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Poésie

Archive for 13 février 2017

PALISSADES (László Marsall)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



rosier

PALISSADES

Palissades de pieux
des incarnés

en guise de parole
dialecte du mutisme
où rien ne dit le mot

entre deux pieux
serpente une interrogation
la branche d’un rosier grimpant

c’est le monde des côtes nues
dès lors plus dissimulable
la respiration créatrice

finalement
nous coupons la rose-interrogation
trop proche de nous-mêmes

il n’est de réponse à rien.

(László Marsall)

 Illustration

 

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IMPLORATION (László Marsall)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



IMPLORATION

Aie pitié de moi.
Décime mon escorte :
les orties de fer.
Ôte de mes mains
mes gants de clous.
Souffle les braises
de mes mots blessants.
Fais choir de ma tête
la corbeille en fil-de-fer

Je ne désire
briser ni mordre ni torturer
m’y installer ni la main y poser
faire la cour ni me venger
trembler de peur ni me défendre.

Aie pitié de moi.
Je suis las
de ce qu’ici tout pareil à la
même si ce n’est qu’un peu
mais tout le monde est malgré tout
un quelqu’à part.

Je suis las
de ce qu’à la fin
chacun
en soi
séparément :
Moi.

(László Marsall)

 Illustration: Misha Gordin

 

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LES PROFONDEURS DU SILENCE (László Marsall)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



LES PROFONDEURS DU SILENCE

Serait-ce rêve-vent ?
Vague chant des poissons rejetés sur la plage ?
Psaumes de fourmillement
dans un tibia enseveli ?

Ce n’est plus l’oreille qui l’entend
c’est le Qui-sous-la-Peau à l’affût

Feuille de papier dans le noir
filigranes qui crient
dans germe de la pomme de terre
la micro-houle de la mer
la respiration
que le mur renvoie dans le visage du dormeur

Le léger bruit des chaînes de carbone
plume d’aile touche
la main glissée dans le squelette du coeur

car l’ange n’est pas muet
plus chuchotant que le chuchotant
et plus effrayant

(László Marsall)

 

 

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DANS UN LENT IMPARFAIT (Sándor Csoóri)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



DANS UN LENT IMPARFAIT

Lentement, afin que rien ne casse,
lentement, afin que rien ne passe,
lentement, afin que le coeur s’use debout.

En rampant vaguement, comme un roi-des-chenilles vert,
comme la vermine des charrettes à bras
à travers le temps calciné ; —
la jambe appartient dès lors à l’anéantissement
et déjà la main elle aussi se dessèche.

Lentement, tout comme en l’homme disparaît l’oiseau,
la ville dans les villes,
mon corps dans le corps du monde ; —
dans un lent imparfait,
devant un éclair de magnésium qui tarde.

(Sándor Csoóri)

Illustration: Chloe Yzoard

 

 

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SÉQUENCE (Czigány György)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



SÉQUENCE

dans la chair neige de la pomme
au ventre de la pleine lune
dans les cheveux de la blonde lumière électrique
j’étais son rire ainsi

bleu dans le bleu pur
dans neuf noms de fleurs
dans le ciel sombrant des couleurs
j’étais ses pleurs aussi

dans la chute des feux
corps de fille dans du silence
dans les cendres froidissantes des montagnes
j’étais son plaisir aussi

dans la planète et son ardeur
dans la terre et sa nudité
dans la douce contrainte des muscles
j’étais sa mort aussi

(Czigány György)

Illustration: Eric Principaud

 

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UN INSECTE PRIS DANS L’AMBRE JAUNE (Anna Hajnal)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



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UN INSECTE PRIS DANS L’AMBRE JAUNE

Un insecte pris dans l’ambre jaune
On aperçoit encor ses antennes fragiles comme des cheveux
C’est la molle mort qui l’a enfermé
Dans cette solide immortalité.

