Arbrealettres

Poésie

La belle matineuse (Claude Malleville)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



Henrietta Rae 280 [1280x768]

La belle matineuse

I

Le silence régnait sur la terre et sur l’onde,
L’air devenait serein et l’Olympe vermeil,
Et l’amoureux Zéphir affranchi du sommeil
Ressuscitait les fleurs d’une haleine féconde.

L’Aurore déployait l’or de sa tresse blonde
Et semait de rubis le chemin du Soleil ;
Enfin ce dieu venait au plus grand appareil
Qu’il soit jamais venu pour éclairer le monde,

Quand la jeune Philis au visage riant,
Sortant de son palais plus clair que l’Orient,
Fit voir une lumière et plus vive et plus belle.

Sacré flambeau du jour, n’en soyez point jaloux !
Vous parûtes alors aussi peu devant elle
Que les feux de la nuit avaient fait devant vous.

II

L’étoile de Vénus si brillante et si belle,
Annonçait à nos yeux la naissance du jour,
Zéphire embrassait Flore, et soupirant d’amour,
Baisait de son beau sein la fraîcheur éternelle.

L’Aurore allait chassant les ombres devant elle,
Et peignait d’incarnat le céleste séjour,
Et l’astre souverain revenant à son tour,
Jetait un nouveau feu dans sa course nouvelle.

Quand Philis se levant avecque le soleil,
Dépouilla l’orient de tout cet appareil
Et de clair qu’il était le fit devenir sombre.

Pardon sacré flambeau de la terre et des cieux,
Sitôt qu’elle parut ta clarté fut une ombre,
Et l’on ne connut plus de soleil que ses yeux.

(Claude Malleville)

Illustration: Henrietta Rae

 

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