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Poésie

Archive for 12 avril 2017

QUESTION (Camille Mauclair)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



QUESTION

Y a-t-il des saisons pour l’âme
Comme pour les feuilles et les femmes ?
— Sans doute, mon enfant, mon enfant.

Y a-t-il des oublis pour le cœur
Après la pire des rancœurs ?
— Dieu le permet, mon enfant, mon enfant.

Y a-t-il des pardons pour les amours
Qui imploreraient un retour ?
— Le caprice y consent parfois, mon enfant.

Mais y a-t-il des heures où l’on se voie
Soi-même en état de joie ?
— Jamais, jamais, mon enfant, mon enfant.

(Camille Mauclair)

Illustration

 

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SONNET CABALISTIQUE (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

Charles Edward Perugini  c3b_z

SONNET CABALISTIQUE

Dans notre vie âcre et fiévreuse
Ta splendeur étrange apparaît,
Phare altier sur la côte affreuse ;
Et te voir est joie et regret.

Car notre âme que l’ennui creuse
Cède enivrée à ton attrait,
Et te voudrait la reine heureuse
D’un monde qui t’adorerait.

Mais tes yeux disent, Sidonie,
Dans leur lumineuse ironie
Leur mélancolique fierté,

Qu’à ton front, d’où l’or fin rayonne,
Il suffit d’avoir la couronne
De l’idéale royauté.

(Charles Cros)

Illustration: Charles Edward Perugini

 

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Pitié (Gérard Pfister)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017




L’entrée du souffle
en sa demeure est joie
louange, perpétuelle
naissance, et cette
invocation sans mot
du nom, Seigneur —
quand vient à chaque
instant le temps
du départ se fait comme
un vide, un regret
poignant au coeur, cette
imploration sans voix
de notre voix d’enfant
pitié, ce dernier
abandon, cette confiance
ultime, Seigneur

(Gérard Pfister)

Illustration: William Blake

 

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Je pense (Wincenty Korab-Brzozowski)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

Je pense

Je pense: vont mourir les roses automnales
Dans un délire froid de nuances d’opales;

Je pense: vont s’éteindre encore des emblèmes
De joie, avec la chute, au loin, des feuilles blêmes;

Je pense: le soleil va luire en le ciel terne,
Vaguement, misérable ainsi qu’une lanterne;

(Des mains grises, des mains effrayantes de mortes,
Viendront les soirs ouvrir traîtreusement les portes…)

Et je clame: ah! pouvoir par cette mort régnante
Être temple d’amour et force rayonnante!

(Wincenty Korab-Brzozowski)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration

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REFUS (Agnès Schnell)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

envol

REFUS

Je ne parlerai pas d’amour.
Le mot s’est arrêté
sur mes lèvres
s’est figé s’est fermé fossilisé.

Je ne dirai pas l’amour
ni le chant qui s’en évade
chant de joie mêlée de crainte
telle l’envolée soudaine
de mille oiseaux dans l’émoi
dans la transe.

Je sens leurs battements d’ailes
l’ivresse de leur vol
vers les cimes toujours plus hautes.
Je sens leur passage
le trouble qui jaillit
au tout profond.
L’espace conquis est ample
et lourd et inquiétant.

Pulsations d’ailes
et du cœur en arythmie
l’amour attache s’accroche
s’épingle se fibule
comme une médaille de la légion.

Je ne dirai pas le combat
pour le tenir
hors du mièvre
du mécanisme de l’habitude.
Je tairai la révolte
la lutte
pour être branche vive
d’un arbre mille fois mort
sans cesse renaissant.

Phénix criant appelant
guettant une proie
toujours naïve
toujours avide
de s’immoler
pour l’inexplicable lumineux.

(Agnès Schnell)

Découvert ici chez Emmila Gitana

 

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Prière aux étoiles (Wincenty Korab-Brzozowski)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

Prière aux étoiles

Milliers d’astres cléments, adorables trophées
De triomphe absolu remporté sur la nuit,
Soyez-nous les beaux yeux sages des belles fées,
Maintenant que l’orage ardent a tu son bruit.

Étoiles! Versez-nous de l’azur pacifique
Où tremblent les frissons de vos calices d’or,
Le radieux parfum de votre encens mystique,
Et faites que nos seins vibrent de joie encor!

Inondez de rayons nos corps faits de poussière,
Imprégnez de santé nos membres fatigués, —
Nos mains allumeront la lampe de prière
Au foyer de clarté que vous nous prodiguez.

Étoiles! Faites-nous de longues confidences
Sur les trésors divins dans l’espace enfouis,
Et nos hymnes auront d’indicibles cadences,
Et nos chansons auront des accents inouïs.

