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Poésie

Archive for 11 mars 2017

Ô Coeur (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



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Les murs ne tombent pas
[28]

Ô Coeur, petite urne
de porphyre, agate, ou cornaline,

imperceptiblement est tombée la graine,
entre un battement de coeur de plaisir

et un battement de coeur de peine ;
j’ignore comment elle est arrivée

ni combien de temps elle est restée là,
ni ne puis dire

comment elle a échappé à la tempête
de passion et de malveillance,

ni pourquoi elle n’a pas été emportée
dans un torrent de chagrin,

ou flétrie dans la morne sécheresse
de la pensée amère.

***

O Heart, small urn
of porphyry, agate or cornelian,

how imperceptibly the grain fell
between a heart-beat of pleasure

and a heart-beat of pain;
I do not know how it came

nor how long it had lain there,
nor can I say

how it escaped tempest
of passion and malice,

nor why it was not washed away
in flood of sorrow,

or dried up in the bleak drought
of bitter thought.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Faut-il toujours que le matin revienne ? (Novalis)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Faut-il toujours que le matin revienne ?
L’empire de ce monde ne prend-il jamais fin ?
Une fatale activité engloutit les élans divins de la Nuit qui s’approche.
Ne va-t-il donc jamais, le sacrifice occulte de l’Amour, éternellement brûler ?

La lumière a son temps, qui lui fut mesuré ;
mais le royaume de la Nuit est hors le temps et l’espace.
– Et c’est l’éternité que le sommeil a pour durée.
Sommeil sacré ! Ne t’en viens pas trop rarement, durant le terrestre labeur du jour,
combler de tes félicités les adeptes fidèles de la Nuit.

Les insensés uniquement te méconnaissent
et ne savent point d’autre sommeil que l’ombre que tu jettes,
par compassion pour nous, au crépuscule de la nuit évidente.

Ils ne te sentent point dans le flot d’or des grappes
– dans l’huile miraculeuse de l’amandier ou dans la brune sève du pavot.

Ils ne le savent pas, que c’est toi qui nimbes ainsi le tendre sein de la vierge
et nous fais de son cœur un paradis.

Ils ne pressentent pas que, te levant des légendes anciennes,
tu t’avances vers nous, ouvrant le ciel,
et tu portes la clé qui ouvre les demeures de la béatitude,
silencieux messager des infinis mystères !

(Novalis)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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Distance (Francis Dannemark)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Distance

Mais c’est quoi au juste,
prendre un peu de distance ?
Elle voulait savoir si c’était un autre gag zen
comme on en vend dans les magazines
ou si ça marchait vraiment,
et comment je faisais, moi
– et sa voix disait qu’à son avis,
de la distance, j’en prenais un peu trop
mais elle voulait quand même
que je lui dise, alors j’ai répondu
qu’il suffisait de regarder le spectacle du monde
avec soi-même dedans en tout petit,
et de penser sans passion
mais avec intérêt
aux fourmis faisant leur travail de fourmis,
et elle a hoché la tête.
Les moments sont rares où l’on sent vraiment
à quel point les gens ont besoin d’être aimés.
Ce besoin-là est si vaste,
on ne peut même pas l’imaginer.

(Francis Dannemark)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Edvard Munch

 

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Son rire est un chant pur aux ailes emperlées (Christiane Barrillon)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Son rire
est un chant pur aux ailes emperlées
perché sur un rameau de pluie ou de rosée.

Ses yeux
sont deux oiseaux inlassables qui brûlent
de voler plus haut, toujours plus haut dans
les nuées
et tombent, se relèvent,
se ravivent, se consument…

Ses yeux sont deux oiseaux blessés
saignant sous la neige des plumes
— passion contenue
chair idéalisée —
et qui cherchent au ciel la branche
où se poser.

(Christiane Barrillon)

Illustration: Constantin Razoumov

 

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Tant de choses qui disparaissent (Claude Darbellay)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Tant de choses qui disparaissent
se glissent en nous,
dictent nos pas
Les villes ne gardent-elles,
longtemps après,
l’empreinte des corps
qui se sont aimés ?

(Claude Darbellay)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Leonid Afremov

 

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Je lègue à mon chien (Franz Hellens)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

Je lègue à mon chien mon habit d’arlequin
Au pied de la montagne mon bâton
Aux rayons de l’esprit la flaque d’eau
Au vent de la mémoire le nuage
Aux astres morts la cendre de mes rêves
Au temps qui vient l’étang et la maison
A d’autres l’objet de ma passion
Aux ignorants la page blanche
Au vol du Sphinx le ciel de mes yeux blancs
Aux psychologues ma tête et mes dix doigts
A la postérité ma mort qui vient de naître
A ce nouveau visage pas encore né
Tout ce que je n’ai pas été
Et que j’aurais pu être.

(Franz Hellens)

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La clé (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

La clé

Le poète peine, éclairé par sa recherche,
et l’objet qu’il a su faire, qu’il te confie,
étranger, c’est la clé pour entrer dans ta maison.

(André Frénaud)

 

 

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