Arbrealettres

Poésie

Sur le Balcon (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



Toutes deux regardaient s’enfuir les hirondelles :
L’une pâle aux cheveux de jais, et l’autre blonde
Et rose, et leurs peignoirs légers de vieille blonde
Vaguement serpentaient, nuages, autour d’elles.

Et toutes deux, avec des langueurs d’asphodèles,
Tandis qu’au ciel montait la lune molle et ronde,
Savouraient à longs traits l’émotion profonde
Du soir et le bonheur triste des cœurs fidèles.

Telles, leurs bras pressant, moites, leurs tailles souples,
Couple étrange qui prend pitié des autres couples,
Telles, sur le balcon, rêvaient les jeunes femmes.

Derrière elles, au fond du retrait riche et sombre,
Emphatique comme un trône de mélodrame
Et plein d’odeurs, le Lit, défait, s’ouvrait dans l’ombre.

(Verlaine)

3 Réponses vers “Sur le Balcon (Verlaine)”

  1. […] via Sur le Balcon (Verlaine) — Arbrealettres […]

  2. Une main de sinople
    ———————-

    Cette main ne veut pas saisir une hirondelle,
    Mais bien des grains de blé, délectables et blonds,
    En été, dans les champs, quand les jours sont bien longs ;
    Elle en prend à foison, mais ce n’est pas pour elle.

    Cette main ne veut pas cueillir les asphodèles,
    Mais veut bien préparer des tranches de melon
    Sur la terrasse verte où dansent les frelons ;
    C’est ici que boiront quelques amis fidèles.

    De ce corps déjà vieux, qui pourtant reste souple
    Les deux paisibles mains forment un brave couple ;
    Je contemple souvent leurs dix doigts au repos.

    Elles sont au jardin, qui déjà devient sombre
    Malgré le bel éclat des étoiles sans nombre ;
    Les derniers invités tiennent de vains propos.

    • Encore une main de sinople
      ———-

      D’un geste de la main saluant l’hirondelle,
      L’ermite se repose, assis sur ses talons ;
      Lui qui sait que ses jours ne seront plus très longs,
      Il aime retrouver cette errante fidèle.

      Sur l’habitant du ciel son âme prend modèle,
      Car nous, pesants humains, en rêve nous volons ;
      Le but inaccessible, au moins, nous le frôlons,
      (C’est ce que pense aussi l’oiseau de la gadelle).

      Oiseau de la gadelle

      Du chêne et du roseau nous admirons le couple,
      Face à l’adversité, l’un raide et l’autre souple,
      Puis ils se sont rejoints dans l’éternel repos.

      Ma main écrit pour ceux dont les jours furent sombres,
      Tels Verlaine et Rimbaud, dans leurs malheurs sans nombre ;
      Mais de les imiter, ce n’est pas mon propos.

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