Arbrealettres

Poésie

Archive for 14 mars 2017

Si ça est un que serait deux ? (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Si ça est un
que serait deux ?

Ce n’est pas seulement un plus un.
Parfois c’est deux
sans cesser d’être un.
Comme parfois un
ne cesse pas non plus d’être deux.

Les comptes de la réalité ne sont pas clairs
du moins ce qui ne l’est pas,
c’est notre lecture de ses résultats.
Ainsi nous échappe
ce qu’il y a entre un et un,
comme nous échappe ce qu’il y a
simplement à l’intérieur de un,
et nous échappe
ce qu’il y a dans moins un,
ou nous échappe le zéro
qui entoure et accompagne toujours
un et deux.

La rose, est-elle une ?
L’amour, est-il deux ?
Le poème, n’est-il ni l’un ni l’autre ?

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://ecriturbulente.com/

Illustration

 

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Un homme se penche (Kateri Lemmens)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



un homme se penche
sur le poignet d’une femme
trace des signes de croix
entame les prières
fait taire les marques
suite d’aspérités
du bout des doigts
effleurant son poignet
un homme
un désert
abandonné par le temps

(Kateri Lemmens)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Post-scriptum poétique (Katerina Anghelàki-Rooke)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Post-scriptum poétique

Les poèmes ne peuvent plus
être beaux
puisque la vérité s’est enlaidie.
Désormais l’expérience
est le seul corps des poèmes
et tandis que s’enrichit l’expérience
elle nourrit le poème et sans doute lui donne force.
J’ai mal aux genoux je ne peux plus
m’agenouiller devant la Poésie,
je ne peux lui offrir
que l’expérience et les blessures.
Les adjectifs sont défraîchis —
seuls mes fantasmes
peuvent désormais orner ma poésie.
Mais je la servirai toujours
tant qu’elle voudra de moi bien sûr
car elle seule me permet d’oublier un peu
l’horizon bouché de mon avenir.

***

Poetic Postscript

Poems cannot be beautiful
anymore, because truth
has turned ugly.
Experience is now
the only body of poems
and the richer the experience
the better the poem is nourished
and the stronger it grows.
My knees ache
I am unable to fall on them
to worship poetry;
the wounds of my experience
is all I have to offer.
The adjectives withered;
only with my fantasies
I can decorate poetry now.
But I shall always serve her
-for as long as she wants me-
because only poetry can make me
forget for a while
the closed horizon of my future.

(Katerina Anghelàki-Rooke)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Une fois (Károly Fellinger)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Une fois

Quoique je sois dans une mauvaise passe,
je suis capable de renaître chaque jour,
mais pour cela, il faut pour cela que je me consomme
avant le soir et que je ne tienne jamais
jusqu’à minuit, puis, au moment suivant,
je frotte ma statue d’oiseau de miel,
de sucre, je déchire ma couette garnie
de plumes d’oie par-dessus, comme le temps
passe, je me consomme de plus en plus
tôt, demain à l’heure du déjeuner ou quand
le petit-déjeuner est servi, je vivrai assez
pour me voir renaître à partir du pur néant,
comme le dragon sans tête.

***

Egyszer

Bármilyen rossz passzba kerülök, azért még
minden nap képes vagyok újjászületni,
de ahhoz az kell, hogy estére elfogyjak
már és ne tartsak ki éjfélig sohasem,
az azt követő pillanatban meg aztán
madárszobrom bekenem mézzel, cukorral,
széjjeltépem fölötte lúdtollas dunyhám,
az idő múlásával egyre hamarabb
fogyom el, holnap ebédkor vagy a villásreggeli
tálalásakor, egyszer még megérem
majd, hogy a tökéletes semmiből
szülessek újjá, mint a fejetlen sárkány.

(Károly Fellinger)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Le désir du peu (Louise Warren)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



 

le désir du peu
agrandit le vide

broie le noir
sans l’épuiser
cela ne paraît pas
dans mes gestes
pas encore

(Louise Warren)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Igor Morski

 

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Trois miroirs pour ma mélancolie (Vera Feyder)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Trois miroirs pour ma mélancolie
Le premier pour y perdre mes yeux
et ne plus les voir

Le second pour entendre
ce petit oiseau fou qui toujours
me fait signe

Et le troisième pour le briser
en autant de morceaux que ma vie
émiettée.

