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Poésie

Archive for 20 février 2017

Jusqu’à ce que sorte une bonne carte (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017


tarots

Jusqu’à ce que sorte une bonne carte
elle n’a de cesse cette fillette
passionnée de cartomancie

(Tawara Machi)

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Le mauvais larron (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



 

Robert Campin  mauvais-larron

Le mauvais larron

J´aurais pu être celui-là
Qui t´a vu mourir sous la croix,
Un de tes derniers compagnons,
Le mauvais larron.
Bien sûr, j´ai mérité la corde
Plutôt que la miséricorde.
Je suis du gibier des prisons,
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

Bref, j´étais capable de tout
à part de tendre l´autre joue.
Je n´ai pas demandé pardon
D´être un larron.
J´ai pris ce que je pouvais prendre,
Les coups, l´argent, les filles tendres.
Elles trouvaient bien assez bon
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

Aujourd’hui je suis comme toi,
Quand tu n´avais dessus ta croix
Pour ultime fréquentation
Que les deux larrons.
Je n´ai plus rien qui me console.
Peut-être, en guise d´auréole,
On verra briller sur mon front
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

C´était peut-être un vendredi
Qu´il est allé au paradis
Par le chemin de la Passion
Des mauvais larrons.
Abandonné entre deux mondes
Jusqu’à sa dernière seconde,
Ainsi chantait de sa prison
Le mauvais larron – mauvais larron – mauvais larron.

(Georges Moustaki)

Illustration: Robert Campin

 

 

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Entre vous et moi (Kouan Tao-Cheng)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017




Entre vous et moi :
Beaucoup trop de passion.
C’est ce qui fait brûler
nos querelles rouge feu.
Mais prenez de la glaise
modelez-vous en elle.
Prenez un peu d’argile
faites-en mon image.
Brisez les deux figures
et mélangez-les bien.
Reformez votre image
et l’image de moi.
Il y aura dans vous
quelque chose de moi.
Il y aura dans moi
quelque chose de vous.
Vivants nous dormons
dans le même lit.
Morts nous dormirons
dans un seul cercueil.

(Kouan Tao-Cheng)

Illustration

 

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Cette douceur impérieuse (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017




Cette douceur impérieuse
du poème, de qui
nous parle-t-elle
à qui monte son chant
j’écoute, je suis sourd
quelle est cette caresse
quelle est cette injonction

(Gérard Pfister)

Illustration: Claude Bour

 

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Je m’en vais rêvant par les chemins… (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Je m’en vais rêvant par les chemins
Du soir. Les collines
Dorées, les pins verts
Les chênes poussiéreux! …
Où peut-il aller, ce chemin?

Je m’en vais chantant, voyageur
Le long du sentier…
Le jour s’incline lentement.
« Devant mon cœur était clouée
L’épine d’une passion;
Un jour j’ai pu me l’arracher:
Je ne sens plus mon cœur. »

Et toute la campagne un instant
Demeure, muette et sombre,
Pour méditer. Le vent retentit
Dans les peupliers de la rivière.

Mais le soir s’obscurcit encore;
Et le chemin qui tourne, tourne,
Et blanchit doucement,
Se trouble et disparaît.

Mon chant recommence à pleurer:
« Epine pointue et dorée,
Ah! si je pouvais te sentir
Dedans mon cœur clouée. »

(Antonio Machado)


Illustration: Vincent Van Gogh

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HÉLAS ! (Oscar Wilde)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



HÉLAS !

S’égarer avec toute passion jusqu’à ce que mon âme
Soit un luth et que sur ses cordes puissent jouer
Tous les vents, est-ce pour lui que j’ai délaissé
L’antique et dure sagesse, pour lui que je me pâme ?

ll me semble que la vie, la Loi dont je me réclame,
Je ne sais quels gamins en maraude y ont gribouillé
De folles chansons pour leurs pipeaux et
Leurs violes, qui nous en cachent aujourd’hui le
secret sous les gammes.

