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Poésie

Archive for 19 mars 2017

Vertige (Melih Cevdet Anday)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017





Vertige

Débordant d’une mer qui fleurit
Tout deviendra un jour forêt,
Ce que tu vois désormais c’est l’heure
Tendre des oiseaux dans les branches.
Attends le dieu en attente car
Le soleil s’attardera sur les pins rougeoyants
Jusqu’à la grande nuit.

Un jour tout sera voix, une voix qui
De l’étoile au nuage, de la terre à l’étoile,
Allongera son ellipse en résonnant.
Toi, en observant ces anneaux,
Attends la voix parmi les voix,
Soudain la lune aux ailes velues apparaîtra
En passant à travers les orgues.

J’ai vécu dans le vent,
À une époque seul le vertige, seules
Les pierres lointaines étaient mes prophètes.
Ni voix, ni forêt, tout seul, déserté,
L’être se distrait d’une ondée.
Ou bien dans la forêt comme un dieu attendre
Si l’on entend une voix.

(Melih Cevdet Anday)

Illustration: Herb Dickinson

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BLEU D’ALCOOL (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



 

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BLEU D’ALCOOL
(sur un vers d’Yvan Goll)

Noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Emily Dickinson
caressant les confins du monde
contre le désir de poussière
contre le profond sommeil
contre les chutes trop anciennes

noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Sylvia Plath
dans l’écho du tressaillement
avec tes mots liquides
tes mots désétoilés
dont on ne voit plus le fond

noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

Yves Klein
aveuglément aveuglément
descendu

toutes et tous
noirs noirs si noirs
qu’ils tournent au bleu d’alcool

contre toutes les fins
pour tous les commencements
le monde est un seul mot
dont je cherche le bleu
inépuisable

(Zéno Bianu)

 

 

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Sentiment – de quasi solitude (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017




Je me cache – dans ma fleur,

Pour, me fanant dans ton Urne –

T’inspirer – à ton insu – un sentiment –

De quasi solitude –

(Emily Dickinson)

Illustration: Max Szoc Leuven

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Les bois sacerdotaux (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Les bois sacerdotaux chamarraient l’horizon
Où les lampes du soir rallumaient leurs feux rouges;
Au rideau des forêts où mille branches bougent
Peignaient leurs cheveux d’étranges visions.

Une femme parût, de sardoine et d’opale
Décorant son manteau pourpre comme le ciel;
Ses yeux brillaient dans l’or bleui des cheveux pâles.
Sacerdotales fleurs aux feux surnaturels.

Un rebec cajôleur aux doigts des mains divines
Si doucement pleurait que les rois des bois noirs
Appelaient par delà les célestes collines
Les reines accoudées aux balustres du soir.

Un vent plus fort tordit les crinières des bois
Eveillant les orgues des profondeurs sonores
Et la voix se perdit comme efface l’aurore
Dans les voiles du jour les bagues de ses doigts.

(Antonin Artaud)

Illustration: Herb Dickinson

 

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Es-tu si lasse ? (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Es-tu si lasse ? Je veux te mener doucement
hors de ce tumulte, qui depuis longtemps me pèse aussi.
Notre blessure est à vif sous le joug de ce temps.
Vois, derrière la forêt où nous marchons en tremblant,
comme un château illuminé déjà le soir attend.

Viens avec moi. Le matin ne le saura jamais,
et dans la maison nulle lampe n’épiera ta beauté …
Ton parfum imprègne comme un printemps les oreillers :
le jour a mis tous mes rêves en pièces, –
tresses-en une couronne.

(Rainer Maria Rilke)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Herb Dickinson

 

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Sirène d’or (Philippe Trouvé)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



douceur des ports
caresse amie
sirène d’or
aux hanches endormie
douceur infinie
paresse d’essor
nymphe alanguie
aux bouches du sort
paresse des ports
aux nymphes infinies

(Philippe Trouvé)


Illustration: Edwina Caci

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