Arbrealettres

Poésie

Archive for 8 mars 2017

Cette merveille de notre rencontre, était lumière et chanson (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Cette merveille de notre rencontre,
Était lumière et chanson.
Je ne voulais plus
Aller nulle part.
C’était une amère douceur
Qu’un bonheur au lieu d’un devoir,
Je devais ne pas lui parler,
Et j’ai parlé longtemps.
Que les passions étouffent les amants,
Qu’elles exigent des réponses !
Nous n’étions plus, mon ami, que des âmes
Sur le bord du monde.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Alex Alemany

 

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Si tu savais (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Nous ne boirons pas dans le même verre
Ni de l’eau ni du vin doux,
Nous n’échangerons pas de baisers le matin,
Et le soir nous ne serons pas ensemble à la fenêtre.
Ton signe est le soleil; le mien, la lune;
Mais nous vivons d’un seul amour.

Mon tendre ami fidèle est toujours avec moi,
Ton amie joyeuse est toujours avec toi,
Mais je comprends l’effroi dans ces yeux gris,
Et tu es la cause de mon malaise.
Nous espaçons nos rencontres trop brèves.
C’est notre lot: protégeons notre paix.

Oui mais ta voix chante dans mes poèmes,
Mon souffle passe dans les tiens.
Oh, ce bûcher existe et ni l’oubli
Ni la peur n’osent s’approcher.
Si tu savais comme, en ce moment,
J’aime tes lèvres, roses, sèches !

(Anna Akhmatova)

Illustration: Man Ray

 

Illustration: Man Ray

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Se réveiller à l’aurore parce que la joie est trop forte (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017




Se réveiller à l’aurore
Parce que la joie est trop forte,
Regarder par le hublot
Comme l’eau est verte,
Monter sur le pont — le temps est gris —
Enveloppée de fourrures duveteuses,
Écouter le bruit de la machine,
Et ne penser à rien,
Mais, sachant que je vais revoir
Celui qui est devenu mon étoile,
Me retrouver, dans la brise et les embruns,
À chaque instant plus jeune.

(Anna Akhmatova)

 

 

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En la chose aimée l’amant se transforme (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

 

En la chose aimée l’amant se transforme,
Par vertu de grande imagination;
Plus rien alors désirer je n’ai,
Puisqu’est en moi la partie désirée.

Si en elle mon âme est transformée,
Que d’autre désire le corps atteindre?
En lui-même seul il peut reposer,
Puisqu’avec lui cette âme est attachée.

Mais cette divinité belle et pure
Qui, comme un accident en son sujet,
Ainsi avec mon âme se conforme,

Comme une idée se tient dans ma pensée:
Le vif et pur amour dont je suis fait,
Tel matière simple, cherche la forme.

(Anna Akhmatova)

Illustration: Maria Amaral

 

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« Où es-tu ? » (Alirezâ Rôshan)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Dimitar Voinov Jr  (5)

« où es-tu ? »
Voilà
le premier discours amoureux

(Alirezâ Rôshan)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Dimitar Voinov

 

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Merci (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

Eugène Begarat dans le jatdin 65x50cm-600 [1280x768]

Merci

Etaient-elles mortelles
Aussi
Ô! si
Fraîches délicates et belles
Les Clara et les Isabelle
De ces dimanches sans souci
Du temps vieux de mes jouvencelles

Etaient-elles réelles
Aussi
Ô! si
Timidement amoureux d’elles
Qu’il se peut que je ne rappelle
Qu’un de ces rêves réussis
Qui laissent au coeur leurs séquelles

Troublantes sentinelles
Ainsi
Voici
Je vous reviens mes demoiselles
Par les étranges raccourcis
Que l’âge après lui amoncelle

Soyez clémentes Isabelle
Et vous belles Clara aussi

Ma vie a brûlé ses chandelles
Mais si vraiment vous fûtes telles
Merci

(Louis Calaferte)

Illustration: Eugène Begarat

 

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L’AMOUR (Charles Van Lerberghe)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



L’AMOUR

Deux enfants jouent avec l’Amour.
L’un est aveugle, l’autre sourd.
Celui qui le voit, en silence,
Epie à ses lèvres l’apparence
D’un nom voluptueux et doux.
Il regarde ces lèvres où
Ce nom divin tremble et s’éclaire,
Voilé d’un éternel mystère.
Elles s’allongent avec langueur.
Est-ce un souffle sur une fleur ?
Ou ne serait-ce, ainsi qu’il semble,
Que le son d’un baiser qui tremble.
Un son de soie et de velours ?…
Deux enfants jouent avec l’Amour.
Celui qui l’écoute dans l’ombre
Entend son nom magique et sombre ;
Mais en cette âme d’obscurité,
La splendeur pâle et la beauté
De cet être inconnu qu’il nomme,
N’est qu’un murmure doux et lointain,
Comme de roses et de satin…
C’est un bruit de mer qui déferle ;
Un bruit d’eaux où tombe une perle.
C’est un son clair, puis un son sourd…

Deux enfants jouent avec l’Amour.

