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Poésie

Archive for 31 janvier 2017

LE GALANT JARDINIER (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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LE GALANT JARDINIER

Lorsque dans votre jardin,
Mignonne, j’entrai soudain,
Vous avez fui comme un daim.

Vous avez caché vos craintes
Dans des coins en labyrinthes;
Mais j’ai suivi vos empreintes.

J’ai su voir, même embrouillés
Parmi les gazons mouillés,
Les baisers de vos souliers.

(Jean Richepin)

 

 

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DECLARATION (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



DECLARATION

L’amour que je sens, l’amour qui me cuit,
Ce n’est pas l’amour chaste et platonique,
Sorbet à la neige avec un biscuit ;
C’est l’amour de chair, c’est un plat tonique.

Ce n’est pas l’amour des blondins pâlots
Dont le rêve flotte au ciel des estampes.
C’est l’amour qui rit parmi des sanglots
Et frappe à coups drus l’enclume des tempes.

C’est l’amour brûlant comme un feu grégeois.
C’est l’amour féroce et l’amour solide.
Surtout ce n’est pas l’amour des bourgeois.
Amour de bourgeois, jardin d’invalide !

Ce n’est pas non plus l’amour de roman,
Faux, prétentieux, avec une glose
Désir de pourquoi, de mais, de comment.
C’est l’amour tout simple et pas autre chose.

C’est l’amour vivant. C’est l’amour humain.
Je serai sincère et tu seras folle,
Mon cœur sur ton cœur, ma main dans ta main.
Et cela vaut mieux que leur faribole !

C’est l’amour puissant. C’est l’amour vermeil.
Je serai le flot, tu seras la dune.
Tu seras la terre, et moi le soleil.
Et cela vaut mieux que leur clair de lune!

(Jean Richepin)

 

 

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Eh ! oui, c’est toi la plus forte ! (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Eh ! oui, c’est toi la plus forte !
Entre tes mains je serai
La plume ou la feuille morte
Que le vent roule à son gré.

Avec un simple sourire.
Même un tradéridéra,
Tu me feras faire et dire
Tout ainsi qu’il te plaira.

Je conviens que ta magie
Fait de moi ce que tu veux.
Tu mates mon énergie
Sous le fouet de tes cheveux.

Tu peux avec une amorce
M’irriter ou m’apaiser.
Tu peux engluer ma force
Dans le miel de ton baiser.

Un mot de ta lèvre rose,
Voilà ma bible et ma foi.
Je suis ton bien et ta chose.
Mais aussi, je sais pourquoi !

Et quand je courbe la tête,
Je me dis, tout en rampant :
« Patience ! le poète
Est un charmeur de serpent. »

(Jean Richepin)

 Illustration

 

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Au jardin de mon cœur (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



 

Au jardin de mon cœur

Quand vos yeux amoureux ne me sont point moroses,
Mon cœur est un jardin plein d’œillets et de roses.

Tout est joyeux, les fleurs, les couleurs, les odeurs,
Les abeilles vibrant, les papillons rôdeurs.

Les moineaux, les pinsons, les linots, les mésanges,
Tous les oiseaux grisés chantent comme des anges.

Le jet d’eau, qui gazouille aussi doux que du miel,
Semble un iris ayant pour fleur un arc-en-ciel.

Quand votre Majesté, madame, est satisfaite,
Au jardin de mon cœur tout le monde est en fête.

Mais quand vos yeux se font cruels et mécontents,
Adieu les fleurs et les oiseaux ! Adieu printemps !

Les roses, les œillets, se fanent sur leur tige.
Aucune abeille, aucun papillon n’y voltige.

Mésanges, et moineaux et linots et pinsons
S’en vont loin de chez moi pour chanter leurs chansons.

Ôtant son arc-en-ciel ainsi qu’on ôte un masque,
Le jet d’eau rauque et lourd sanglote dans sa vasque.

Tant que je n’ai pas vu vos regards adoucis,
Mon cœur est un jardin tout planté de soucis.

(Jean Richepin)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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La neige est belle (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



La neige est belle

La neige est belle. Ô pâle, ô froide, ô calme vierge,
Salut ! Ton char de glace est traîné par des ours,
Et les cieux assombris tendent sur son parcours
Un dais de satin jaune et gris couleur de cierge.

Salut ! dans ton manteau doublé de blanche serge,
Dans ton jupon flottant de ouate et de velours
Qui s’étale à grands plis immaculés et lourds,
Le monde a disparu. Rien de vivant n’émerge.

Contours enveloppés, tapages assoupis,
Tout s’efface et se tait sous cet épais tapis.
Il neige, c’est la neige endormeuse, la neige

Silencieuse, c’est la neige dans la nuit.
Tombe, couvre la vie atroce et sacrilège,
Ô lis mystérieux qui t’effeuilles sans bruit !

