Arbrealettres

Poésie

Depuis longtemps je me suspectais moi-même (Marin Sorescu)

Posted by arbrealettres sur 19 mai 2017



Illustration: René Magritte
    
Depuis longtemps je me suspectais moi-même,
Aussi toute la journée je me suis filé
A distance discrète.

Or, sachez que je suis plus dangereux que je ne l’imaginais :
Quand je vais dans la rue, je regarde à droite, à gauche,
Comme si je ne cessais de photographier
Les maisons, les hommes, les poteaux télégraphiques,
Toutes ces richesses.

Puis, sans raison,
Pour passer inaperçu peut-être,
Je modifie l’expression de mon âme.
Mon visage comme un alphabet morse
Transmet sans cesse Dieu sait quel secret
Aux hommes de la lune qui sont à notre écoute.

Quand je suis devant ma table,
Je déchire une feuille de papier
En petits morceaux qui, sitôt roulés en boules,
Sont projetés dans l’oubli,
Ce qui est très bizarre.

Cette nuit je descendrai en rêve
Par une corde qu’à cet effet j’ai dans ma poche,
Pour voir ce que là-bas l’individu avoue,
Ce dont il se souvient spontanément
Et — ce qui importe plus — qui notamment
Lui fournit ces rapports sur les choses ?
Après quoi je me mettrai
A rédiger la fiche.

(Marin Sorescu)

 

Recueil: Céramique
Traduction: Françoise Cayla
Editions: Saint-Germain-des-Prés

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Une Réponse to “Depuis longtemps je me suspectais moi-même (Marin Sorescu)”

  1. raimanet said

    A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    qui suis je ? ou qui ne suis je pas !

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