Nos cœurs qu’exalteront vos séraphiques flammes,
Banniront à jamais loin d’eux tout amour vil!
Étoiles! visitez les sphères de nos âmes
Où vivent, méconnus, des Anges en exil.

Et lorsque le destin nous dira de descendre
Dans le gouffre profond des tombes pour dormir,
Étoiles du ciel pur! éclairez notre cendre
Et sauvez du néant l’âme du Souvenir!

(Wincenty Korab-Brzozowski)

Découvert ici : poetespolonais

Illustration: Renaud Baltzinger

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LE DIX-NEUVIÈME SIÈCLE, ET APRÈS (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

LE DIX-NEUVIÈME SIÈCLE, ET APRÈS

Même si le grand chant ne doit plus reprendre,
Ce sera pure joie, ce qui nous reste :
Le fracas des galets sur le rivage,
Dans le reflux de la vague.

***

THE NINETEENTH CENTURY AND AFTER

Though the great song return no more
There’s keen delight in what we have :
The rattle of pebbles on the shore
Under the receding wave.

(William Butler Yeats)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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IMITÉ DU JAPONAIS (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



 

IMITÉ DU JAPONAIS

Chose proprement stupéfiante –
J’ai vécu soixante-dix ans ;

(Hourra pour les fleurs du Printemps,
Car le Printemps est de retour.)

J’ai vécu soixante-dix ans
Sans être un mendiant en haillons,
J’ai vécu soixante-dix ans,
Soixante-dix ans homme et jeune garçon,
Et jamais encore je n’ai dansé de joie.

***

IMITATED FROM THE JAPANESE

A most astonishing thing —
Seventy years have I lived;

(Hurrah for the flowers of Spring,
For Spring is here again.)

Seventy years have I lived
No ragged beggar-man,
Seventy years have I fived,
Seventy years m an and boy,
And never have I danced for joy.

(William Butler Yeats)

 

 

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Où suis-je? (Armand Lanoux)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Où suis-je?
Je ne suis pas là.
Il y a de longs moments
où je ne suis pas là
des instants des heures des mois
des saisons des ans
parfois.
Je ne suis là pour personne
pas même moi
encore moins moi.

Où suis-je?
Dans le coeur d’une pomme
dans la main d’un ami
dans le bond d’un écureuil
dans le tonneau
ou dans le pain ?
Je ne suis là pour personne
pas même pour moi
et cela dure longtemps
trop longtemps.
Je suis triste je me cherche
je ne sais plus où j’habite
je ne vis plus dans mes empires
ou je m’oublie
ou je fais comme si
comme si de rien n’était
mais c’est gênant
d’être ainsi absent
à soi-même
sans que nul s’en doute.

Si je savais où j’étais
ah! comme je me rejoindrais
vite
n’importe où
n’importe quand
dans le rire d’un enfant
dans l’éclair d’une faux
dans le fond du temps
dans le tain du miroir
dans un jour de l’an Quarante
dans une joie d’hier
ou dans les flancs
de Mman.

C’est peut-être là
que je suis
quand je n’y suis pour personne
quand la vieille cloche de l’ancienne grille sonne
et que cela dure longtemps.

(Armand Lanoux)


Illustration: Gilbert Garcin

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SOUVENIRS D’AVRIL (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2017



Anders Zorn La-Nymphe-Amour-1885-Anders-Zorn

SOUVENIRS D’AVRIL

Le rythme argentin de ta voix
Dans mes rêves gazouille et tinte.
Chant d’oiseau, bruit de source au bois,
Qui réveillent ma joie éteinte.

Mais les bois n’ont pas de frissons,
Ni les harpes éoliennes.
Qui soient si doux que tes chansons,
Que tes chansons tyroliennes.

*

Parfois le vent m’apporte encor
L’odeur de ta blonde crinière.
Et je revois tout le décor
D’une folle nuit, printanière ;

D’une des nuits, où tes baisers
S’entremêlaient d’historiettes,
Pendant que de tes doigts rosés
Tu te roulais des cigarettes ;

Où ton babil, tes mouvements
Prenaient l’étrange caractère
D’inquiétants miaulements,
De mordillements de panthère.

*

Puis tu livrais tes trésors blancs
Avec des poses languissantes…
Le frisson emperlait tes flancs
Émus des voluptés récentes.

*

Ainsi ton image me suit,
Réconfort aux heures glacées,
Sereine étoile de la nuit
Où dorment mes splendeurs passées.

Ainsi, dans les pays fictifs
Où mon âme erre vagabonde,
Les fonds noirs de cyprès et d’ifs,
S’égayent de ta beauté blonde.

*

Et, dans l’écrin du souvenir
Précieusement enfermée,
Perle que rien ne peut ternir,
Tu demeures la plus aimée.

(Charles Cros)

Illustration: Anders Zorn

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