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Poésie

Archive for 3 février 2017

LE PLAT DE FAÏENCE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LE PLAT DE FAÏENCE

Notre amour fut semblable à ces plats de faïence
Où l’on voit des pays fantastiquement bleus.
Des oiseaux à trois becs, des arbres onduleux,
Des saints dont l’œil qui louche est ravi de croyance.

Des buveurs digérant un jambon de Mayence,
Des chiens verts sous lesquels on lit: Ce sont des leups.
Des chevaux imprévus au profil fabuleux,
Des rois enluminés d’une rouge vaillance.

Notre amour fut pareil, bizarre et précieux.
Un étrange pays sous d’impossibles cieux,
Un plat bariolé de rêve et de féerie.

Plus d’un mets savoureux y fut bien fricassé,
Nous y avons mangé des baisers, en frairie.
Mais je l’ai laissé choir par terre. Il s’est cassé.

(Jean Richepin)

 

 

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NIVOSE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



NIVOSE

Le ciel est transi.
Sur la terre nue
La neige est venue.
Sur mon cœur aussi.

Dans l’air obscurci
Les feuilles dernières
Roulent aux ornières.
Mon bonheur aussi.

Il fait froid ici.
Les cailles, les grives.
Ont quitté nos rives.
Ma maîtresse aussi.

(Jean Richepin)

 

 

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LE BATEAU NOIR (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LE BATEAU NOIR

Je veux prendre un bateau sans boussole,
Sans rames, sans agrès et sans voiles,
Pour aller, sous un ciel sans étoiles.
Chevaucher au hasard la mer folle.

Vapeur, bous et hurle avec rage !
Tourne, tourne, âpre vis de l’hélice!
Sifflet, crie avec joie et délice,
Comme un pétrel repu dans l’orage !

Au branle étourdissant des marées,
Mouillé parles embruns et la pluie.
Les yeux pleurant de sel et de suie.
Dans les glaces du Nord démarrées,

Dans les puits des maelströms qui tournoient,
Dans les rocs des écueils aux dents noires,
Près des requins ouvrant leurs mâchoires,
Tombeaux vivants des morts qui se noient.

Crevant de faim, de soif et de fièvres,
J’irai je ne sais où, seul, farouche.
Et peut-être qu’alors sur ma bouche
Je n’aurai plus le goût de tes lèvres.

(Jean Richepin)

 

 

 

 

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SOURIRE POLI (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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SOURIRE POLI

Je regrette le temps où nos deux cœurs jumeaux
Se querellaient. Un rien vous mettait en colère.
Vos caprices, changeants comme un spectre solaire,
Boudaient, criaient, mordaient ainsi que des marmots.

Aujourd’hui, dans vos yeux plus durs que des émaux,
L’orgueil calme fleurit tel qu’une fleur polaire.
Indifférente à tout, votre humeur me tolère
Et ne se cabre plus sous l’éperon des mots.

Ah ! qu’un éclair de rage en tes regards s’allume!
Fâches-toi ! frappe-moi ! prends mon front pour enclume !
Déchire-moi le cœur en lambeaux ! Manges-en!

Réveille-toi, terrible, en tigresse des jungles!
Mais ne me jette pas, avec l’air méprisant.
Ce sourire poli, poli comme tes ongles.

(Jean Richepin)

 Illustration: Martial Barrault

 

 

 

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LES SORCIÈRES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LES SORCIÈRES

Colère, ô jalousie,
Sorcières aux doigts crochus,
A la figure roussie,
Anges des amours déchus,

J’ai pénétré dans votre antre
Pour savoir la vérité.
Le cœur malade on y entre,
On en sort le cœur gâté.

Vous m’avez dans votre filtre
Et votre noir alambic
Distillé l’horrible philtre
Qui me mord comme un aspic.

Dans votre infernale forge
Dont la haine est le marteau,
Votre patte a pour ma gorge
Forgé le fil d’un couteau.

Et c’est avec votre lame,
C’est avec votre liqueur,
Que j’ai meurtri ma pauvre âme
Et soûlé mon pauvre cœur.

Sorcières de la caverne,
Gueuses je vous maudis.
Vous avez fait un Averne
De mon divin paradis.

(Jean Richepin)

Illustration: Edvard Munch

 

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INSOMNIE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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INSOMNIE

Ah! le sommeil aussi maintenant m’est un leurre.
Plein de regrets, comme un cadavre est plein de vers,
Je veille, le corps veule et l’esprit à l’envers.
Aucun songe riant de l’aile ne m’effleure.

Et j’écoute sonner la demie après l’heure,
L’heure après la demie, et toujours, à travers
Les ténèbres, mes yeux restent tout grands ouverts.
Comme le jour est long à venir, quand on pleure!

Du temps que nous dormions l’un à l’autre enlacés,
Quoique las, nous trouvions qu’il venait vite assez.
Même il venait trop tôt dans nos nuits d’insomnie.

Mais mon cœur n’ayant plus le tien auprès de lui,
L’attente du malin me paraît infinie.
Comme le jour est long à venir aujourd’hui!