J’ai connu des heures pourtant où j’aurais
Escaladé des sommets éblouis et du haut du carnage
Su pincer la corde qu’il entendrait.

Est-ce trop tard ? Las ! Je n’ai pu qu’effleurer
De ma baguette l’ombre du mirage
— Que reste-t-il, mon âme, de ton héritage ?

***

HÉLAS !

To drift with every passion till my soul
Is a stringed lute on with all winds can play,
Is it for this that I have given away
Mine ancient wisdom, and austere control ?
Methinks my life is a twice-written scroll
Scrawled over on some boyish holiday
With idle songs for pipe and virelay,
Which do but mar the secret of the whole.
Surely there was a time I might have trod
The sunlit heights, and from life’s dissonance
Struck one clear chord to reach the ears ofGod :
Is that time dead ? to ! with a little rod
I did but touch the honey of romance—
Andmust I lose a soul’s inheritance ?

(Oscar Wilde)

Illustration: Melozzo Da Forli

 

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Le corps d’Eurydice (2/4) (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Certains soirs elle ne savait pas
Ce qui, d’elle, était devenu insaisissable:
Une poignée de plumes rousses
Sur le ciel lisse, où volaient les fleurs du cerisier.
Où l’atteignait, porté par quelque souffle,
Un parfum indéfinissable. Etait-ce
Le laurier rose, dont la feuille est empoisonnée?
Sinon quel souvenir, ou quel désir
Aurait meublé les couches de lumière déclinante,
Et l’espace qui était en elle ce miroir
Obscurci, ce point de fuite, une heure
Avec de légers nuages sur le ciel pâle?
Un moment du monde aurait passé:

« Reprendre le chemin qui ramène
Vers ce lieu de moi-même où tout s’apaise
Et s’équilibre, est-ce tellement difficile
Mère mauvaise? Et me fondre dans ce qui m’appelait:
La nuit accueillante où le corps ne vieillit pas. »

Une vivante. Elle a fait son deuil d’elle-même.
Elle a erré parmi les petits noms de l’amour,
Les objets familiers: beaucoup de fleurs,
D’étoffes, de bijoux, pour embellir une vivante.
Pour retenir sur elle la lumière. Et la passion?
Et le manque, et le besoin, et le plaisir?
Enfin pour finir cette chambre
Sans lit et sans miroirs, où elle se dévisageait
Un moment dans une fenêtre blanche,
Avant de se détourner tout à fait du dehors,
Respirant profondément l’odeur douceâtre
Des bouquets fanés sur la table:

« Nue dans la mémoire, comme dans l’amour,
C’est là que j’ai appris à être impitoyable
Avec ma vie, à n’être plus que du temps
Sans désir comme le soleil sur les pierres nues,
Les pages, désertées d’êtres écrites. »

Ce qui, d’elle, était devenue méconnaissable,
Une partie d’elle-même donc, sa main seulement
Ou sa personne tout entière, les concours
De ce qu’on nomme l’âme? Et beaucoup plus tard
Ce furent d’autres fleurs, celles des paulownias
Qui forment une sorte de ciel mauve
Quand le vrai ciel s’emplit de noir.
Ce qu’il faudrait, de toute urgence, ressaisir,
Elle ne savait toujours pas. – Et pourquoi
Saisir plutôt que se laisser saisir?
Elle regardait alors ces grappes de fleurs,
Respirait cette brume mauve. Elle était capable
D’en jouir. Puis le bleu plus profond
Se mettait tout autour, c’était
Un chef-d’oeuvre de tendresse,
De distraction, ou de destruction:

« Mère mauvaise, non, je n’ai pas changé ma vie.
Mais je suis revenue, parmi les miens, quel que fût
Cet inconnu qui me forçait à aimer l’amour.
Dérobée à lui-même, mes gestes mutilés,
Ceux d’une autre? Sa tête perdue. »

(Claude Adelen)

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