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Poésie

Archive for 17 février 2017

Homonyme (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017




Homonyme

Il y a le vert du cerfeuil
Et il y a le ver de terre.
Il y a l’endroit et l’envers.
L’amoureux qui écrit en vers,
Le verre d’eau plein de lumière,
La fine pantoufle de vair
Et il y a moi, tête en l’air,
Qui dis toujours tout de travers.

(Maurice Carême)

Illustration

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LE VERTIGE (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



LE VERTIGE

Jeune femme si je n’ose
A ton oreille ourlée
Le propos trop osé
Qui n’offusque pas la rose.

L’intimité de ton corps
Chaque fois devient miracle
Et plus elle se fait rare
Mieux j’en goûte le vertige

Dans cet éblouissement
Où sombre tout mon passé
S’unit à l’amour unique
Comme un goût de mort joyeuse.

(Marcel Béalu)

Illustration: Marc Chagall

 

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BEATITUDE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



BEATITUDE

Au printemps, le feuillage du lan retombe comme une chevelure.
En été, la lune glisse légèrement dans le ciel.
En automne, les fleurs du cannelier sont blanches.
En hiver, on récite des poésies autour de la lampe.

Je suis très satisfait de vivre.
Quelquefois, il me suffit de regarder une pierre ou d’écouter le vent.

Je ne suis pas amoureux, en ce moment.
Une fleur n’est pas plus parfumée
quand une jolie femme l’a cueillie.

(La Flûte de Jade)

 

 

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KI FONG (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



pétales n [1280x768]

KI FONG

La brise vient d’accourir.
Cet arbre a des frissons de jeune fille amoureuse.
Des poissons luisants sautent à la surface du lac.
Des pétales de lotus vont à la dérive,
avec des équipages de papillons.

Je me demande si ma femme se doute
que je ne suis pas à mes affaires.

(La Flûte de Jade)

Illustration

 

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Double-de-silence (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Double-de-silence

Les hommes ont-ils le temps d’une vie
le temps de pressentir leur
Double-de-silence

Ont-ils le temps d’une vie le temps
de traverser leur désert intérieur
où il n’est d’oasis, d’eau vive ni de fraîcheur

Ont-ils le temps d’une vie
le temps de s’arracher du fond de leurs enfers
pour se hisser à la rencontre de leur inévitable corps-de-silence

La vie amoureuse de la Mort nous
emmène chaque matin par la main

(Michel Camus)

Illustration: Odilon Redon

 

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Blues (Denis Hamel)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

Danny Quirk QuirkPainting151 [1280x768]

Blues

La chair et le rêve marchent sur un même chemin
ce sont de vieux amis

en-dessous de la chair il y a le squelette
en-dessous du rêve il y a

une rivière de sang

dehors l’horrible soleil éclate de rire

quelques gouttes de parfum tombent dans la poussière

les femmes nues dans les magazines
appartiennent à une cité idéale

oh, moisissure du moi

je voudrais me coucher et ne plus jamais écrire

je voudrais

ne plus jamais être amoureux

(Denis Hamel)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Danny Quirk

 

 

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Si le garçon languit en son désir (Alfred Edward Housman)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

Charles Edward Perugini  d8086_b [1280x768]

Si le garçon languit en son désir,
Muet, privé d’élan et pâle,
Comme gisant aux portes de la mort,
C’est vous, jeune fille, qui pouvez le guérir.

Les maux des amoureux sont tous à acheter :
L’air exténué, la voix assourdie,
La tête basse, les yeux caves,
Vous pouvez tout acquérir.

Achetez-les, achetez-les : matin et soir
Les maux des amoureux sont tous à vendre.
Alors c’est vous qui serez sans force ni courage ;
Mais lui, l’amoureux, ira mieux.

***

When the lad for longing sighs,
Mute and dull of cheer and pale,
If at death’s own door he lies,
Maiden, you can heal his ail.

Lovers’ ills are all to buy:
The wan look, the hollow tone,
The hung head, the sunken eye,
You can have them for your own.

Buy them, buy them: eve and morn
Lovers’ ills are all to sell.
Then you can lie down folorn;
But the lover will be well.

(Alfred Edward Housman)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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PREMIÈRE CHANSON DE LA DAME (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

PREMIÈRE CHANSON DE LA DAME

Voici que je tourne en rond
Comme une bête brute dans sa cage,
Je ne sais ni ce que je suis
Ni où je vais,
Je ne sais plus que répéter
Un nom, un seul;
Je suis amoureuse,
C’est là ma honte.
Ce qui offense l’âme,
Mon âme l’adore,
Et elle ne vaut pas plus cher
Qu’une bête sur ses quatre pattes.

***

THE LADY’S FIRST SONG

I turn round
Like a dumb beast in a show,
Neither know what I am
Nor where I go,
My language beaten
lnto one name;
I am in love
And that is my shame.
What hurts the souf
My soul adores,
No better than a beast
Upon all fours.

(William Butler Yeats)

Illustration: Chelin Sanjuan

 

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Arums de Palestine (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Arums de Palestine

Ô ma Maîtresse, je t’apporte,
Funèbres comme un requiem,
Lys noirs sur le front d’une morte,
Les arums de Jérusalem.

Ils éclosent parmi les râles
De l’amour que l’aube détruit,
Et les Succubes aux doigts pâles
Ont respiré leur chair de nuit.

Seule, ton âme ténébreuse
Sut les aimer et les choisir,
Etrange et stérile amoureuse
Qui t’abandonnes sans désir.

O ma Maîtresse, je t’apporte ;
Funèbres comme un requiem,
Lys noirs sur le front d’une morte,
Les arums de Jérusalem.

(Renée Vivien)

Illustration: Ron van Dongen

 

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Les Noyées (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Les Noyées

VOICI l’heure de brume où flottent les noyées,
Comme des nénuphars aux pétales flétris.
Leurs robes ont l’ampleur des voiles déployées
Qui ne connaîtront plus la douceur des abris.

D’étranges fleurs de mer étrangement parées,
Elles ont de longs bras de pieuvres, et leur corps
Se meut selon le rythme indolent des marées ;
Les remous de la vague animent leurs yeux morts.

Semblable aux algues d’ambre et d’or, leur chevelure
Fluide se répand en délicats réseaux,
Et leur âme est pareille aux conques où murmure
L’harmonie indécise et mouvante des eaux.

Elles aiment les nuits d’agonie et d’orage
Dont l’haleine engloutit les vaisseaux, et celui
Qui va mourir les voit à l’heure du naufrage,
Quand le dernier rayon de lune s’est enfui.

Elles tendent leurs mains fébriles d’amoureuses,
Elles tendent leurs mains en un geste d’appel,
Et leur lit nuptial aux profondeurs heureuses
S’entr’ouvre, parfumé d’un clair parfum de sel.

Elles aiment les nuits où persistent encore
L’ivresse et la langueur du jour, les nuits d’été
Brûlantes de senteurs, d’astres et de phosphore,
Où le rêve s’enfuit vers l’âpre volupté,

Où Psappha de Lesbos, leur pâle souveraine,
Chante l’Aphrodita qui corrompt les baisers
Et qui mêle au désir la stupeur et la haine,
L’Aphrodita qui vint des flots inapaisés,

L’Aphrodita puissante, aux colères divines,
Dont elle apprit jadis les solennels accents,
L’insatiable amour des lèvres féminines,
Des seins nus et des corps vierges et frémissants…

(Renée Vivien)

Illustration: Hébert Ernest Antoine Auguste

 

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