Arbrealettres

Poésie

SONNET METAPHYSIQUE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2017



 

SONNET METAPHYSIQUE

Dans ces cycles, si grands que l’âme s’en effraie,
L’impulsion première en mouvements voulus,
S’exerce. Mais plus loin la Loi ne règne plus :
La nébuleuse est, comme au hasard, déchirée.

Le monde contingent où notre âme se fraie
Péniblement la route au pays des élus,
Comme au delà du ciel ces tourbillons velus
S’agite discordant dans la valse sacrée.

Et puis, en pénétrant dans le cycle suivant,
Monde que n’atteint pas la loupe du savant,
Toute-puissante on voit régner la Loi première.

Et sous le front qu’en vain bat la grêle et le vent,
Les mondes de l’idée échangeant leur lumière
Tournent équilibrés dans un rythme vivant.

(Charles Cros)

 

 

 

3 Réponses to “SONNET METAPHYSIQUE (Charles Cros)”

  1. Luciole said

    Superbe papillon cosmique!
    Et moi qui croyais que les papillons ne se trouvaient qu’auprès des fleurs !

  2. Cochonfucius
    30 avril 2016

    Double paon
    ———-

    Le corps du double paon est comme une colline,
    Comme une butte au loin qui serait faite d’or ;
    Les étranges reflets que l’on voit sur ses bords
    Confèrent à son être une allure divine.

    Jamais ne va nageant dans la vague marine,
    Jamais ne jurera par les mille sabords ;
    Il est indifférent aux antiques décors,
    Leur préférant l’éclat d’une cour anodine.

    Ce paon, de mon jardin, est la plus belle fleur,
    Car aucun végétal n’égale sa couleur ;
    Un animal pareil, c’est extraordinaire.

    Il aime ce jardin, il danse dans le vent,
    Heureux d’être le paon, heureux d’être vivant ;
    Sitôt mort, comme moi, il deviendra poussière.

    ============================

    Chevalier aux deux écus
    ——————-

    Ce noble chevalier monte sur la colline ;
    De gueules, son armure est belle comme l’or ;
    C’est un homme courtois, et de plaisant abord,
    Son sourire lui donne une allure divine.

    Il a la nostalgie des étendues marines
    Et d’un ami barbu, jurant «mille sabords» ;
    Il ne le sent pas bien, ce terrestre décor,
    Ce bocage imprégné de couleur anodine.

    Lui, sur ses deux écus, n’arbore aucune fleur,
    Mais seulement des croix d’une étrange couleur ;
    En dehors de cela, rien d’extraordinaire.

    Il est un peu trop lourd pour danser dans le vent,
    Mais il est tout de même heureux d’être vivant
    Sous le ciel traversé par deux grands luminaires.

    ==============================

    Girafe de sinople
    ——–

    Cet animal magique arpente la colline,
    Son étonnant regard brille d’un reflet d’or ;
    Chacun peut admirer la grâce de son corps
    Ainsi que ses propos de sagesse divine.

    Elle, qui jadis fut créature marine,
    A de beaux souvenirs de l’océan sans bords ;
    Marcher sur quatre pieds demande plus d’efforts,
    Il y faut de l’adresse et de la discipline.

    Elle fait une pause et grignote une fleur
    Après avoir rêvé sur sa belle couleur ;
    C’est un tendre aliment, qui n’est pas ordinaire.

    La girafe s’anime et danse dans le vent,
    Chose qui peut charmer les morts et les vivants ;
    Et cet ébattement n’est qu’un préliminaire.

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