Il brille là comme derrière un verre
Ses tremblements d’autrefois, où sont-ils ?
Il pleurait, zézéyait de sa voix d’insecte,
Ses sanglots envolés, dis-moi, où sont-ils ?

Enfermé, ce mort, avec sa carapace
Portera toujours ses habits de fête –
Cette âme menue, si elle existe, si elle existait,
Son bruissement dès lors tournoie silencieux.

(Anna Hajnal)

 

 

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À CE JOUR (Anna Hajnal)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



À CE JOUR

Quels étaient les mots que j’avais dans le temps ?
tels que : merveilleux ! ardent ! véloce ! heureux ! grand !
verbes : frapper ! choir ! revivre ! flotter ! courir !
Quels sont mes épithètes à ce jour ?
harassé, ralenti, tiède, blême, rigide,
verbes : s’allonger, se faire tremper, s’effilocher,
froidir, refroidir.
Mais moi, toujours. J’existe encore au plus profond.
Derrière la grille je relève le front.

(Anna Hajnal)

Illustration

 

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FRAGMENT SUR L’AMOUR (Anna Hajnal)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



FRAGMENT SUR L’AMOUR

Je mourrais bien, mais je vis
pour toi,
que tu ne deviennes orphelin, j’ai peur
pour toi :
comme la mère qui, le couvrant,
épie
son fragile enfant
la nuit,
de ma vie je te couvre au mieux,
j’ai pour toi une peur de feu.

Je serais fatiguée, mais je vais,
je marche,
je serais impatiente, mais
j’attends,
je serais lâche et n’ai pourtant
pas peur,
j’étais corps, pour toi je suis devenue
un coeur.
Et je regarde la rue
sans moi,
si je suis malgré tout vaincue,
enfin,
je succombe au mal qui paralyse,
je suis brûlée dans de grandes banquises.

(Anna Hajnal)

Illustration

 

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QUIZZ (Mihály Ladányi)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



©Thomas Padilla/MAXPPP - Paris FRANCE 04/04/2016 ; RASSEMBLEMENT A L' APPEL DU MOUVEMENT NUIT DEBOUT PLACE DE LA REPUBLIQUE. (MaxPPP TagID: maxnewsworldthree995441.jpg) [Photo via MaxPPP]

QUIZZ

Si neuf cents personnes sur mille
se réunissaient afin
de dire
eh bien mes enfants ce soir
nous n’allons pas jouer aux cartes
ni écouter de la stupide musique de danse
mais nous allons plutôt examiner
— nous disposons d’un peu de temps —
ce qui se passe ici mes enfants
Si neuf cents personnes sur mille
se réunissaient
quel serait donc
le texte ?

(Mihály Ladányi)

 

 

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SOIF (László Lator)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



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SOIF

Oh quelle faim quelle soif j’ai de toi,
chaque partie de toi je la mange ou la bois,
donne ta bouche, ta langue, tes dents – glu,
donne tes odeurs et tes arômes crues,

l’alcool fou de la sueur qui s’évapore
et qui pétille d’entre les flocons d’or
dans la coque de ton aisselle, et du ventre rond,
ta large croupe, la fleur des seins, fais don,

serre-moi dans tes bras, tes cuisses, tandis
que de ton corps je brise l’ardent huis,
ouvre tout grands tes flancs, fais-moi breuvage
d’âpres sèves au goût d’herbe sauvage,

quand la molle fleur, rosée au calice,
donnant de nouvelles soifs de ses épices,
se resserre, et que le plaisir dans les nerfs
accoure à nouveau dans tes reins, dans ta chair,

et que dessous l’épiderme est près d’exploser,
c’est l’instant brume-feu d’avant exister,
cellules qui grésillent, veines chancellent
et travaillent à m’engloutir en elles,

afin que par tes flancs – glissade et morsure –
me happe de nouveau ce monde obscur
où les secrètes nuits noires du vécu
lentement sont en train de se mettre à nu.

(László Lator)

 Illustration: Franz Guillery 

 

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