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Poésie

Archive for 11 avril 2017

Pèse en ton sang le poids d’un rêve (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Pèse en ton sang le poids d’un rêve
Le suc en fête de la sève
Ce qui s’ordonne en les débris,
Les fils cassés des avalanches,
ou l’envol des bouquets aux branches
Puisque les oiseaux ont fleuri.

(Robert Ganzo)

Illustration: Michel Ogier

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NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



 

Olivier Valsecchi _dust09

NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN

Au milieu d’un silence désert comme la rue avant le crime
sans même respirer pour ne pas déranger ma mort
dans cette solitude sans murs
au moment où ont fui les angles
dans la tombe de mon lit je laisse ma statue exsangue
pour sortir en un moment si lent
dans une descente interminable
sans pouvoir tendre les bras
sans doigts pour atteindre la gamme tombée d’un piano invisible
rien qu’avec un regard et une voix
qui ne se souviennent pas d’être sortis d’yeux ou de lèvres
qu’est-ce que des lèvres ? qu’est-ce que des regards qui sont des lèvres ?
et ma voix n’est plus la mienne
dans l’eau qui ne mouille pas
dans l’air de verre
dans le feu livide qui coupe comme un cri
Et dans le jeu angoissant d’un miroir devant l’autre
ma voix tombe
et ma voix mûrit
et ma voix est brûlure
et ma forêt croît
et ma voix brûle, dure,
comme la glace de verre
comme le cri de glace
juste ici, dans la volute de l’oreille
le battement d’une mer à laquelle je ne connais rien
où on ne nage pas
parce que j’ai abandonné pieds et bras sur la rive
je sens que m’abandonne le réseau de mes nerfs
qui fuit comme un poisson lucide
le pouls à cent sur mes tempes
télégraphie silencieuse et sans réponse
parce que le rêve et la mort n’ont plus rien à se dire.

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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Des lieux gisaient en lui comme des mares (Jacqueline Saint-Jean)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Des lieux gisaient en lui comme des mares
Locmariaquer Bucarest ou Bavière
leurs noms luisent dans le silence
Il faut une barque aux étés perdus
déteinte échouée au fond de la plage
la grisaille douce des fins d’image
où le désir lève sa ligne d’écume
Il faut une ville au fond du voyage
pour l’ineffaçable au fond de l’hiver
Des lieux refusés frémissaient encore
quand la vie bifurque au bord de la voix
Bavière de rêve Lothlorien d’hier
et le mot jamais tremble de lumière

(Jacqueline Saint-Jean)

Illustration

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Sous la branche propice aux jeux (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Sous la branche propice aux jeux,
la foudre broie le printemps d’une robe
et l’arbre sent couler sa vie
sur le marbre taché de feu.

Survivent la vipère et la ronce,
le scorpion dans le roc,
le roc étroit et nu,
complice muet du venin.

Un homme entend grogner au loin
les charrois de l’orage
et s’étonne du soleil
couché sanglant sur les dalles.

Sa femme est jeune et sa maison pesante.
Il pressent dans le soir le triomphe du bien.

(Jean Joubert)


Illustration:
Geneviève  Peyrade

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Mon rêve (Robert Ganzo)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Mon rêve a perdu
ses rameurs

(Robert Ganzo)

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Vers vagues (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Vers vagues

Le fébrile frisson des murmures d’amour
M’émeut ce soir les nerfs et vieillit ma mémoire.
La voix d’un violon sous la soie et la moire
Me miaule des mots d’inéluctable amour.

La verveine se pâme en les vases de jade :
Un fantôme de femme en l’alcôve circule.
Mais ma mémoire est morte avec le crépuscule,
Et j’ai perdu mon âme en les vases de jade.

Oh ! mol est mon amour, vague est le violon !
Un arôme d’horreur rôde en l’air délétère,
Et je rêve de rêve en l’ombre du mystère

Mais oh ! la volupté veule du violon !

(Stuart Merrill)

Illustration

 

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Retour à la reddition (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



retour à la reddition

le rêve est un lierre sur les ruines du jour
la nuit porte en alliance l’eau des douves

(Daniel Boulanger)

Illustration

 

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D’où vient ce cri (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



D’où vient ce cri de source dans la nuit,
et le bruit d’aube au bleu de l’olivier
comme un oiseau qui rêve d’épervier,
froissant de l’aile une feuille ennemie?

Et le parfum de la terre endormie,
cette tiédeur féminine du vent,
une rumeur de mer qui se déprend
du piège plat des grèves obscurcies?

Fuyant l’écho, j’avais scellé les murs,
tissé ce creux de tentures cruelles.
Voici le bruit de source et le bruit d’ailes:
chute étouffée de hautes chevelures

dont la caresse efface le visage
de l’inconnue, qui parlait à mi-voix,
et n’a laissé qu’un souffle entre mes doigts
pour témoigner, au jour, de son passage.

(Jean Joubert)


Illustration: Katerina Belkina

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Le jet d’eau (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Le jet d’eau

Je suis semblable à un jet d’eau abandonné
qui continue, tari, d’écouter sa rumeur.
sur ses lèvres de pierre, le bouillonnement
s’est figé, tout comme le mien dans mes entrailles.

Je crois que le destin n’est pas venu encore
fendre par le milieu ses terribles paroles ;
et que rien n’est fauché et que rien n’est perdu,
que si je tends mes bras je devrai te trouver.

Je suis semblable à un jet d’eau devenu muet.
Un autre dans le parc élève maintenant
sa chanson ; mais comme follement assoiffé,
il rêve que le chant s’abrite dans son coeur !

Il rêve qu’il projette en trilles vers le ciel
des bouclettes d’écume. Et sa voix s’est éteinte !
il rêve que l’eau, de ses beaux diamants vivants
dilate sa poitrine. Et Dieu l’a asséché !

(Gabriela Mistral)


Illustration

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Plages (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



Plages

Nous laissons à l’empereur ses murailles
à garder contre la ruse des dieux
et la lampe grise au veilleur de l’aube
et l’arme fiévreuse aux dents du voleur.

Que celui qui rêve d’une tour la bâtisse
et s’y perche loin du sommeil des fleurs,
que l’ambitieux courtise les chiens,
que le jaloux s’agite au lit de ronce.

Il est trop de rumeurs de par la mer
pour tendre l’oreille à ce pauvre bruit
et trop de sel aux plages qui déplient
vers l’eau ce moule d’or et de saveur.

Dormeuse, tu retiens sur ton épaule
assez de sable au blond duvet qui tremble
pour occuper la tendresse du jour

jusqu’à l’instant où nos langues se fondent.

(Jean Joubert)


Illustration:
Alexandre Séon

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