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Poésie

Archive for 29 janvier 2017

Aimer d’amour, aimer (Antoine de Bengy-Puyvallée)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



Aimer d’amour, aimer

Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise,
C’est parfois chose exquise, enfant : dans un lis blanc
C’est l’espoir qui dépose, encor vierge et tremblant,
Les perles dont le cœur extasié se grise ;
Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise.

Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là,
Toute la vie est là : c’est un échange d’ailes
Pour deux cœurs confondant leurs battements fidèles,
Vers l’infini bonheur que Dieu même étoila ;
Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là.

Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre,
C’est tout l’être qui vibre aux doigts de la Douleur
Dont l’arpège de feu va hurlant sur le cœur
D’épouvante meurtri, mis à nu fibre à fibre ;
Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre.

Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai ;
Mourir d’amour, mourir : – Calme après la tempête ;
Regrets de l’Infidèle et ses pleurs. – Une fête…
L’adieu, le chant funèbre et doux : « Dies iræ. »
Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai.

(Antoine de Bengy-Puyvallée)

 

 

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ETERNEL AMOUR (Antoine de Bengy-Puyvallée)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



ETERNEL AMOUR

Tout est faux, fragile ou moqueur !
— Oui, mais ton coeur ?
Plus d’oiseaux, de perles aux grèves…
— Oui, mais tes rêves ?

Plus de chant des brises sous bois !
— Oui, mais ta voix ?
J’ai peur. Viens, la forêt est brune…
— Oui, mais la lune ?

Oh ! l’hiver frileux et tout noir !
— Oui, mais l’espoir ?
Revenons, la lune se voile…
— Oui, mais l’étoile ?

Plus d’étoile ou d’éclairs aux cieux !
— Oui, mais tes yeux ?
Quand la mort soufflera leur flamme…
— Oui, mais ton âme ?

(Antoine de Bengy-Puyvallée)

Illustration: Fabienne Contat

 

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LA PERLE (Louis Velliot)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



LA PERLE

Femmes, dans vos cheveux et sur votre poitrine,
Prodiguez à l’envi l’or et les diamants,
Pour attirer l’amour mystérieux aimants,
— Mais ne profanez pas la perle cristalline.

Lorsque vous mélangez sa lumière divine
A l’éclat emprunté de vos joyaux charmants,
Ne montrez pas un front où l’orgueil se devine,
Gardez-vous de la haine et des emportements.

Fuyez aussi le rire, et ce plaisir frivole
Au sein duquel la nuit rapidement s’envole ;
La perle, voyez-vous, est un bijou sacré :
Car si la vague, un jour, sur la plage la jette
Afin que le pêcheur en fasse sa conquête,
C’est qu’au fond de la mer une ondine a pleuré !

(Louis Velliot)

 

 

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MARINE (Henri Belliot)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



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MARINE

Comme des loups à jeun qui viennent s’écraser
Contre la porte d’une étable,
Sur la digue les flots commencent à briser
Avec un bruit épouvantable.

Ils arrivent, cambrés et cabrés sous le vent,
Déchirés aux roches cornues.
La mer, à l’horizon, semble, en se soulevant,
Monter se perdre dans les nues.

On voit blanchir la houle aux sursauts réguliers
Le long de la côte orageuse,
Et ses moutons d’écume accourir par milliers,
Secouant leur toison neigeuse.

On entend comme un coup de canon, par moments,
L’écho mugit. C’est, à la base
D’un vieux cap éventré, plein d’aigres sifflements,
Un paquet de mer qui s’écrase.

Rencogné dans son trou, le goéland criard
Regarde tristement descendre
La nuit qui marche à pas légers sur le brouillard;
Et le jour, d’un morne gris-cendre,

Le jour, décoloré comme un oeil mort, s’enfuit
Pour ne pas voir, dans l’étendue,
Le dieu-requin nommé Naufrage, qui poursuit
Une pauvre barque éperdue.

(Henri Belliot)

 Illustration

 

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JAMAIS PLUS ! (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



JAMAIS PLUS !

Quand le printemps revient, sous l’ombre des saulaies,
Mirer son jeune front à la fraîcheur des eaux,
Et rendre au bois feuillu toutes les notes gaies
Qu’en bâtissant leur nid fredonnent les oiseaux,

Quand la fleur d’aubépin se courbe sous une aile,
Que le blé qui grandit estompe les sillons,
Que le muguet s’entr’ouvre, et que, sur sa dentelle,
A travers le soleil, volent les papillons,

L’esprit chargé de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je vais, comme l’on va vers une ensevelie,
Écarter un linceul et contempler l’amour.