(Vera Feyder)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Francine Van Hove

 

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L’azur est la mort du hasard (José Acquelin)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



L’azur est la mort du hasard

pour pouvoir se permettre d’être rien
le rêve est une volonté élémentaire

il ne suffit pas de regarder les nuages
dans le cerveau du voisin
oui le ciel est un cahier ligné

par tous les yeux qui s’y sont lancés
la terre est un oeil qui nous porte
à l’enfermer sous nos paupières

l’ego est lent quand le coeur
est clair comme un verre de ciel
l’âme est une campanule dans la cloche du corps

la volonté de bonheur me déprime par son égoïsme
la décence consiste à quitter les perchoirs
pour voler sans ailes et sans remords

le ciel descend
pour que je marche sur les nuages
heureux de ne pas être le soleil

(José Acquelin)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Bonhomme de neige (Wallace Stevens)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Bonhomme de neige

Il faut posséder un esprit d’hiver
Pour regarder le gel et les branches
Des pins sous leur croûte de neige ;

Avoir eu froid longtemps
Pour contempler les genévriers hérissés de glace,
Les épicéas, bruts dans l’éclat lointain

Du soleil de janvier ; et ne pas imaginer
De détresse aucune dans le bruit du vent,
Le bruit d’une poignée de feuilles,

Qui est le bruit de l’étendue
Emplie du même vent
Soufflant dans le même lieu nu

Pour qui écoute, écoute dans la neige,
Et, n’étant rien lui-même, ne contemple
Rien qui ne soit là et le rien qui est.

***

The Snow Man

One must have a mind of winter
To regard the frost and the boughs
Of the pine-trees crusted with snow;

And have been cold a long time
To behold the junipers shagged with ice,
The spruces rough in the distant glitter

Of the January sun; and not to think
Of any misery in the sound of the wind,
In the sound of a few leaves,

Which is the sound of the land
Full of the same wind
That is blowing in the same bare place

For the listener, who listens in the snow,
And, nothing himself, beholds
Nothing that is not there and the nothing that is.

(Wallace Stevens)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde (Louise Glück)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



Il est vrai qu’il n’y a pas assez de beauté dans le monde.
Il est vrai aussi qu’il n’est pas de ma compétence de lui en redonner.
(…)

Je suis
au travail, bien que silencieuse.

La fade

misère du monde
nous serre de chaque côté, comme une allée

bordée d’arbres ; nous sommes

ensemble ici, sans parler,
chacun dans ses pensées ;

derrière les arbres le fer forgé
des portails de maisons privées,
pièces aux volets fermés,

l’air désert, abandonné,

comme si l’artiste avait
le devoir de créer
de l’espoir, mais avec quoi ? avec quoi ?

le mot lui-même,
faux, un artifice pour réfuter
la perception – À l’intersection,

les lumières ornementales de la saison.

J’étais jeune alors. Voyageant
en métro avec mon petit livre
comme pour me défendre

contre ce même monde :

tu n’es pas seule,
disait le poème,
dans le sombre tunnel.

***

It is true there is not enough beauty in the world.
It is also true that I am not competent to restore it.
Neither is there candor, and here I may be of some use.

I am
at work, though I am silent.

The bland

misery of the world
bounds us on either side, an alley

lined with trees; we are

companions here, not speaking,
each with his own thoughts;

behind the trees, iron
gates of the private houses,
the shuttered rooms

somehow deserted, abandoned,

as though it were the artist’s
duty to create
hope, but out of what? what?

the word itself
false, a device to refute
perception-At the intersection,

ornamental lights of the season.
I was young here. Riding
the subway with my small book
as though to defend myself against

this same world:

you are not alone,
the poem said,
in the dark tunnel.

(Louise Glück)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Mélancolie (Antoine Emaz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



mélancolie
non

simple mouvement lent de vivre
on puise ce qu’on peut
dans le courant

tout ce qui file entre les doigts
ciel ou paquet de tabac
livre herbe lettre peu importe

la perte est continue
dans le sans-mots du jour

une benne quotidienne enlevée par la nuit
les ordures ménagères

des pans entiers de vivre
devenus tout-venant

(Antoine Emaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Jean-Baptiste Corot

 

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