Arbrealettres

Poésie

L’enfant née depuis peu (Jules Supervielle)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2017




L’enfant née depuis peu
Elle pense :
Si sévères et si grandes
Ces personnes qui regardent
Et leurs figures dressées
Comme de hautes montagnes.
Suis-je un lac, une rivière,
Suis-je un miroir enchanté ?
Pourquoi me regardent-ils ?
Je n’ai rien à leur donner.
Qu’ils s’en aillent, qu’ils s’en aillent
Au pays de leurs yeux froids,
Au pays de leurs sourcils
Qui ne savent rien de moi.
J’ai encore fort à faire
Dessous mes closes paupières.
Il me faut pendre congé
De couleurs à oublier
De millions de lumières
Et de plus d’obscurité
Qui sont de l’autre côté.
Il me faut mettre de l’ordre
Parmi toutes ces étoiles
Que je vais abandonner.
Au fond d’un sommeil sans bornes,
Il me faut me dépêcher.

(Jules Supervielle)

Illustration: Kim Anderson

 

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