Arbrealettres

Poésie

Ce n’est ni rune ni énigme, cela a lieu partout (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2017



Piet Mondrian xY [800x600]

Hommage aux anges
[21]

Ce n’est ni rune ni énigme,
cela a lieu partout ;

ne pourrait capter cette impression ;
la musique ne pourrait rien en faire,

ce que je veux dire est — c’est si simple
pourtant aucune ruse du stylo ou du pinceau

absolument rien ; ce que je veux dire est —
mais tu l’as vu toi-même

ce bois calciné s’effritant…
tu l’as vu toi-même.

[22]

Une sensation neuve
n’est pas accordée à tout le monde,

pas à tout le monde partout,
mais à nous ici, une sensation neuve

frappe, paralysante,
frappe de mutisme,

frappe les sens de mutisme,
fait vibrer tous les nerfs ;

je suis sûre que tu vois
ce que je veux dire ;

c’était un vieil arbre
comme on en voit partout,

partout ici — et des douves de tonneau
et des briques

et un bout du mur
dénudé et la laideur nue

et ensuite… musique ? oh, ce que je voulais dire
par musique quand j’ai dit musique, c’était —

la musique pose des échelles,
elle nous rend invisible,

elle nous met à l’écart,
elle nous permet de fuir ;

mais devant le visible
on ne peut pas fuir ;

on ne peut pas fuir la pointe
qui perce le coeur.

[23]

Nous en faisons partie ;
nous admettons la transsubstantiation,

pas seulement Dieu dans le pain
mais Dieu dans l’autre-moitié de l’arbre

qui paraissait mort
ai-je courbé la tête ?

ai-je pleuré ? mes yeux ont vu,
ce n’était pas un rêve

mais c’était pourtant vision,
c’était un signe,

c’était l’Ange qui m’a délivré,
c’était le Saint Esprit —

un pommier à moitié calciné
en fleurs ;

c’est la floraison de la croix,
c’est la floraison du bois,

où, Annaël, nous nous figeons pour rendre grâce
d’être une fois encore sortis de la mort et de vivre.

***

This is no rune nor riddle,
it is happening everywhere;

what I mean is—it is so simple
yet no trick of the pen or brush

could capture that impression;
music could do nothing with it,

nothing whatever; what I mean is—
but you have seen for yourself

that burnt-out wood crumbling …
you have seen for yourself.

A new sensation
is not granted to everyone,

not to everyone everywhere,
but to us here, a new sensation

strikes paralysing,
strikes dumb,

strikes the senses numb,
sets the nerves quivering;

I am sure you see
what I mean;

it was an old tree
such as we see everywhere,

anywhere here—and some barrel staves
and some bricks

and an edge of the wall
uncovered and the naked ugliness

and then … music? O, what I meant
by music when I said music, was—

music sets up ladders,
it makes us invisible,

it sets us apart,
it lets us escape ;

but from the visible
there is no escape;

there is no escape from the spear
that pierces the heart.

We are part of it;
we admit the transubstantiation,

not God merely in bread
but God in the other-half of the tree

that looked dead—
did I bow my head?

did I weep? my eyes saw,
it was not a dream

yet it was vision,
it was a sign,

it was the Angel which redeemed me,
it was the Holy Ghost—

a half-burnt-out apple-tree
blossoming;

this is the flowering of the rood,
this is the flowering of the wood

where Annael, we pause to give
thanks that we rise again from death and live.

(Hilda Doolittle)

 Illustration: Piet Mondrian

 

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