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Poésie

Archive for 30 mars 2017

Lettre à Juliette Drouet (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Lettre à Juliette Drouet

Quand je ne serai plus qu’une cendre glacée,
Quand mes yeux fatigués seront fermés au jour,
Dis toi, si dans ton coeur ma mémoire est fixée :
Le Monde a sa pensée,
Moi j’avais son amour !

(Victor Hugo)

 

 

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Il n’y a pas de preuves (Lucien Noullez)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Il n’y a pas de preuves
et chacun se rassure;
il n’y a pas non plus de remuements.
On ne connaît pas de sourires
pas de pétillements particuliers
dans les prières
ni d’angoisse
ni de genoux calamiteux sur le marbre.
Ici
pour se déshabiller on ne demande rien.
Seulement, comment le dire, seulement
la solitude qui écarte les jambes
et qui répète il n’y a pas de preuve
il n’y a pas de maison, rien
qu’un tombeau vide
une rosée
un dos
un chalumeau peut-être
dans le ventre.

(Lucien Noullez)

Illustration: Edward Hopper

 

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Dans ma petite foi (Lucien Noullez)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



 

Dans ma petite foi
j’aurais voulu loger le monde.
J’aurais voulu loger les pleurs
de celles que je fais pleurer.
Et n’être rien,
pas même une lecture ou une orange.
Sur le tablier de la terre,
j’aurais voulu,
dans ma petite foi,
me laisser éplucher sans fin.

(Lucien Noullez)

 

 

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L’amour que j’éprouve (Giacomo Da Lentini)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



L’amour que j’éprouve
ne peut se faire connaître
par des paroles ;
non, les mots ne feront pas comprendre
cet amour,
ni la façon dont je le sens :
cœur ne saurait l’imaginer,
ni langue le dire.

Ce que je dis n’est rien
auprès de ce qui m’étreint la poitrine
si fortement.

(Giacomo Da Lentini)

 

 

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Désir (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Désir

Elle est lasse, après tant d’épuisantes luxures,
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein de souvenirs des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encor ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l’Amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l’étreint, et l’embrasse
D’une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s’offre, en demandant grâce.
Dans un râle d’amour, de désirs et d’effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S’exaspérant enfin de trop de volupté,
Hurle comme l’on hurle aux moments d’agonie,
Sans espoir d’attendrir l’immense surdité.

Puis, l’atroce silence, et l’horreur qu’il apporte,
Le brusque étouffement de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et Sinistre des doigts.

(Renée Vivien)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Je te trouve dans l’étoile (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Je te trouve dans l’étoile
je te trouve dans la mort
tu es le gel de ma bouche
tu as l’odeur d’une morte

tes seins s’ouvrent comme la bière
et me rient de l’au-delà
tes deux longues cuisses délirent
ton ventre est nu comme un râle

tu es belle comme la peur
tu es folle comme une morte

Une étoile s’est levée
tu es je suis le vide
une étoile s’est levée
douloureuse comme le cœur

luisante comme une larme
tu siffles c’est la mort
l’étoile emplit le ciel
douloureuse comme une larme

je sais que tu n’aimes pas
mais l’étoile qui se lève
coupante comme la mort
épuise et tord le cœur

tu es le vide et la cendre
oiseau sans tête aux ailes battant la nuit
l’univers est fait de ton peu d’espoir

l’univers est ton cœur malade et le mien
battant à frôler la mort
au cimetière de l’espoir

ma douleur est la joie
et la cendre le feu

Noire mort tu es mon pain
je te mange dans le cœur
l’épouvante est ma douceur
la folie est dans ma main.

Seule tu es ma vie
des sanglots perdus
me séparent de la mort
je te vois à travers les larmes
et je devine ma mort

si je n’aimais pas la mort
la douleur
et le désir de toi
me tueraient

ton absence
ta détresse
me donnent la nausée
temps pour moi d’aimer la mort
temps de lui mordre les mains

(Georges Bataille)

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Le tombeau (Georges Bataille)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Le tombeau

(extraits)

Un long pied nu sur ma bouche
Un long pied contre le cœur
Tu es ma soif, ma fièvre

pied de whisky
pied de vin
pied fou de terrasser

Ô ma cravache ma douleur
talon très haut me terrassant
je pleure de ne pas mourir

Ô soif
inapaisable soif
désert sans issue

Sous l’aile bourrasque de mort où je crie
aveugle, à deux genoux
et les orbites vides

Couloirs où je ris d’une nuit insensée
couloirs où je ris dans le claquement des portes
où j’adore une flèche
et j’éclate en sanglots