Il est là, pâle et froid, la paupière fermée,
Le coeur ne battant plus, et, cependant, si beau!
Insensible à ma voix, jadis la voix aimée,
Endormi pour jamais dans la nuit du tombeau.

Je mets, les yeux en pleurs, ma lèvre sur sa bouche,
Je lui dis : « Viens, je t’aime!… Ecoute, tout renaît!
Viens! C’est moi qui te parle et c’est moi qui te touche!»
Mais il ne me répond ni ne me reconnaît.

« Mon amour, mon amour, éveille-toi, c’est fête!
La violette a mis son étoile au gazon,
C’est la saison d’aimer, pour aimer je suis prête,
C’est la délicieuse et divine saison!

« Viens !… nous irons encor, sous la lune attiédie,
Redire les serments que tu m’as répétés ! »
Mais sa main de ma main s’échappe, refroidie,
Et l’arc brisé d’Eros demeure à ses côtés.

Il n’est plus ! je maudis le sourire des choses,
Le velours de la mousse et la paix des étangs;
Je maudis la nature et ses métamorphoses,
Je maudis le soleil, je maudis le Printemps,

Et, l’esprit plein de rêve et de mélancolie,
Sans cueillir les lilas, sans respirer le jour,
Je laisse ma jeunesse, hélas! ensevelie,
S’endormir pour jamais au tombeau de l’Amour!

(Noël Bazan)

Illustration: Emile Vernon

 

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LES MAINS (Noël Bazan)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



LES MAINS

Il est des mains que j’adorais
Et qui, sur les touches sonores,
Évoquaient pour moi des aurores
Éclairant de vastes forêts.

Il est des mains, souvent baisées,
Qui, sur les claviers de cristal,
Pour moi, du monde occidental,
Évoquaient les splendeurs brisées.

Il est des mains aux tons pâlis,
Nerveuses, malgré leur finesse,
Et qui chantaient pour ma jeunesse
Avec la voix des bengalis !

Du léger brouillard de dentelles,
Cadre exquis de leur royauté,
Elles faisaient, dans la clarté,
Monter des frémissements d’ailes.

Elles faisaient, dans l’air des soirs
Qu’alourdissait l’odeur des roses,
Resplendir des apothéoses
Ou sangloter des désespoirs.

Maintenant… C’est vrai… Tout s’efface…
Ils ont cessé, le chant vainqueur
Et la chanson triste, et mon coeur
Regarde l’ombre face a face.

Ainsi que l’oiselet des bois
Quand le givre étreint les ramées,
Les petites mains bien-aimées
N’ont plus de chaleur ni de voix.

On leur a mis des fleurs nouvelles,
On a clos leurs doigts refroidis,
Et je m’en vais au Paradis
Pour rester toujours avec elles !

(Noël Bazan)

Illustration: Giovanni Boldini

 

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L’ART (Jules Baudot)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



L’ART

Dans le premier quatrain du sonnet qui te hante,
Avec des mots très doux ainsi que des rumeurs,
D’une légère main, comme font les semeurs,
Sème dans notre esprit que la vie est méchante.

Dans le quatrain qui suit, exalte, prône, chante
La Femme altière et belle, en d’ardentes clameurs.
Et pour bien expliquer l’amour dont tu te meurs
Fais un portrait puissant de celle qui t’enchante.

Alors, en un tercet fort savamment rimé,
Exprime-nous que toi, qui fus pourtant l’Aimé,
Tu n’es plus maintenant qu’un étranger pour elle.

Puis, au tercet final, qu’il ne faut point gâter,
— L’Art serein n’aimant point les cris de tourterelle,
— Sonne un grand vers d’or pur, — pour ne point sangloter !

(Jules Baudot)

 

 

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PRELUDE (Louis Avenniez-Defeux)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



PRELUDE

Les choses à ma chair causent un profond trouble ;
Je sens qu’obscurément le ténébreux destin,
Ainsi qu’à nous, leur donne une substance double
Et jette à leur matière un atome divin.

Je crois que le ciel fit nos natures pareilles ;
Je les regarde avec mon âme dans mes yeux ;
Elles parlent sans mots perçus par les oreilles,
Sans mots disciplinés, mais je les comprends mieux.

