Arbrealettres

Poésie

Archive for 26 février 2017

L’oiseau (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



Un boeuf gris de la Chine,
Couché dans son étable,
Allonge son échine
Et dans le même instant
Un boeuf de l’Uruguay
Se retourne pour voir
Si quelqu’un a bougé.
Vole sur l’un et l’autre
A travers jour et nuit
L’oiseau qui fait sans bruit
Le tour de la planète
Et jamais ne la touche
Et jamais ne s’arrête.

(Jules Supervielle)

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Ne touchez pas l’épaule Du cavalier qui passe (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



L’allée

— Ne touchez pas l’épaule
Du cavalier qui passe,
Il se retournerait
Et ce serait la nuit,
Une nuit sans étoiles,
Sans courbe ni nuages.
— Alors que deviendrait
Tout ce qui fait le ciel
La lune et son passage,
Et le bruit du soleil ?
— Il vous faudrait attendre
Qu’un second cavalier
Aussi puissant que l’autre
Consentît à passer.

(Jules Supervielle)

Illustration: Chris Gaunt

 

 

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Il vous naît un poisson qui se met à tourner (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017




Il vous naît un poisson qui se met à tourner
Tout de suite au plus noir d’une lame profonde,
Il vous naît une étoile au-dessus de la tête,
Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
Que ses sœurs de la nuit, les étoiles muettes.

Il vous naît un oiseau dans la force de l’âge
En plein vol, et cachant votre histoire en son cœur
Puisqu’il n’a que son cri d’oiseau pour la montrer,
Il vole sur les bois, se choisit une branche
Et s’y pose ; on dirait qu’elle est comme les autres.

Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes,
Il n’est pas de chasseur encore dans la contrée
Et quelle peur les hante et les fait se hâter,
L’écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,
La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?

Il vous naît un ami et voilà qu’il vous cherche,
Il ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux,
Mais il faudra qu’il soit touché comme les autres
Et loge dans son cœur d’étranges battements
Qui lui viennent des jours qu’il n’aura pas vécus.

Et vous que faites-vous, ô visage troublé,
Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux,
Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles :
Si je croise jamais un des amis lointains
Au mal que je lui fis, vais-je le reconnaître ?

Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.

(Jules Supervielle)

Illustration: Malvina

 

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L’oubli me pousse et me contourne (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



(…)
L’oubli me pousse et me contourne
Avec ses pattes de velours,
Il est poussé par le silence
Et l’un de l’autre ils font le tour,
Doucereux étouffeurs d’amour.
On sait toujours à quoi ils pensent
Et c’est aux dépens de nos jours,
Eux qui confondent leurs contours
Et l’un l’autre se recommencent
Pour mieux effilocher nos jours
Jusqu’à l’ultime transparence,
Tout en faisant le cœur plus lourd
Pour presque empêcher son avance.
Voilà, voilà qu’ils l’ont glacé !
C’est leur façon de terrasser.
Oh ! que je tâte cette pierre
Qu’éclaire l’étoile polaire !
(…)

(Jules Supervielle)

 

 

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J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



(…)
J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières
Vivant en même temps la source et l’océan
Sans pouvoir me fixer même un mince moment
Entre le monde la plaine et les plages dernières.

Suis-je ici, suis-je là ? Mes rives coutumières
Changent de part et d’autres et me laissent errant.
Suis-je l’eau qui s’en va, le nageur descendant
Plein de trouble pour tout ce qu’il laisse derrière ?

Ou serais-je plutôt sans même le savoir
Celui qui dans la nuit n’a plus que la ressource
De chercher l’océan du côté de la source
Puisqu’est derrière lui le meilleur de l’espoir ?
(…)

(Jules Supervielle)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Je choisis un peuplier (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



Je choisis un peuplier
Avec un fleuve non loin,
Je choisis le fleuve aussi
Et je vous mets près du fleuve.

Mais vous, vous, qui me dira
A qui s’adresse ce vous?

Je ne le sais qu’à demi
Car l’autre moitié varie.

(Jules Supervielle)

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Saisir quand tout me quitte (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



 

Saisir quand tout me quitte,
Et avec quelles mains
Saisir cette pensée,
Et avec quelles mains
Saisir enfin le jour
Par la peau de son cou,
Le tenir remuant
Comme un lièvre vivant ?
Viens, sommeil, aide-moi,
Tu saisiras pour moi
Ce que je n’ai pu prendre,
Sommeil aux mains plus grandes.

(Jules Supervielle)

Illustration: Alex Alemany

 

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Soyons seuls un moment (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



Soyons seuls un moment
Dans un monde d’aveugles.
Milliards de paupières
Autour de nous fermées.

(Jules Supervielle)


Illustration

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Donnez-moi des nouvelles du monde (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017



Donnez-moi des nouvelles du monde.
Et les arbres ont-ils toujours
Ce grand besoin de feuilles, de ramilles,
Et tant de silence aux racines?
Donnez-moi des nouvelles des rivières,
J’en ai connu de bien jolies,
Ont-elles encor cette façon si personnelle
De descendre dans la vallée,
De retenir l’image de leur voyage,
Sans consentir à s’arrêter.

(Jules Supervielle)

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L’enfant née depuis peu (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017




L’enfant née depuis peu
Elle pense :
Si sévères et si grandes
Ces personnes qui regardent
Et leurs figures dressées
Comme de hautes montagnes.
Suis-je un lac, une rivière,
Suis-je un miroir enchanté ?
Pourquoi me regardent-ils ?
Je n’ai rien à leur donner.
Qu’ils s’en aillent, qu’ils s’en aillent
Au pays de leurs yeux froids,
Au pays de leurs sourcils
Qui ne savent rien de moi.
J’ai encore fort à faire
Dessous mes closes paupières.
Il me faut pendre congé
De couleurs à oublier
De millions de lumières
Et de plus d’obscurité
Qui sont de l’autre côté.
Il me faut mettre de l’ordre
Parmi toutes ces étoiles
Que je vais abandonner.
Au fond d’un sommeil sans bornes,
Il me faut me dépêcher.

(Jules Supervielle)

Illustration: Kim Anderson

 

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