Arbrealettres

Poésie

Je voyage (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



Dans les puits creusés par la voix
Dans la voix
Dans le nombre entre le chiffre et le chiffre
Dans la pulsion entre le Sens et sa Soeur
Entre la veine du poignet et le cou
Je voyage

Dans le train du sommeil et de l’éveil,
Dans son tremblement qui va à la mort qui vient de l’enfance,
Dans le mouvement qui entre ses roues accélère, ralentit, et se bloque
Qui descend et monte, mouvement de la peau,
des barricades et des frontières dans
Le royaume de la peau, mouvement de lancer, de pousser, de tirer, mouvement
De la destruction, de la véhémence et de l’explosion,
mouvement de la bulle et de la mort juste avant
La mort entre le tonnerre et le signe entre le mot et la gorge
Je voyage

A l’extérieur des formes — l’image et son contraire
Rivages envahis de coquillages
A l’extérieur du coquillage
Je voyage

Je monte, j’explose
Je m’habille du bruit de la mer et du tremblement

Je tangue avec la terreur
Je me libère du repentir, des sermons, du retour
Je me libère de la patience
De mon sang et de l’Histoire qui dort en lui
Je me fragmente, je me dénude, j’inspire tout bas
moi-même contre moi-même
Je me mets à l’extérieur de toute chose et je demande
A la svelte folie de dérober mes cils comme une brise d’ouest

Je coupe, je romps, je me sépare
Je me cache sous mes deux lèvres
Loin loin loin

Dans la lumière dans les ténèbres
Dans le silence dans l’oubli
Dans une langue qui altère la parole
Dans une pluie qui change les saisons
Dans la soif audacieuse et la marche gratuite

Loin loin loin

De ce qui pèse et freine
De ce qui incline, attache, enferme
De ce qui favorise, concilie, enseigne
De ce qui satisfait, apaise, séduit

Loin loin

Là où je deviens l’éclair, la racine flottante la racine
Je voyage


Où le mur et le mur la chaise et le mur le tabac et le mur
sont dans un dialogue perpétuel
Où l’heure est trompe, le journal goéland ou colombe
Où le corps est tapis
Et le pain magicien aux milliers de masques
Et le corps présence et théâtre
Je voyage je voyage

Là — dans l’herbe sèche entre la veine et la veine
Dans la chaise couverte de la nuit
Dans mes livres ces peuples malades qui s’enlacent
et dorment autour de moi
Je voyage

(Adonis)

Illustration

 

Publicités

Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :