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Poésie

Archive for mars 2017

Blason du corps féminin (René Depestre)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Blason du corps féminin

« À Oméga ».

Bouche, ailes toujours lyriques
Pouvoir combustible des baisers.

Mains, armes à feu doux
Bien douées aussi
Pour la piraterie en haute mer.

Seins, légendes solaires
Qui planent
Au-dessus de nos abîmes.

Ventre né pour la combustion
Sublime du jour et de la nuit
Ventre complice des volcans.

Hanches, tracteurs joyeux
Qui savent monter à l’assaut
Des meilleures terres de notre sang.

Cuisses, obscure géométrie,
Moulin qui sait broyer
Le grain de la douceur.

Fesses, phares merveilleux
Qui tournent autour
De nos vagues intérieures.

Jambes, herbes sauvages
Qui adorent marcher
Dans nos entrailles mêmes.

Je chanterai aussi
La première des céréales
L’été le plus glorieux de la chair :
Le sexe de la femme!
Je chante l’orchestre où triomphe
Le dimanche du corps de la femme.
Le trône du sel marin, l’élément
Où se réveille notre innocence
Pour nous couvrir de gloire!

Voici le sanctuaire païen,
La source d’hormones fraîches
Où la faim et la soif
La joie et la santé
Notre oubli de la mort
Reçoivent jusqu’au cri
Leur plus haute bénédiction.

Gloire!

(René Depestre)

Illustration: Abel-Dominique Boyé

 

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Comble de femme (Mohammed Dib)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Comble de femme

d’abord une guêpe
autre chose étend sa chaleur
et aube

soudain les bras apportent une mer
l’aveuglement la répartit en corps
les portes la reçoivent

entrouverte sur une éternité de combustion
suspendue à un souffle
palme qui cherche se souvient

guêpe encore et
foudre
autre chose étend sa chaleur

le jour remet le feu aux cigales
et jeu
les bras rapportent l’émigrée

sable qu’il faut renverser
polir à toutes les grèves
espace qui atteint sa raison de lumière

et aube
les cigales remettent le feu au temps

(Mohammed Dib)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

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Portrait d’un séducteur (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Portrait d’un séducteur

Il va de lit en lit, de caresse en caresse, de salive en salive.
Il se perd dans la femme comme on se perd dans les forêts les plus crépues.
Il aime aimer, pour n’avoir pas à réfléchir.

Il ne respire bien que sous la peau des autres.
Sa grande volupté consiste à se dissoudre, tantôt dans une bouche et tantôt dans un ventre.
Après l’amour, il balbutie quelques syllabes,

désespère de soi et finit par offrir
son squelette aux passants : on a toujours besoin
d’une potence, aux heures molles de la nuit.

Il ne veut pas d’identité, n’étant complice d’aucun destin.
Sa joie serait qu’on le confonde avec sa lèvre ou sa muqueuse ou son genou.

(Alain Bosquet)

 Illustration: Boris Baranoff Rossine

 

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Dormir avec toi (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dormir avec toi

Ecoute le tonnerre, ce bûcheron, traverser la nuit.
Entends ce délire.
Ah ! Serre-moi dans tes jambes nues.
Inonde-moi de chaleur, de lumière.

L’orage monte des draps froissés.
Je ne suis qu’un homme dans les bras de la nuit

Dormir avec toi

Dans la respiration s’ouvrent des sentiers.
Un train de luxe passe dans la sainfoin

Dormir avec toi

Je dors avec toi.
Je dors toujours en toi, plus profondément en toi.

Je t’enlace, tu me pénètres des dents, des bras.
Tu as le râle des palombes.
Les yeux fermés, je vois ouverts tes yeux.
Y dérivent les rivières

Dormir avec toi

Ne me laisse jamais seul.
Un cheval tourne dans ma tête

Dormir avec toi pour assouvir la vie.

(Jean Malrieu)

 Illustration: Emilia Castañeda

 

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Le désir n’a pas de légende (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Le désir n’a pas de légende

Passé le genou où la main se creuse
comme une semence qui germe
en soulevant un peu la terre,
je vais vers ton ventre comme vers une ruche endormie.

Plus haut ta peau est si claire
que les jambes en sont nues pour tout le corps
et mon regard s’y use
comme au plus tranchant d’un éclat de soleil.

Au-delà, il y a ta lingerie qui sert à t’offrir
et à colorer mon désir.
Tes cuisses, lisibles de toute leur soie, se desserrent
et je vois la ligne de partage de ta chair.

