Arbrealettres

Poésie

NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN (Xavier Villaurrutia)

Posted by arbrealettres sur 11 avril 2017



 

Olivier Valsecchi _dust09

NOCTURNE OÙ ON N’ENTEND RIEN

Au milieu d’un silence désert comme la rue avant le crime
sans même respirer pour ne pas déranger ma mort
dans cette solitude sans murs
au moment où ont fui les angles
dans la tombe de mon lit je laisse ma statue exsangue
pour sortir en un moment si lent
dans une descente interminable
sans pouvoir tendre les bras
sans doigts pour atteindre la gamme tombée d’un piano invisible
rien qu’avec un regard et une voix
qui ne se souviennent pas d’être sortis d’yeux ou de lèvres
qu’est-ce que des lèvres ? qu’est-ce que des regards qui sont des lèvres ?
et ma voix n’est plus la mienne
dans l’eau qui ne mouille pas
dans l’air de verre
dans le feu livide qui coupe comme un cri
Et dans le jeu angoissant d’un miroir devant l’autre
ma voix tombe
et ma voix mûrit
et ma voix est brûlure
et ma forêt croît
et ma voix brûle, dure,
comme la glace de verre
comme le cri de glace
juste ici, dans la volute de l’oreille
le battement d’une mer à laquelle je ne connais rien
où on ne nage pas
parce que j’ai abandonné pieds et bras sur la rive
je sens que m’abandonne le réseau de mes nerfs
qui fuit comme un poisson lucide
le pouls à cent sur mes tempes
télégraphie silencieuse et sans réponse
parce que le rêve et la mort n’ont plus rien à se dire.

(Xavier Villaurrutia)

Illustration: Olivier Valsecchi

 

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