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Poésie

Archive for 18 mars 2017

Émily Dickinson (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Emily Dickinson  07

Émily Dickinson a passé ses jours et ses nuits
dans la prunelle de Dieu :
invisible et voyant tout.

(Christian Bobin)

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Retouche au cloître (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche au cloître

du pas divin d’arcades
les veuves d’anges apprennent la danse

le jet d’eau lime le silence
en immobile promenade

de quelle aile tombe et s’attarde cette plume
sur une rose qui s’allume

(Daniel Boulanger)

 

 

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Retouche au concierge (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche au concierge

Dieu est dans l’escalier

(Daniel Boulanger)

Illustration: Marcel Duchamp

 

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Retouche à la consolation (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche à la consolation

rieuse en couleurs et sans pagne
la nuit vêtue de rêves m’accompagne
ma rue que je croyais connaître
mentait des portes aux fenêtres

(Daniel Boulanger)

 Illustration

 

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Retouche à l’imagination (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche à l’imagination

jours aussi fermés que livres d’ameublement
l’écrivain n’a plus que cuirs et dorures
où sont allées ses créatures
sans doute à des obligations de parlement

(Daniel Boulanger)

Illustration: Gilbert Garcin

 

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Retouche à la grange (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



retouche à la grange

au seuil du prince été faraud
reste une odeur de toile et gros sabots
ici l’ombre a le goût de la galette à fève

et ces belles allongées dans le foin des rêves

(Daniel Boulanger)

 

 

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Elle avait collé un brin d’herbe de Polnar (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Une lettre vient de me parvenir depuis ma ville de naissance
encore portée par la grâce de sa jeunesse
À l’intérieur entre tourment et tendresse
Elle avait collé un brin d’herbe de Polnar (*).

Cette herbe et le nuage des mourants avec son éclat
avaient allumé jadis l’alphabet, lettre à lettre
et sur le visage des lettres, cendres murmurantes
le brin d’herbe de Polnar.

L’herbe est ma maison de poupée, mon petit monde étroit
là où les enfants en rangs violonaient pendant qu’ils brûlaient
le maestro était une légende, ils dressent haut leurs arcs
pour le brin d’herbe de Polnar.

Je ne veux rien partager avec cette petite tige qui essaime chez moi.
Je désire de la bonne terre comme espace pour nous deux
et je vais porter au Seigneur ma dernière offrande :
le brin d’herbe de Polnar.
(* : Polnar était le camp d’extermination aux portes de Vilno)

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Pose ta tête sur mon épaule (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Pose ta tête sur mon épaule
Car mon épaule
Sait des choses
Que ta tête n’ose imaginer
Et que ta bouche ne peut dire
Le destin le dit
Que l’un de nous doit être le vent
L’autre un arbre dans le vent
Ou un arbre dans un jour sans vent
Le destin le dit
Ta naissance pendant la guerre
Annonce ma fin.

Ma fin sera tienne ce jour
Combien de temps vont-ils poser
Sur nous des pactes d’angoisse,
Des traités de désespoir ?
Laisse-moi l’exprimer ainsi :
Le temps ne se suffit pas pour être
Deux ensemble deux fois
Pour une seule durée de vie.
Laisse-moi l’exprimer ainsi :
Même cette tendresse, même ce cœur limité
N’est rien qu’une épaule.
Repose-toi, repose-toi, pour cela.

(Yehuda Amichai)

Illustration: Rémy Disch

 

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Jérusalem (Yehuda Amichai)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Jérusalem

Sur un toit de la Vieille Ville une lessive dans l’ultime lumière du jour :
le drap blanc d’une ennemie la serviette avec laquelle mon ennemi
essuie la sueur de son front.
Dans le ciel de la Vieille Ville un cerf-volant.
Et au bout du fil, un enfant que je ne peux voir à cause du mur.
Nous avons hissé beaucoup de drapeaux ,ils ont hissé beaucoup de drapeaux.

Pour nous faire croire qu’ils sont heureux.
Pour leur faire croire que nous sommes heureux.

(Yehuda Amichai)

 Illustration

 

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Funeral blues (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2017



Funeral blues

Arrêtez les pendules, coupez le téléphone,
Donnez un os au chien pour l’empêcher d’aboyer,
Faites taire les pianos et dans un roulement assourdi,
Sortez le cercueil et que les pleureuses pleurent.

Que les avions qui tournent en gémissant
Dessinent sur le ciel ce message : Il Est Mort,
Nouez du crêpe au cou blanc des pigeons,
Gantez de coton noir les agents de police.

Il était mon Nord, mon Sud, mon Est et mon Ouest,
Ma semaine de travail, mon repos du dimanche,
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durerait toujours : j’avais tort.

N’importe les étoiles à présent : éteignez-les toutes ;
Emballez la lune et démontez le soleil,
Videz l’océan et balayez la forêt,
Car rien de bon désormais ne peut plus advenir.

***

Funeral Blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message ‘He is Dead’.
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last forever: I was wrong.

The stars are not wanted now; put out every one,
Pack up the moon and dismantle the sun,
Pour away the ocean and sweep up the wood;
For nothing now can ever come to any good.

(Wystan Hugh Auden)

Illustration: Ernest Biéler

 

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