Arbrealettres

Poésie

Archive for février 2017

Sur le soupir de l’amie (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



Sur le soupir de l’amie
toute la nuit se soulève,
une caresse brève
parcourt le ciel ébloui.

C’est comme si dans l’univers
une force élémentaire
redevenait la mère
de tout amour qui se perd.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Andrzej Malinowski

 

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Petite encyclopédie des chats (Violette Bordon)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017


 


 

Petite encyclopédie des chats

Le chat Pître
Fait toujours fes grimaces
Le chat Mot
Ecrit à sa mère
Le chat Soeur
Met son voile sur sa tête
Le chat Tôt
Se lève de bon matin
Le chat Moi
Se prend pour un autre
Le chat Pot
Fait des confitures

(Violette Bordon)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Tes gestes (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



 

Francois Martin-Kavel_  _1

Tes gestes

Plus tendres qu´un aveu
Tes gestes me désarment
Ta main dans tes cheveux
Ou qui sèche une larme
Tu mêles savamment
L´innocence et le charme
Ta jupe de quinze ans
Et tes jambes de femme

Tes bras encore si frêles
Deviennent rassurants
Quand tu donnes à l´enfant
Ta douceur maternelle
Dis-moi qui t´a appris
A effleurer ma bouche
Toi qui suces ton pouce
Quand tu es endormie

Plus belle qu´une ondine
Quand tu sors du bain
Tu caches ta poitrine
Dans la paume des mains
Les hanches insolentes
A chaque mouvement
Une bouche gourmande
Et des yeux innocents

Le soleil apprivoise
Ton corps à contre-jour
Et trouble les contours
De ton ombre chinoise
Dis-moi qui t´a appris
A effleurer ma bouche
Toi qui suces ton pouce
Quand tu es endormie

Comme une adolescente
A son premier désir
Experte et maladroite
Offerte à ton plaisir
Tu es en même temps
Princesse, courtisane
Une fille, une femme
Et la mère, et l´enfant

Je te regarde vivre
Tu me redonnes vie
Tes gestes me délivrent
De tout ce que je suis

(Georges Moustaki)

Illustration: Francois Martin-Kavel

 

 

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S’il renonçait au saké (Yaba)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



S’il renonçait au saké
il plairait à sa belle-mère

(Yaba)

Illustration

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Le visage des mères (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017


 


 

Alain Amevet  maternité aquatique 4

Le visage des mères tombe en cascade
sur le visage de leurs enfants au berceau.

(Christian Bobin)

Illustration: Alain Amevet

 

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L’amour, la rosée, les fleurs et la jeunesse (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017


« Pourquoi suis-je éphémère, ô Zeus? » voilà ce que demandait la beauté.
« Mais », répondit le dieu, « c’est l’éphémère et lui seul que j’ai fait beau ».

Et l’amour, la rosée, les fleurs et la jeunesse entendirent ces mots;
Ils s’en allèrent tous loin du trône de Jupiter, versant des larmes.

***

Warum bin ich vergänglich, o Zeus? so fragte die Schönheit.
Macht ich doch, sagte der Gott, nur das Vergängliche schön.

Und lie Liebe, die Blumen, der Tau und die Jugend vernahmens;
Alle gingen sie weg, weinend, von Jupiters Thron.

(Goethe)

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J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