(Jean Richepin)

 

 

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Au bord de l’eau (Guy de Maupassant)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Au bord de l’eau

Des grenouilles faisaient un grand charivari ;
Une caille très loin jetait son double cri,
Et, comme préludant à quelque sérénade,
Des oiseaux réveillés commençaient leurs chansons.
Le vent me paraissait chargé d’amours lointaines,
Alourdi de baisers, plein des chaudes haleines
Que l’on entend venir avec de longs frissons,
Et qui passent roulant des ardeurs d’incendies.
Un rut puissant tombait des brises attiédies.
Et je pensai : « Combien, sous le ciel infini,
Par cette douce nuit d’été, combien nous sommes
Qu’une angoisse soulève et que l’instinct unit
Parmi les animaux comme parmi les hommes. »
Et moi j’aurais voulu, seul, être tous ceux-là !

Je pris et je baisai ses doigts ; elle trembla.
Ses mains fraîches sentaient une odeur de lavande
Et de thym, dont son linge était tout embaumé.
Sous ma bouche ses seins avaient un goût d’amande
Comme un laurier sauvage ou le lait parfumé
Qu’on boit dans la montagne aux mamelles des chèvres.
Elle se débattait ; mais je trouvai ses lèvres !
Ce fut un baiser long comme une éternité
Qui tendit nos deux corps dans l’immobilité.
Elle se renversa, râlant sous ma caresse ;
Sa poitrine oppressée et dure de tendresse,
Haletait fortement avec de longs sanglots ;
Sa joue était brûlante et ses yeux demi-clos ;
Et nos bouches, nos sens, nos soupirs se mêlèrent.
Puis, dans la nuit tranquille où la campagne dort,
Un cri d’amour monta, si terrible et si fort
Que des oiseaux dans l’ombre effarés s’envolèrent.

(Guy de Maupassant)

 Illustration: Dimitra Milan   

 

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Rouges lèvres d’enfant (Albert Giraud)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



Rouges lèvres d’enfants, lèvres simples et pures.
Qui buvez la jeunesse ainsi qu’une liqueur,
Rouges lèvres d’enfants, lèvres simples et pures.
Rouges lèvres d’enfants, pareilles à des mûres
Dont le sang saignerait doucement dans mon cœur…

(Albert Giraud)

 

 

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Ta gorge a l’éclat de la mer (Théodore Hannon)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Ta gorge a l’éclat de la mer :
Tes seins forment la blanche houle
Où ma tête ardente se roule
Et vient noyer le spleen amer.

Toi dont la pulpe épanouie
Dans une insolente santé
Vient offrir son régal vanté
À ma gourmandise éblouie,

Je t’aime d’une passion
Où le cœur n’a point sa réplique,
Et d’un culte que ne complique
Nulle idéalisation.

J’aime en toi la seule matière :
Le parfum, le son, la couleur,
Le rythme, la forme en sa fleur,
Voilà ma passion entière !

(Théodore Hannon)

 Illustration: Victor Karlovich Shtemberg

 

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L’andalouse (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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L’andalouse

Avez-vous vu, dans Barcelone,
Une Andalouse au sein bruni ?
Pâle comme un beau soir d’automne !
C’est ma maîtresse, ma lionne!
La marquesa d’Amaëgui !

J’ai fait bien des chansons pour elle,
Je me suis battu bien souvent.
Bien souvent j’ai fait sentinelle,
Pour voir le coin de sa prunelle,
Quand son rideau tremblait au vent.

Elle est à moi, moi seul au monde.
Ses grands sourcils noirs sont à moi,
Son corps souple et sa jambe ronde,
Sa chevelure qui l’inonde,
Plus longue qu’un manteau de roi !

C’est à moi son beau col qui penche
Quand elle dort dans son boudoir,
Et sa basquina sur sa hanche,
Son bras dans sa mitaine blanche,
Son pied dans son brodequin noir !

Vrai Dieu ! Lorsque son oeil pétille
Sous la frange de ses réseaux,
Rien que pour toucher sa mantille,
De par tous les saints de Castille,
On se ferait rompre les os.

Qu’elle est superbe en son désordre,
Quand elle tombe, les seins nus,
Qu’on la voit, béante, se tordre
Dans un baiser de rage, et mordre
En criant des mots inconnus !

Et qu’elle est folle dans sa joie,
Lorsqu’elle chante le matin,
Lorsqu’en tirant son bas de soie,
Elle fait, sur son flanc qui ploie,
Craquer son corset de satin !

Allons, mon page, en embuscades !
Allons ! la belle nuit d’été !
Je veux ce soir des sérénades
A faire damner les alcades
De Tolose au Guadalété

(Alfred de Musset)

 Illustration: Isabelle Jacq Gamboena

 

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Baisers mêlés de pleurs (André Chénier)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2017



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Baisers mêlés de pleurs,
soupirs, molle complainte…

Et sur son cou d’ivoire
D’une dent chatouillant avec un doux murmure
Imprimer la molle et suave blessure.

(André Chénier)

 

 

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