Géants de la sensation,
mes doigts vont se fermer
où se carbonisent des hauteurs entières de jour.

Et c’est enfin la pleine rivière
que je remonte sans effort,
parce que tes seins s y élèvent
comme deux cailloux à fleur d’eau.

[…]

(Lucien Becker)

 Illustration: Renata Domagalska

 

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Portrait (Maurice Henry)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Portrait

Tes yeux ce ne sont pas tes yeux mais la doublure de la nuit

tes mains ce ne sont pas tes mains mais une virgule à collerette

tes cuisses ce sont des hélices pour chasser le mal de dents

et tes dents justement c’est un arbre dont les racines tiennent dans leurs mains mes oreilles

Ta chevelure pleut sur mes paupières quand il fait beau

tes pieds de suie fraîche descendent des cintres lorsque j’appelle un taxi

Sur tes ongles poussent se développent et se multiplient des plantes qui sont mes joues

Avec tes rubans tu lies nos étreintes

et avec tes genoux c’est mon nez que tu nourris

Tes lèvres ce ne sont pas tes lèvres mais un troupeau de bœufs sur les pâturages de mon sang

(Maurice Henry)

Illustration: Albert-Joseph Pénot 

 

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Libération (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Libération

Le soleil dans les pommiers roses
Comme une harpe a tendu ses rayons,
Et voici que passe et se pose
Parmi les fils d’or l’essaim des guêpes en tourbillons.

L’herbe se tait sentimentale
Où point la véronique imperceptiblement,
Où l’ombre changeante s’étale
Se froisse et s’envole en de translucides déploiements

Mais c’est la nuit surtout, quand au pignon des fermes
Dorment les fleurs d’abricotiers
Et qu’étoilant la terre où palpitent des germes
S’ouvrent les boutons des fraisiers;

C’est la nuit quand l’eau sombre au bord des prés gargouille
Et que, monotone biniou,
S’élève indéfini le chant faux des grenouilles
Succédant au cri des coucous;

C’est la nuit quand survient dans sa verte tunique
La lune avec ses cheveux froids
Et que jase à mi-voix presque somnambulique
Le rossignol au fond des bois,

C’est la nuit qu’il est doux d’être un cœur qui délaisse
Sa chair comme un étroit tombeau,
Et fondu, mort d’amour, coule dans la caresse
Du vent aux blancheurs des sureaux.

(Marie Dauguet)

Illustration: Christian Schloe 

 

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Je porte en moi (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Dédicace
Pour Henri

Je porte en moi, parmi des clartés de vitrail,
Des fleuves étalés, des cités fulgurantes,
Des bouleaux d’argent pur, des prés de frais émail,
Des jardins constellés de lys et d’amaranthes.

Je nourris des dragons en de lointains bercails;
Mais rien ne transparaît du rêve qui me hante;
Je suis ce manuscrit fleuri d’absurdes plantes
Qui recèle à l’abri de mon double fermail,

– Magique parchemin et dont la garde est vierge,
Que nul doigt n’effleura sous sa gaine de serge, –
Des psaumes exaltés et d’amoureux cantiques.

A toi, j’offre aujourd’hui les cités, les chimères,
Le vitrail d’or liquide et le livre mystique
Où repose mon coeur comme en un reliquaire.

(Marie Dauguet)

Illustration: Guy Baron

 

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La vie n’est pas tragique (J.M.G. Le Clézio)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



 

Minutes, secondes, centièmes, millièmes de secondes,
du temps réel,
poussières, poudre, pollen,
fractions de matière dansant dans les rayons de la lumière.

La vie n’est pas tragique,
n’est pas solennelle;
elle est aussi dans ces signes minuscules.

(J.M.G. Le Clézio)

Illustration

 

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Généalogie (Suzanne Paradis)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2017



Généalogie

Et la mer monte à mes oreilles
c’est la mer morte de mon sang
couleur de vin des vieilles treilles
qu’on vendangeait en seize cents.

Depuis alors que de rivages
de flux et de reflux en passant
de cités en îles sauvages
ont bercé mon cœur incessant.

Je vous connais tous mes ancêtres
jeunes filles et jeunes gens
aussi pauvres que l’on puisse être
de gloire de nom et d’argent;

mais pour porter au cœur du monde
ceux que vous serez après moi
pour les unir dans une ronde
je n’ai pas trop de tous vos bras.

(Suzanne Paradis)

 

 

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