 Georgia O'Keeffe

J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline

J’ai cueilli cette fleur pour toi sur la colline.
Dans l’âpre escarpement qui sur le flot s’incline,
Que l’aigle connaît seul et seul peut approcher,
Paisible, elle croissait aux fentes du rocher.
L’ombre baignait les flancs du morne promontoire ;
Je voyais, comme on dresse au lieu d’une victoire
Un grand arc de triomphe éclatant et vermeil,
À l’endroit où s’était englouti le soleil,
La sombre nuit bâtir un porche de nuées.
Des voiles s’enfuyaient, au loin diminuées ;
Quelques toits, s’éclairant au fond d’un entonnoir,
Semblaient craindre de luire et de se laisser voir.
J’ai cueilli cette fleur pour toi, ma bien-aimée.
Elle est pâle, et n’a pas de corolle embaumée,
Sa racine n’a pris sur la crête des monts
Que l’amère senteur des glauques goémons ;
Moi, j’ai dit: Pauvre fleur, du haut de cette cime,
Tu devais t’en aller dans cet immense abîme
Où l’algue et le nuage et les voiles s’en vont.
Va mourir sur un coeur, abîme plus profond.
Fane-toi sur ce sein en qui palpite un monde.
Le ciel, qui te créa pour t’effeuiller dans l’onde,
Te fit pour l’océan, je te donne à l’amour. –
Le vent mêlait les flots; il ne restait du jour
Qu’une vague lueur, lentement effacée.
Oh! comme j’étais triste au fond de ma pensée
Tandis que je songeais, et que le gouffre noir
M’entrait dans l’âme avec tous les frissons du soir !
(Victor Hugo)

Illustration: Georgia O’Keeffe

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La Vie (Jean Rivet)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



La Vie

Le petit garçon est embrassé par sa mère.
C’est sa première rencontre avec l’amour.
Il pleure, c’est sa première rencontre avec la vie.
Une feuille d’automne tombe d’un arbre et le frôle, toute coloriée.
C’est sa première rencontre avec la mort.

(Jean Rivet)

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Éphémère (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



Comme les nuages,
comme le papillon,
comme la trace de l’haleine sur un miroir —

Éphémère,
changeant,
disparu en un instant.

Ô seigneur de tous les cieux, de toutes les terres,
de tous les destins,
qu’as-tu voulu de moi ?

***

Som molnen,
som fjärilen,
som den lätta andningen på en spegel —

Tillfällig,
föränderlig,
borta på en liten stund.

O herre över alla himlar, alla världar, alla öden,
vad har du menat med mig ?

(Pär Lagerkvist)


Illustration

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Qu’ai-je vécu ce soir là (Pär Lagerkvist)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2017



Qu’ai-je vécu ce soir là,
un soir d’automne allant chercher du bois pour mère ?
je m’en souviens, aucun soir ne m’est autant resté
en mémoire.
C’est alors que pour la première fois je vis les étoiles.

Le bois sur les bras, je vins à regarder vers le ciel
et je les vis là haut, entourées d’une obscurité sans limite.
Partout au-dessus de moi, elles étaient là dans un vide infini.

Je restai immobile. Et tout en moi disparut,
tout ce qui avait été jusque là, tout ce qui fut à moi,
mon petit cheval de bois à trois pattes, ma balle
de caoutchouc,
ma joie de me réveiller le matin,
la lumière du soleil, les billes en pierre et le gros calot
de verre,
tous mes jouets.

Quand je revins vers mère et posai le bois près du fourneau
rien de particulier ne se remarqua en moi, certainement.
Mais quand je m’en fus m’asseoir sur mon tabouret à l’écart
des autres
je n’étais plus un enfant.

***

Vad upplevde jag den kvällen,
höstkvällen när jag gick efter ved åt mor ?
Jag minns den så väl , ingen kväll minns jag som den.
Det var då jag för första gången såg stjärnorna.

Med vedträna i famnen kom jag att se upp i himlen
och då såg jag dem däruppe, omgivna av sitt gränslösa mörker.
Överallt ovanför mig fanns de i en ödslighet utan gräns.

Jag stod alldeles stilla. Och allting försvann för mig,
allt som funnits förut, allt som varit mitt,
min lilla häst med tre ben, min gummiboll,
min glädje att vakna om morgonen,
solskenet, stenkulorna och den stora kulan av glas,
alla mina leksaker.

När jag kom in ti ll mor igen och lade ifrån mig vedträna vid
köksspisen
märktes säkert ingenting särskilt på mig, säkerligen inte.
Men när jag gick och satte mig på min pall långt borta från de
andra
var jag inte längre något barn.

(Pär Lagerkvist)

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