Arbrealettres

Poésie

NOCTURNE (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 30 mars 2017



NOCTURNE

J’adore la langueur de ta lèvre charnelle
Où persiste le pli des baisers d’autrefois.
Ta démarche ensorcelle,
Et la perversité calme de ta prunelle
A pris au ciel du nord ses bleus traîtres et froids.

Tes cheveux, répandus ainsi qu’une fumée,
Clairement vaporeux, presque immatériels,
Semblent, ô Bien-Aimée,
Receler les rayons d’une lune embaumée,
D’une lune d’hiver dans le cristal des ciels.

Le soir voluptueux a des moiteurs d’alcôve ;
Les astres sont comme des regards sensuels
Dans l’éther d’un gris mauve,
Et je vois s’allonger, inquiétant et fauve,
Le lumineux reflet de tes ongles cruels.

Sous ta robe, qui glisse en un frôlement d’aile,
Je devine ton corps, ― les lys ardents des seins,
L’or blême de l’aisselle,
Les flancs doux et fleuris, les jambes d’Immortelle,
Le velouté du ventre et la rondeur des reins.

La terre s’alanguit, énervée, et la brise,
Chaude encor des lits lointains, vient assouplir
La mer enfin soumise…
Voici la nuit d’amour depuis longtemps promise…
dans l’ombre je te vois divinement pâlir.

(Renée Vivien)

Illustration: Charles Edouard Boutibonne

 

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