joie, ou sens
Au milieu de la bulle, étant la même chose
Que le milieu de l’homme, non-bulle

L’homme est le même que l’homme,
Le même que non-homme, le ême
Que Chaque-Homme, Homme-Quelconque, Homme-B
(homme-Bête)
L’homme n’est nulle part jusqu’à ce qu’il sait :

L’essence du vide
est l’essence de l’or

***

Essence is like absence of reality,
Just like absence of non-reality
Is the same essence anyhow.

Essence is what sunlight is
At the same time that moonlight is,
Both have light, both have shape,
Both have darkness, both are late :

Both are late because empty thereof,
Empty is light, empty is dark,
what’s difference between emptiness
of brightness and dark ?

What’s the difference between absence
Of reality, joy, or meaning
In middle of bubble, as being same
As middle of man, non-bubble

Man is the same as man,
The same as no-man, the same
As Anyman, Everyman, Asiman,
(asinine man)
Man is nowhere till he knows,

The essence of emptiness
is essence of gold

(Jack Kerouac)


Illustration

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To the Sunset Goddess (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



To the Sunset Goddess

TES cheveux sont pareils aux feuillages d’automne,
Déesse du couchant, des ruines, du soir !
Le sang du crépuscule est ta rouge couronne,
Tu choisis les marais stagnants pour ton miroir.

L’odeur des lys fanés et des branches pourries
S’exhale de ta robe aux plis lassés : tes yeux
Suivent avec langueur de pâles rêveries :
Dans ta voix pleure encor le sanglot des adieux.

Tu ressembles à tout ce qui penche et décline.
Passive, et comprimant la douleur sans appel
Dont ton corps a gardé l’attitude divine,
Tu parais te mouvoir dans un souffle irréel.

Ah ! l’ardeur brisée, ah ! la savante agonie
De ton être expirant dans l’amour, ah ! l’effort
De tes râles ! — Au fond de la joie infinie,
Je savoure le goût violent de la mort…

(Renée Vivien)

Illustration: Loretta McNair

 

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