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Poésie

Archive for 14 février 2017

Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



 

Très peu de vraies paroles s’échangent chaque jour, vraiment très peu.
Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler.
Peut-être n’ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre.

(Christian Bobin)

Illustration: Alberto Galvez

 

 

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Travaux d’aiguille (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



 

Au milieu : Vélasquez.  A gauche, de haut en bas : J De Camp, JF Millet, J Wolf. A droite : Van Gogh et Eugène Martel.

Travaux d’aiguille

Au fil du temps, jeunes filles,
Avec vos ciseaux d’argent,
L’aigu vif de vos aiguilles,
Que cousez-vous? – Le printemps.

Emma Aimée,Emeline
Rient en dévidant la soie
Et leurs cheveux blonds d’ondines
Au fil s’emmêlent parfois.

Hélène a usé la laine
De tant et tant de moutons
Qu’elle tousse à perdre haleine,
Filant un mauvais coton.

Artémise tisse, tisse
Son rêve en si fine toile
Qu’au travers le regard glisse
Et se perd dans les étoiles.

Au fil du temps, demoiselles
Qui cousez lin et velours,
Pour qui ces blanches dentelles?
Qui habillez-vous? – L’amour.

(Marc Alyn)

Illustration

 

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Sur la robe elle a un corps (Blaise Cendrars)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



Sur la robe
elle a un corps

Le corps de la femme est aussi bosselé que mon crâne
Glorieuse
Si tu t’incarnes avec esprit
Les couturiers font un sot métier
Autant que la phrénologie
mes yeux sont des kilos qui pèsent la sensualité des femmes
Tout ce qui fuit, saille avance dans la profondeur
Les étoiles creusent le ciel
Les couleurs déshabillent
« Sur la robe elle a un corps »
Sous les bras des bruyères mains lunules et pistils quand les eaux se déversent
dans le dos avec les omoplates glauques
Le ventre un disque qui bouge
La double coque des seins passe sous le pont des arcs-en-ciel
Ventre
Disque
Soleil
Les cris perpendiculaires des couleurs tombent sur les cuisses

(Blaise Cendrars)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Fabienne Contat

 

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Comme des fenêtres ouvertes aveuglées de soleil (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




Il y a du silence
dans la musique de la langue
comme dans l’arbre et la pierre
et le feu et le vent,
qui l’entend?

Qui a jamais vu l’informelle substance du silence.
Fertile abîme.
Cordon ombilical du merveilleux
Et si le silence était sans métaphore
notre seul transport dans l’infini

L’art n’est pas le seul langage du silence,
mais l’univers, l’oeil, l’extase et la beauté

Comme des fenêtres ouvertes
aveuglées de soleil

(Michel Camus)

 

 

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GEMME (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



GEMME

État d’extase du carbone quand il dit :
j’aime à la lumière.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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Quand je suis heureux (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



Quand je suis heureux,
je sais immédiatement que c’est toi
– Comme un nerf de cristal,
que le doigt de la pluie,
des fleurs et du soleil
font vibrer au maximum,
de cette même vibration
qui dit ta présence en moi.

(Christian Bobin)

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La Mer de la Tranquillité (Marcel Thiry)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



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La Mer de la Tranquillité, c’est dans la lune,
Le nom, rien que le nom pour suffire à l’extase…

(Marcel Thiry)

Illustration

 

 

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L’HYMNE ETERNEL (Pascal Bonetti)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017




L’HYMNE ETERNEL

Je te reconnaîtrai sans t’avoir jamais vue,
Car ton image est dans mes yeux
Semblable à ces reflets qu’on voit sur les lacs bleus
Et dont on cherche en vain les causes dans la nue.
Je te reconnaîtrai… Comment ? Je ne sais pas !
Peut-être à la beauté calme de ton visage,
Peut-être au bruit laissé par ta robe au passage,
Ou peut-être à l’empreinte de tes pas.
Es-tu reine ou bergère ?
Je ne sais pas… Je te vois à travers
Des rêves lumineux, vaporeuse et légère,
Telle, en mirage, une oasis dans mon désert.

