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Poésie

Archive for 23 janvier 2017

Brise marine (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Brise marine

La chair est triste, hélas! et j’ai lu tous les livres.
Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux!
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe
O nuits! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature!

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs!
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots!

(Stéphane Mallarmé)

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Parce que de la viande (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Parce que de la viande était à point rôtie,
Parce que le journal détaillait un viol,
Parce que sur sa gorge ignoble et mal bâtie
La servante oublia de boutonner son col.

Parce que, d’un lit grand comme une sacristie,
Il voit sur la pendule un couple antique et fol
Ou qu’il n’a pas sommeil et que sans modestie
Sa jambe sous les draps frôle une jambe au vol,

Un niais met sous lui sa femme froide et sèche
Contre son bonnet blanc frotte son casque-à-mèche
Et travaille en soufflant inexorablement:

Et de ce qu’une nuit sans rage et sans tempête
Ces deux êtres se sont accouplés en dormant
Ô Shakespeare, et toi Dante , il peut naître un poète!

(Stéphane Mallarmé)


Illustration: Margarita Sikorskaia

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Nommer un objet (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Nommer un objet,
c’est supprimer les trois quarts de la jouissance du poème
qui est faite de deviner peu à peu : le suggérer, voilà le rêve…
Il doit y avoir toujours énigme en poésie et c’est le but de la littérature

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: George Pyatigorets

 

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PLACET FUTILE (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



 

Anne-Marie Zilberman (10)

PLACET FUTILE

Princesse ! à jalouser le destin d’une Hébé
Qui poind sur cette tasse au baiser de vos lèvres,
J’use mes feux mais n’ai rang discret que d’abbé
Et ne figurerai même nu sur le sèvres.

Comme je ne suis pas ton bichon embarbé,
Ni la pastille ni du
rouge, ni Jeux mièvres
Et que sur moi je sais ton regard clos tombé,
Blonde dont les coiffeurs divins sont des orfèvres !

Nommez nous… toi de qui tant de ris framboisés
Se joignent en troupeau
d’agneaux apprivoisés
Chez tous broutant les voeux et bêlant aux délires,

Nommez nous… pour qu’Amour ailé d’un éventail
M’y peigne flûte aux doigts
endormant ce bercail,
Princesse, nommez nous berger de vos sourires.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Anne-Marie Zilberman

 

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Éventail (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Éventail

Avec comme pour langage
Rien qu’un battement aux cieux
Le futur vers se dégage
Du logis très précieux

Aile tout bas la courrière
Cet éventail si c’est lui
Le même par qui derrière
Toi quelque miroir a lui

Limpide (où va redescendre
Pourchassée en chaque grain
Un peu d’invisible cendre
Seule à me rendre chagrin)

Toujours tel il apparaisse
Entre tes mains sans paresse.

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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Vous mentez, ô fleur nue (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Vous mentez, ô fleur nue
De mes lèvres.
J’attends une chose inconnue

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Antoine Picard

 

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Tristesse d’été (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Tristesse d’été

Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l’or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l’encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

De ce blanc flamboiement l’immuable accalmie
T’a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux,
« Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l’antique désert et les palmiers heureux ! »

Mais ta chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l’âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas !

Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s’il sait donner au cœur que tu frappas
L’insensibilité de l’azur et des pierres.

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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Les Fleurs (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Les Fleurs

Des avalanches d’or du vieil azur, au jour
Premier et de la neige éternelle des astres
Jadis tu détachas les grands calices pour
La terre jeune encore et vierge de désastres,

Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin,
Et ce divin laurier des âmes exilées
Vermeil comme le pur orteil du séraphin
Que rougit la pudeur des aurores foulées,

L’hyacinthe, le myrte à l’adorable éclair
Et, pareille à la chair de la femme, la rose
Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair,
Celle qu’un sang farouche et radieux arrose !

Et tu fis la blancheur sanglotante des lys
Qui roulant sur des mers de soupirs qu’elle effleure
À travers l’encens bleu des horizons pâlis
Monte rêveusement vers la lune qui pleure !

Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs,
Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes !
Et finisse l’écho par les célestes soirs,
Extase des regards, scintillement des nimbes !

Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort,
Calices balançant la future fiole,
De grandes fleurs avec la balsamique Mort
Pour le poëte las que la vie étiole.

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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Apparition (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Apparition

La lune s’attristait. Des séraphins en pleurs
Rêvant, l’archet aux doigts, dans le calme des fleurs
Vaporeuses, tiraient de mourantes violes
De blancs sanglots glissant sur l’azur des corolles.
— C’était le jour béni de ton premier baiser.
Ma songerie aimant à me martyriser
S’enivrait savamment du parfum de tristesse
Que même sans regret et sans déboire laisse
La cueillaison d’un Rêve au cœur qui l’a cueilli.
J’errais donc, l’œil rivé sur le pavé vieilli
Quand avec du soleil aux cheveux, dans la rue
Et dans le soir, tu m’es en riant apparue
Et j’ai cru voir la fée au chapeau de clarté
Qui jadis sur mes beaux sommeils d’enfant gâté
Passait, laissant toujours de ses mains mal fermées
Neiger de blancs bouquets d’étoiles parfumées.

(Stéphane Mallarmé)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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Rien au réveil que vous n’ayez (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2017



Rien au réveil que vous n’ayez

Rien au réveil que vous n’ayez
Envisagé de quelque moue
Pire si le rire secoue
Votre aile sur les oreillers

Indifféremment sommeillez
Sans crainte qu’une haleine avoue
Rien au réveil que vous n’ayez
Envisagé de quelque moue

Tous les rêves émerveillés
Quand cette beauté les déjoue
Ne produisent fleur sur la joue
Dans l’oeil diamants impayés
Rien au réveil que vous n’ayez

(Stéphane Mallarmé)

 

 

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