Arbrealettres

Poésie

Dans les limbes (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



J’ai dit jadis que l’absence
Est le plus cruel des maux;
On s’y berce avec des mots,
C’est l’horreur de l’impuissance

Sans la consolation
Du moins de quelque caresse,
On meurt sans qu’il y paraisse,
On est mort, dis-je, et si on

Feint de respirer encore,
C’est bien machinalement.
Ô ce découragement
A voir se lever l’aurore!

Or, depuis que dans ces lieux
Je souffre, – dès toi venue,
Par quelle force inconnue
Allé-je infiniment mieux?

C’est l’histoire de l’éphèbe
Mourant de la vierge au loin!
Qu’elle arrive et soit témoin,
Comme il nargue et fuit l’Erèbe!

Et tant que j’y resterai,
Accours en ce limbe blême:
Moi qui déjà t’aime et t’aime,
Ô que je t’adorerai!

(Verlaine)

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