Je t’emporterai loin, dans l’au-delà des choses
Où les heures s’en vont endormir leurs secrets,
Et parmi les odeurs et l’ombre des forêts
Je te ferai d’indicibles apothéoses.
Je te ferai des reposoirs
Avec les pins géants et les fleurs des bruyères,
Et dans le mystère ému des longs soirs,
Je laisserai vers toi s’exhaler ma prière.

Nos corps se dresseront dans leur double beauté
Comme un thyrse de chair. Le ciel diamanté,
Les yeux verts des étangs, l’extase des collines,
Regarderont passer notre double désir
Qui montera vers les splendeurs de l’avenir
Par les sentiers, par les rochers, par les ravines.
Nos esprits s’ouvriront au sens de l’infini.

Muables gouttes d’eau dans le gouffre immuable,
Nous essaierons de pénétrer l’éternité.
Atomes conscients devant l’immensité,
Nos cerveaux tenteront de sonder l’insondable.

Nous verrons que nos chairs, ces filles du passé,
Roulent depuis toujours dans le cycle des causes
Et que, plus tard encor, par les vents dispersé,
Notre couple vivra dans les parfums des roses,
Dans les plaintes des mers, dans les souffles des vents,
Dans les fruits, dans les blés, dans les chênes mouvants,
Au hasard des métamorphoses.

Nous verrons que notre âme est l’embryon de Dieu,
Un peu de la grande Aine éparse par le monde,
Qui, parmi l’inconnu de l’époque et du lieu,
Fait vivre le cosmos, le règle et le féconde,
Et que cette âme, accrue à nos gestes latents,
D’un plus puissant envol exaltera le temps
Qui sur nos faiblesses se fonde.

Nous concevrons l’ordre profond de l’univers
Notre corps aspirant à la beauté parfaite,
Notre esprit s’avançant vers l’ultime conquête
Par les chemins les plus divers.

Nous nous sentirons solidaires
Des siècles qui nous précédèrent
Comme de ceux qui nous suivront
Et levant alors notre front
Vers ce Dieu qui par nous incessamment se crée,
Nous chanterons l’hymne sacrée :

« Heureux les doux, heureux les bons, heureux les forts,
Heureux les justes !
Ceux qui mettent leur foi dans la pensée auguste,
Leur espérance dans l’effort !

Heureux ceux dont le coeur est pur et volontaire,
Ceux qui portent leurs jours comme des ciels d’été,
Ceux qui s’en vont chantant, ivres d’avoir capté
Les secrètes lois de la terre !
Heureux les simples qui, bravant les lendemains,
Tendent leurs bras vers les bras fous de l’aventure !
Heureux ceux dont le rêve ou le verbe ou les mains
Entent sur le passé les aurores futures ! »

Je verrai dans tes yeux l’universel amour,
Dans les miens tu liras la millénaire attente,
Nous sentirons en nous cette sève exaltante
Qui de chaque jour fait le jour.

Enfin nous comprendrons la splendeur de la vie,
Le besoin qui s’y vient confondre de la mort,
Et la marche éternelle — et dont rien ne dévie —
Vers un éternel âge d’or.

(Pascal Bonetti)

Illustration: Sabin Balasa

 

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Je suis une voix sans nom (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



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Je suis une voix sans nom
Qui a faim peur et froid
Et qui voudrait crier
Je suis la voix
Qui est au fond de tous les hommes

(Marcel Béalu)

Illustration: Ernest Pignon-Ernest

 

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Chanson (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



De ta robe à longs plis flottants
Ruissellent toutes les chimères,
Et tu m’apportes le printemps
Dans tes mains blondes et légères.

J’ai peur de ce frisson nacré
De tes frêles seins, je ne touche
Qu’en tremblant à ton corps sacré,
J’ai peur du charme de ta bouche.

Je me sens grandir jusqu’aux Dieux
Quand, sous mon orgueilleuse étreinte,
Le doux bleu meurtri de tes yeux
S’évanouit, fraîcheur éteinte.

Mais quand, si blanche entre mes bras,
À mon cri d’amour qui se pâme
Tu souris et ne réponds pas,
Tes yeux fermés me glacent l’âme…

J’ai peur – c’est le remords spectral
Que l’extase ne saurait taire –
De t’avoir peut-être fait mal
D’une caresse involontaire.

(Renée Vivien)

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