Leur langage distrait bégaye en leur silence
Ce qu’en elles les lois de l’univers ont mis,
Et leur esprit, au mien proclamant sa présence,
Mêle son rêve vierge à mes rêves amis.

Leur silence épanché flotte, glisse, ruisselle,
Cueille un autre silence auprès d’autres conduit,
Et cette union vague en soupirs s’amoncelle,
Assemble des frissons pour engendrer le bruit.

Le bruit se fait rumeur, la rumeur se fait ample,
Impérissable encens qui s’élève vers Dieu,
Et c’est pourquoi, toujours, comme la voix d’un temple,
Un immense concert palpite dans l’air bleu.

Que de fois une haleine, une caresse errante,
Un sanglot d’élégie exhalé par le vent,
Le tintement mouillé d’une source courante
M’ont trahi leur secret et m’ont laissé rêvant!

Dans l’antique nature, où rien ne peut se taire,
Que de fois j’ai trouvé quelque chose d’humain,
Et que de fois aussi j’ai senti, sur la terre,
Un battement furtif en y posant la main !

Les choses, qu’un pouvoir irrésistible isole,
Comme nous avons l’être, ont sans doute le leur;
Je comprends leurs leçons, leur muette parole :
Leurs voix, qui vont au coeur, doivent sortir d’un coeur.

(Louis Avenniez-Defeux)

 

 

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REMEDE AU MAL (Louis Avenniez-Defeux)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



REMEDE AU MAL

Vous qui coulez avec un bruit de lèvres,
Rêveurs errants des bois bénis,
Ruisseaux où meurt le long frisson des fièvres;
Vous qui dormez, étangs unis ;

Sources, pourquoi les frileuses fougères,
Les ombrages et les roseaux,
Les mille fleurs et les mouches légères
Qui se poursuivent sur les eaux,

Ne peuvent-ils dans vos miroirs fidèles
Fixer leurs multiples contours ?
Pourquoi vos flots, où se trempent tant d’ailes,
Sont-ils purs et vierges toujours?

Dites ! pourquoi le rayon qui se pose
Sur votre surface un moment,
Ne laisse-t-il aucune trace rose
De son court éblouissement?

« Nous préférons qu’en effet tout s’efface
Dans notre cristal effleuré :
Pâlir lorsqu’un nuage blafard passe,
Sourire lorsqu’il a pleuré ;

« Ne rien graver dans notre transparence,
Ne rien regarder et tout voir,
Et conserver la douce indifférence
De notre implacable miroir.

« Tout oublier! — n’est-ce pas, songeur sombre,
Le plus grand bien?… Tout oublier,
Ne plus sentir le passé, dans son ombre,
Renaître et se multiplier ! »

(Louis Avenniez-Defeux)

Illustration

 

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LA FEUILLE DU SAULE (Olga Audousset)

Posted by arbrealettres sur 29 janvier 2017



LA FEUILLE DU SAULE
(IMITÉ DU CHINOIS)

I

Si je sens mon coeur battre en la voyant paraître,
La belle jeune fille assise à sa fenêtre,
Ce n’est pas que je songe à la riche maison
Qu’au bord du Fleuve Jaune elle possède… Non.

Je l’aime, moi, d’avoir cueilli sur une branche
Une feuille de saule, et puis, de sa main blanche
Effleurant le cristal où naissent les roseaux,
De l’avoir confiée à ce cristal des eaux.

II

De la brise de l’est le parfum qui s’exhale
M’apporte un souvenir de la côte natale
Où le pêcher en fleur et le vert oranger
S’étalent au soleil comme un riant verger;

Ce n’est pas le parfum que j’aime dans la brise :
Mais, sur le flot d’azur que mon aviron brise,
Elle a, durant ce jour, poussé d’un souffle vif
L’humble feuille de saule auprès de mon esquif.

III

Je n’aime pas la feuille idéale et légère
A cause du printemps dont elle est messagère,
Pour ce qu’elle promet dans sa verte couleur :
Si je l’aime, et la tiens aussi près de mon coeur,

C’est que, guidant l’effort de son adroite aiguille,
D’un labeur merveilleux, la belle jeune fille
A brodé, de cet air que je lui connais bien,
Un cher nom sur la feuille, — et ce nom, c’est le mien !

(Olga Audousset)

 

 

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