(Jean Richepin)

Illustration

 

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INDIFFERENCE (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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INDIFFERENCE

J’étais tout pantelant encor de ses caresses,
Imprégné de l’odeur subtile de ses tresses,
Parfumé de sa peau, brûlant de ses baisers,
Et les hoquets d’amour, un à un apaisés,

Dans ma gorge râlante avec des plaintes douces
A peine assourdissaient leurs dernières secousses,
Quand elle se leva, calme, l’air somnolent.
Elle ne m’embrassa pas même en s’en allant.

Là-bas, près du miroir, sans jouir de ma joie,
Elle remit nonchalamment ses bas de soie,
Comme, après le dessert dans un dîner banal,
La bourgeoise en causant met ses gants pour le bal.

Et je sentis alors l’abominable doute
Au profond de mon cœur s’infiltrer goutte à goutte;
Je compris ce que sa froideur me laissait voir,
Que son amour pour moi n’était plus qu’un devoir.

Qu’elle ne savait plus la volupté jalouse,
Que la maîtresse enfin prenait des airs d’épouse.

(Jean Richepin)

Illustration: Henry Caro-Delvaille

 

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NUIT D’ADIEU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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NUIT D’ADIEU

Dans les bois roux, dans les bois sourds,
Entends la chanson monotone
Des bises d’octobre aux vols lourds.
Les bois enterrent dans l’automne
Leurs amours.

Ah! dans mon cœur qui se recueille
Pleure un chant plus sourd, quand je vois
Sous ta main lourde qui les cueille
Tomber nos bonheurs d’autrefois
Feuille à feuille.

Je veux l’aimer encore. Attends!
La sève bout sous mon écorce.
Je veux, comme à notre printemps,
Reverdir. J’ai toute ma force
De vingt ans.

Mignonne, aime-moi toi-même.
Reviens au vieil amour vainqueur.
L’arbre vit d’un bourgeon suprême.
Avril dure aux roses du cœur
Quand on aime.

Et si notre amour n’est plus vert,
S’il perd ses branches à la bise,
Au moins dans l’âtre large ouvert
Chauffons à son bois qui se brise
Notre hiver.

Que notre nuit d’adieu rougeoie
Comme le vin, la pourpre et l’or.
Flamme folle, flambe, flamboie !
Que ce dernier feu soit encor
Feu de joie !

(Jean Richepin)

 

 

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LE VIOLON (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



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LE VIOLON

Mon cœur est un violon
Sur lequel ton archet joue,
Et qui vibre tout du long,
Appuyé contre ta joue.

Tantôt l’air est vif et gai
Comme un refrain de folie,
Tantôt le son fatigué
Traîne avec mélancolie.

C’est la chanson des baisers
Qui d’abord court, saute et danse
Puis en rythmes apaisés
S’endort sur une cadence.

C’est la chanson des seins blancs
Qui s’enflent comme des vagues,
Puis qui se calment, tremblants
Comme un lac aux frissons vagues.

C’est la chanson de ton corps
Qui fait chanter ses caresses,
Puis s’éteint dans des accords
De langoureuses paresses.

C’est la chanson qui rend fou.
Rends-moi fou, ça te regarde;
Mais si tu fais trop joujou
Sur le violon, prends garde!

Prends garde ! l’âme est debout;
Les quatre cordes, tordues
Sur les clefs tout près du tout.
Jusqu’à casser sont tendues.

Et pourtant, ô fol archet,
Sur ces cordes tu gambilles
Gomme ce clown qui marchait
En dansant sur des coquilles.

Ta vas, tu les prends d’assaut,
Et tu mords leur nerf qui vibre,
Et tu bondis, et d’un saut
Tu leur fais grincer la fibre;

Et pleurant à pleine voix,
Pour si peu que tu le veuilles,
Les cordes, l’âme et le bois,
Tremblent ainsi que des feuilles.

A force de t’amuser
En caprices trop agiles,
Tu finiras par user
Les pauvres cordes fragiles.

Rompu comme un vieux tremplin,
Déjà le bois perd sa force,
Et sur l’âme qui se plaint
Il se fend comme une écorce.

Un jour, sous un dernier coup,
La merveilleuse machine
Entre tes doigts et ton cou
Laissant craquer son échine,

Dans un tradéridéra
Ou quelque autre galipette
L’instrument éclatera
Comme une bulle qui pète.

Prends garde ! le bois méchant
Entrera dans ta main douce;
Les cordes en se lâchant
Te cingleront la frimousse.

Alors l’archet, mais en vain,
Regrettera ses folies;
Car du violon divin
Et des cordes abolies

Il ne te restera plus
Qu’un trait bleu sur ta peau mâle
Des repentirs superflus,
Et puis du sang sur la patte.

(Jean Richepin)

 

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L’autre moitié (Luciano Erba)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



 

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L’autre moitié

Loin de manquer, les signaux abondent
leur sens m’échappe, sont-ils trop nombreux
un seul verdict à la fin, me reste :
tu traverses la moitié d’un charme.
il suffirait d’un petit pas, bien calibré,
d’une lueur à peine entrevue
et le silence alors aurait le sens contraire
ce serait l’autre moitié.

***

L’altra metà

Non mancano i segnali, anzi in eccesso,
mi sfugge il loro senso, sono troppi?
alla fine mi resta un solo responso :
stai attraversando un incanto a metà.

Basterebbe un piccolo passo, di misura,
una luce appena intravista
allora il silenzio sarebbe opposto
sarebbe l’altra metà.

(Luciano Erba)

Illustration: Zdzislaw Beksinski

 

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