Arbrealettres

Poésie

Archive for 16 février 2017

Dimanche (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Entre les rangées d’arbres de l’avenue des Gobelins
Une statue de marbre me conduit par la main
Aujourd’hui c’est dimanche les cinémas sont pleins
Les oiseaux dans les branches regardent les humains
Et la statue m’embrasse mais personne ne nous voit
Sauf un enfant aveugle qui nous montre du doigt.

(Jacques Prévert)


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Coeur de rubis (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Je sais dire je t’aime
mais j’sais pas aimer
Ton coeur de rubis
qu’est-ce que j’en ai fait?

J’ai joué à l’amour
j’savais même pas jouer
Ton coeur de rubis
qu’est-ce que j’en ai fait?

La vitre est brisée
l’magasin fermé
l’satin déchiré
l’écrin piétiné

Je voulais t’avoir
j’voulais t’posséder
je jouais à l’amour
j’ai seul’ment triché

Ton coeur de rubis
qu’est-ce que j’en ai fait?
Maintenant c’est trop tard
j’ai tout saccagé

Ton coeur de rubis
j’peux même pas le fourguer
Y a pas d’recéleur
pour l’amour volé.

(Jacques Prévert)


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Les animaux ont des ennuis (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Les animaux ont des ennuis

Le pauvre crocodile n’a pas de C cédille
On a mouillé les L de la pauvre grenouille
Le poisson scie a des soucis
Le poisson sole
Ça le désole

Mais tous les oiseaux ont des ailes
Même le vieil oiseau bleu
Même la grenouille verte
Elle a deux L avant l’E

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les p’tits enfants briser leur tirelire
Laissez passer le café si ça lui fait plaisir

La vieille armoire normande
Et le vache bretonne
Sont parties dans la lande en riant comme deux folles
Les petits veaux abandonnés
Pleurent comme des veaux abandonnés

Car les petits veaux n’ont pas d’ailes
Comme le vieil oiseau bleu
Ils ne possèdent à eux deux
Que quelques pattes et deux queues

Laissez les oiseaux à leur mère
Laissez les ruisseaux dans leur lit
Laissez les étoiles de mer
Sortir si ça leur plaît la nuit
Laissez les éléphants ne pas apprendre à lire
Laissez les hirondelles aller et revenir.

(Jacques Prévert)


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Le miroir brisé (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Le miroir brisé

Le petit homme qui chantait sans cesse
le petit homme qui dansait dans ma tête
le petit homme de la jeunesse
a cassé son lacet de soulier
et toutes les baraques de la fête
tout d’un coup se sont écroulées
et dans le silence de cette fête
dans le désert de cette tête
j’ai entendu ta voix heureuse
ta voix déchirée et fragile
enfantine et désolée
venant de loin et qui m’appelait
et j’ai mis ma main sur mon coeur
où remuaient
ensanglantés
les sept éclats de glace de ton rire étoilé.

(Jacques Prévert)


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En même temps (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Un homme et une femme
jamais ils ne se sont vus
Ils vivent très loin l’un de l’autre
et dans des villes différentes
Un jour
ils lisent la même page d’un même livre
en même temps
à la seconde seconde
de la première minute
de leur dernière heure
exactement.

(Jacques Prévert)

 

 

 

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Les affaires la guerre le tricot la guerre (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



La mère fait du tricot
Le fils fait la guerre
Elle trouve ça tout naturel la mère
Et le père qu’est-ce qu’il fait le père?
Il fait des affaires
Sa femme fait du tricot
Son fils la guerre
Lui des affaires
Il trouve ça tout naturel le père
Et le fils et le fils
Qu’est-ce qu’il trouve le fils?
Il ne trouve rien absolument le fils
Le fils sa mère fait du tricot son père des affaires lui la guerre
Quand il aura fini la guerre
Il fera des affaires avec son père
La guerre continue la mère continue elle tricote
Le père continue il fait des affaires
Le fils est tué il ne continue plus
Le père et la mère vont au cimetière
Ils trouvent ça tout naturel le père et la mère
La vie continue la vie avec le tricot la guerre et les affaires
Les affaires la guerre le tricot la guerre
Les affaires les affaires et les affaires
La vie avec le cimetière.

(Jacques Prévert)


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L’amour à la robote (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



L’amour à la robote

Un homme écrit à la machine une lettre d’amour et la
machine répond à l’homme et à la main et à la place
de la destinataire
Elle est tellement perfectionnée la machine
la machine à laver les chèques et les lettres d’amour
Et l’homme confortablement installé dans sa machine à
habiter lit à la machine à lire la réponse de la machine
à écrire
Et dans sa machine à rêver avec sa machine à calculer
il achète une machine à faire l’amour
Et dans sa machine à réaliser les rêves il fait l’amour
à la machine à écrire à la machine à faire l’amour
Et la machine le trompe avec un machin
un machin à mourir de rire.

(Jacques Prévert)

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Toute réflexion faite (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Toute réflexion faite
par ces temps de malheur
le miroir s’est brisé.

(Jacques Prévert)

 

 

 

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Le Ruisseau (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Le Ruisseau

Beaucoup d’eau a passé sous le pont
et aussi énormément de sang
Mais aux pieds de l’amour
coule un grand ruisseau blanc
Et dans les jardins de la lune
où tous les jours c’est ta fête
ce ruisseau chante en dormant
Et cette lune c’est ma tête
où tourne un grand soleil bleu
Et ce soleil c’est tes yeux

(Jacques Prévert)


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Le jardin (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Des milliers et des milliers d’années
Ne sauraient suffire
Pour dire
La petite seconde d’éternité
Où tu m’as embrassé
Où je t’ai embrassée
Un matin dans la lumière de l’hiver
Au parc Montsouris à Paris
A Paris
Sur la terre
La terre qui est un astre.

(Jacques Prévert)

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