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Poésie

Archive for 24 janvier 2017

Glace (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Glace — signifie rien
n’est miracle, s’il faut que soit
ce qui sera — tu es le sens
et la blessure — s’ouvrant hors
de la glace, et le battement à travers
la terre compacte, quand les corbeaux
y viennent marauder. Où que tu marches, le vert
parle en toi, et demeure. Le silence
met face à face l’hiver
et le printemps.

(Paul Auster)

Illustration: Jean François Millet

 

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Rouleaux de ta seconde terre (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Rouleaux de ta seconde terre, mis au jour
par mes mains lentes, incendiaires.
Le ciel dans ton nom — se laissant couler le long
des arêtes de bleu : le ciel
rugissant sur le blé.
Ne demande pas — pour quoi. Ne dis rien.
Regarde. Parades de vaincus
pour qui j’ai déchiré
le tambour. Ton autre vie, embrasée dans la fusée
de celle-ci. Miches crues : inapaisable
rétine.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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Accompagnant tes cendres (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Accompagnant tes cendres, à peine
écrites, effaçant
l’ode, les racines avivées, l’oeil
autre — de leurs mains gauches, ils t’ont traîné
dans la ville, t’ont serré
dans ce noeud de jargon, et ne t’ont rien
donné. Ton encre a appris
la violence du mur. Banni,
mais toujours au coeur
d’un calme fraternisant, tu retournes les pierres
d’une invisible terre, et rends douce ta place
parmi les loups. Chaque syllabe
est entreprise de sabotage.

(Paul Auster)

Illustration: Aron Wiesenfeld

 

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Dans l’eau (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Dans l’eau — mon absence dans l’aridité. Une fleur.
Une fleur qui définit l’air.
Dans la profondeur du puits, ton corps est fusée.

(Paul Auster)

Illustration: Fan Ho

 

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Elevé dans la prière (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Elevé dans la prière —
dans le texte-leurre
de ton lieu,
dans le paysage
où tu ne seras pas — des fragments-volutes
d’ammonite
te réinventent.
Ils te font rouler,
un semblant de terre chantant
sous tes pieds, dissipant
le mensonge aux cent visages
qui te rend visible. Et de chaque
bouffée de lumière, ta dureté devient
une arme, une autre impasse
fleurit au-dedans. (Elevé dans la prière —
le mot clandestin, comme traversant
la main
qui tâtonnait le long de ces murs caverneux) : partout où
je ne te trouve pas, la foule
silencieuse qui se pressait vers ta bouche — afflue
à grand bruit dans le temps.

(Paul Auster)

Illustration: František Kupka

 

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Je te nomme désert (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Rien n’arrose le tronc, la pierre ne laisse rien perdre.
La parole ne saurait paver le marais,
et ainsi tu danses pour un silence plus éclatant.
La lumière coupe la vague, baisse, camoufle —
le vent claque, devient foudre.
Je te nomme désert.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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Les racines se tordent avec le ver (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Les racines se tordent avec le ver — le passage au tamis
de l’horloge va de pair avec le coeur du moineau.
Entre branche et flèche — le mot
méconnaît son nid, et la graine, secouée
par des eaux plus naturelles, n’avouera pas.
Seul l’oeuf gravite.

(Paul Auster)

Illustration: Vladimir Kush

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Reflétées par la parole-tente (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Reflétées par la parole-tente
de notre année prochaine,
la quarantaine sombre, aux teintes allodiales
les images,
polies dans l’après-lumière
des yeux, les images
égarées t’absolvent : (dunes
qui libres tournoyaient, — mots-éboulis
passés au
tamis du sable, — les autres
heures de sablier, redoublant
dans le souvenir). Et dans
ma main — (comme, après la nuit, — la nuit) —
je tiens ce que tu as pris
pour le donner : cette allée
de cris en échos, et grain
après grain, l’inépuisable
désert, brûlant sur tes lèvres
qui gèlent en violence.

(Paul Auster)

Illustration: Alberto Pancorbo

 

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CARRIÈRE (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



carrière ocre

 

CARRIÈRE

Pas plus que le chant de cela… Comme si
le fait de chanter seuls
nous avait ramenés vers ce lieu.

Nous y sommes venus, et n’y sommes jamais venus.
Nous sommes venus sur le chemin où nous avons commencé,
et nous nous sommes perdus.

Il n’y a aucune limite
à la lumière. Et la terre
ne nous laisse aucun mot
à chanter. Car l’effritement de la terre
sous les pieds

est en soi une musique, et marcher parmi ces pierres
c’est n’entendre rien
que nous-mêmes.

Je chante, donc, le rien,

comme si c’était le lieu
où je ne reviens pas —
et si je dois revenir, alors fais le compte de ma vie
dans ces pierres : oublie
que j’ai été un jour ici. Le monde
qui circule en moi

est un monde hors d’atteinte.

(Paul Auster)

Illustration

 

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Voir (Paul Auster)

Posted by arbrealettres sur 24 janvier 2017



 

Voir est cette autre torture, expiée
dans la douleur d’être vu : le dit,
le vu, enfermés dans le refus
de parler, et la semence d’une voix unique,
ensevelie dans une pierre au hasard.
Mes mensonges jamais ne furent miens.

(Paul Auster)

Illustration: Andrej Gorenkov

 

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