(Charles Van Lerberghe)

Illustration: Raymond Peynet

 

 

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ROMANCE NOCTURNE (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



 

ROMANCE NOCTURNE

Un solitaire au clair d’étoiles
S’en va dans la calme minuit.
L’enfant s’éveille ivre de rêves,
Ses traits croulent gris dans la lune.

La folle geint cheveux au vent
A fa fenêtre grillagée.
Sur le lac vont en douce errance
Des amoureux, étrangement.

L’assassin blême rit au vin,
L’effroi de mort point les malades.
La nonne prie, meurtrie et nue,
Devant la croix de son Sauveur.

La mère chantonne en sommeil.
L’enfant regarde dans la nuit
De ses yeux vrais, paisiblement.
Dans le bordel sonnent les rires.

A la chandelle dans la cave
Le défunt peint d’une main blanche
Au mur un ricanant silence.
Le dormeur chuchote toujours.

(Georg Trakl)

Illustration

 

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Les deux amants heureux ne font plus qu’un seul pain (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017



Les deux amants heureux ne font plus qu’un seul pain,
une goutte de lune, une seule, dans l’herbe,
ils laissent en marchant deux ombres qui s’unissent,
dans le lit leur absence est un seul soleil vide.
Leur seule vérité porte le nom du jour :
ils sont liés par un parfum, non par des fils,
ils n’ont pas déchiré la paix ni les paroles.
Et leur bonheur est une tour de transparence.
L’air et le vin accompagnent les deux amants,
la nuit leur fait un don de pétales heureux,
aux deux amants reviennent de droit les oeillets.
Les deux amants heureux n’auront ni fin ni mort,
ils naîtront et mourront aussi souvent qu’ils vivent,
ils possèdent l’éternité de la nature.

***

Dos amantes dichosos hacen un solo pan,
una sola gota de luna en la hierba,
dejan andando dos sombras que se reúnen,
dejan un solo sol vacío en una cama.
De todas las verdades escogieron el día :
no se ataron con hilos sino con un aroma,
y no despedazaron la paz ni las palabras.
La dicha es una torre transparente.
El aire, el vino van con los dos amantes,
la noche les regala sus pétalos dichosos,
tienen derecho a todos los claveles.
Dos amantes dichosos no tienen fin ni muerte,
nacen y mueren muchas veces mientras viven,
tienen la eternidad de la naturaleza.

(Pablo Neruda)

Illustration: Marc Chagall

 

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Ton rire (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 8 mars 2017




Ton rire

Tu peux m’ôter le pain,
m’ôter l’air, si tu veux :
ne m’ôte pas ton rire.

Ne m’ôte pas la rose,
le fer que tu égrènes
ni l’eau qui brusquement
éclate dans ta joie
ni la vague d’argent
qui déferle de toi.

De ma lutte si dure
je rentre les yeux las
quelquefois d’avoir vu
la terre qui ne change
mais, dès le seuil, ton rire
monte au ciel, me cherchant
et ouvrant pour moi toutes
les portes de la vie.

A l’heure la plus sombre
égrène, mon amour,
ton rire, et si tu vois
mon sang tacher soudain
les pierres de la rue,
ris : aussitôt ton rire
se fera pour mes mains
fraîche lame d’épée.

Dans l’automne marin
fais que ton rire dresse
sa cascade d’écume,
et au printemps, amour,
que ton rire soit comme
la fleur que j’attendais,
la fleur guède, la rose
de mon pays sonore.

Moque-toi de la nuit,
du jour et de la lune,
moque-toi de ces rues
divagantes de l’île,
moque-toi de cet homme
amoureux maladroit,
mais lorsque j’ouvre, moi,
les yeux ou les referme,
lorsque mes pas s’en vont,
lorsque mes pas s’en viennent,
refuse-moi le pain,
l’air, l’aube, le printemps,
mais ton rire jamais
car alors j’en mourrais.

(Pablo Neruda)

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