Le coup de clairon de la mort
mugit dans mon oreille
Au delà de ma mort
un jour
la terre tourne dans le ciel

Je suis mort et les ténèbres
altèrent
le sans finir avec le jour
L’univers m’est fermé

En lui je reste aveugle
accordé au néant
Le néant n’est que moi-même
L’univers n’est que ma tombe

Le soleil n’est que la mort
Mes yeux sont l’aveugle foudre
mon cœur est le ciel où l’orage éclate

En moi-même
au fond d’un abîme
l’immense univers
est la mort

Je suis la fièvre
le désir
je suis la soif

la joie qui retire la robe
et le vin qui fait rire
de n’avoir plus de robe

Dans un bol de gin
une nuit de fête
les étoiles tombent du ciel

Je lampe la foudre à longs traits
Je vais rire aux éclats
la foudre dans le cœur

(Georges Bataille)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

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Prête aux baisers résurrecteurs (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Prête aux baisers résurrecteurs

Pauvre je ne peux pas vivre dans l’ignorance
Il me faut voir entendre et abuser
T’entendre nue et te voir nue
Pour abuser de tes caresses

Par bonheur ou par malheur
Je connais ton secret pas coeur
Toutes les portes de ton empire
Celle des yeux celle des mains
Des seins et de ta bouche où chaque langue fond

Et la porte du temps ouverte entre tes jambes
La fleur des nuits d’été aux lèvres de la foudre
Au seuil du paysage où la fleur rit et pleure
Tout en gardant cette pâleur de perle morte
Tout en donnant ton coeur tout en ouvrant tes jambes

Tu es comme la mer tu berces les étoiles
Tu es le champ d’amour tu lies et tu sépares
Les amants et les fous
Tu es la faim le pain la soif l’ivresse haute

Et le dernier mariage entre rêve et vertu.

(Paul Eluard)

 Illustration: Pablo Picasso

 

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Lou ma rose (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Lou ma rose

Lou tu es ma rose
Ton derrière merveilleux n’est-ce pas la plus belle rose
Tes seins tes seins chéris ne sont-ce pas des roses
Et les roses ne sont-ce pas de jolis ptits Lous
Que l’on fouette comme la brise
Fustige les fesses des roses dans le jardin
Abandonné
Lou ma rose ou plutôt mes roses
Tu m’as envoyé des feuilles de rose
O petite déesse
Tu crées les roses
Et tu fais les feuilles de roses
Roses
Petites femmes à poil qui se baladent
Gentiment
Elles se balancent en robe de satin
Sur des escarpolettes
Elles chantent le plus beau parfum le plus fort le plus doux
Lou ma rose ô ma perfection je t’aime
Et c’est avec joie que je risque de me piquer
En faveur de ta beauté
Je t’aime je t’adore je mordille tes feuilles de rose
Rose reine des fleurs Lou reine des femmes
Je te porte au bout des doigts ô Lou ô rose
Au bout des doigts en te faisant menotte
Jusqu’à ce que tu t’évanouisses
Comme s’évanouit le parfum
Des roses
Je t’embrasse ô Lou et je t’adore

(Guillaume Apollinaire)

 

 

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Parce que tu m’as parlé de vice … (Guillaume Apollinaire)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



Parce que tu m’as parlé de vice…

Tu m’as parlé de vice en ta lettre d’hier
Le vice n’entre pas dans les amours sublimes
Il n’est pas plus qu’un grain de sable dans la mer
Un seul grain descendant dans les glauques abîmes

Nous pouvons faire agir l’imagination
Faire danser nos sens sur les débris du monde
Nous énerver jusqu’à l’exaspération
Ou vautrer nos deux corps dans une fange immonde

Et liés l’un à l’autre en une étreinte unique
Nous pouvons défier la mort et son destin
Quand nos dents claqueront en claquement panique
Nous pouvons appeler soir ce qu’on dit matin

Tu peux déifier ma volonté sauvage
Je peux me prosterner comme vers un autel
Devant ta croupe qu’ensanglantera ma rage
Nos amours resteront pures comme un beau ciel

Qu’importe qu’essoufflés muets bouches ouvertes
Ainsi que deux canons tombés de leur affût
Brisés de trop s’aimer nos corps restent inertes
Notre amour restera bien toujours ce qu’il fut

Ennoblissons mon cœur l’imagination
La pauvre humanité bien souvent n’en a guère
Le vice en tout cela n’est qu’une illusion
Qui ne trompe jamais que les âmes vulgaires

(Guillaume Apollinaire)

Illustration: Gustav klimt

 

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