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Poésie

Archive for 21 mai 2017

« Pourquoi je Vous aime » (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017


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« Pourquoi je Vous aime », Monsieur?
Parce que –
Le Vent n’exige pas de réponse
De l’Herbe – Aussi lorsqu’Il passe
Ne peut-Elle rester en place.

Parce qu’Il sait – et
Pas Vous?
Et que Nous ne savons pas –
Nous suffit la Sagesse
Qu’il en soit ainsi –

L’Eclair – n’a jamais demandé à l’Oeil
Pourquoi il se clôt – en Sa Présence –
Parce qu’Il sait que l’Oeil ne peut parler –
Et qu’il est des raisons –
Hors Langage –
Que préfèrent les Gens plus Délicats –

Le Soleil levant – Monsieur – s’impose à Moi –
Parce qu’Il est le Soleil levant – et que je vois –
Voilà – pourquoi
Je T’Aime

(Emily Dickinson)

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Je t’ai faite à la taille de ma solitude (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017


 

Je n’ai envie que de t’aimer
Un orage emplit la vallée
Un poisson la rivière

Je t’ai faite à la taille de ma solitude.

Le monde entier pour se cacher
Des jours des nuits pour se comprendre
Pour ne plus rien voir dans tes yeux
Que ce que je pense de toi
Et d’un monde à ton image
Et des jours et des nuits réglés par tes paupières.

(Paul Eluard)

 

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Chanson pour toi (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je ne cesserai pas
De chanter les cloches des rencontres muettes,
Les bras des divans parfumés,
les grandes chutes d’oiseaux ressemblants,
les éternels miroirs vibrants.

Je ne cesserai pas
de chanter la morsure rouge des lèvres,
l’épaule insoumise, les aisselles surprises,
les seins toujours à l’heure aux rendez-vous nocturnes.

Je ne cesserai pas
de chanter ton visage poudré de cendre,
le dernier naufrage à l’aube soufflée des lampes,
ta nuque échappée à l’étreinte,
tes pas que rien ne trahit

Je ne cesserai pas
de chanter tes hanches profondes,
tes chevilles noyées dans les nuages,
tant de pensées vagabondes,
tant de fumée divine.

Je ne cesserai pas
de chanter ta chevelure courante
aux pieds des arbres solitaires
blessés de feuilles et d’œillères.

Je ne cesserai pas
de chanter la rue, le parc, la mer
car je te connais
car je t’aime et te connais.

Je ne cesserai pas
d’apprendre à rire,
à peindre et rire
dans le fond des palais;
car je te crains,
car je t’aime et te crains.

Je ne cesserai pas
de forger des serrures,
des cadenas et des ceintures
tout le long du ciel,
car je te garde,
car je t’aime et te garde.

Je ne cesserai pas
de couper tes mains,
tes bras et tes poings
pour que jamais l’adieu
ne remonte sur l’eau.

(Edmond Jabès)

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Déclaration d’Amour (José-Maria de Heredia)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Ton front marmoréen, ta démarche si fière
Et de tes yeux profonds l’insoutenable ardeur
Font plier mon orgueil sous ta calme grandeur
Je te crains et je t’aime ô douce meurtrière

Tes cheveux noirs te font un casque de guerrière
Dont le peigne ne peut retenir la splendeur
Et pour baiser du sein la superbe rondeur
Roule amoureusement l’ondoyante crinière

Et je croirais parfois, ô terrible Beauté,
Voir en toi l’Amazone à l’unique mamelle
Dont le coeur ne bat plus que pour la cruauté

Si je ne sentais pas, ô fraîche nouveauté!
Pointer sur ce sein où la fleur au fruit se mêle
Les boutons rougissants d’une rose jumelle.

(José-Maria de Heredia)

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CHANSON DE L’AMOUR (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017




CHANSON DE L’AMOUR

Je chante : « Je t’aime, je t’aime »,
et commence la déraison.

Je t’aime, je t’aime, ô mon souffle!
Je t’aime, je t’aime, ô ma treille!
Et si l’amour au vin ressemble,
tu es, toi, ma prédilection,
des mains à la plante des pieds :
tu es la coupe de l’après
et la bouteille du destin.

Je t’aime à l’endroit, à l’envers,
et je n’ai ni ton ni mesure
pour te susurrer ma chanson,
ma chanson qui n’a pas de fin.

Sur mon violon qui extravague
mon violon, lui, te le déclare :
je t’aime et t’aime, ma violone,

mon petit jupon sombre et clair,
mon coeur, les dents de mes gencives,
ma clarté et ma loucherette,
le sel de ma semaine obscure,
ma lune de fenêtre,claire.

(Pablo Neruda)

Illustration: Eugène Blaas

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À LA MUSE (Stephen Blanchard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



À LA MUSE

1
« Parfois je rêve »
De me confondre au charme de tes yeux
Pour étancher ma soif à la même fontaine
Parfois, je rêve
D’une autre rive
De la caresse d’un baiser suprême
À la croisée des âmes
Parfois, je rêve
Le coeur en partance vers n’importe quel monde
Où je pourrais t’aimer en lettres d’or
Où je pourrais m’abandonner tel un enfant
Sous l’ambre des goémons
Avec tout l’amour des vagues insoumises.

J’attends l’aurore à tes lèvres vermeilles.

2
« Si tu avais bu dans mon verre… »
Tu aurais trouvé les pleurs salés de mes sonnets sans nom
Toutes les odes inspirées par des souffles d’amour
Tout le désespoir d’un clown aux clarines de l’automne
Tout le requiem inachevé de mes douleurs muettes
Et puis sous l’écume des jours
Ce fleuve de tendresse où je me noie sans fin
A fendre l’âme,
À contre coeur de mes désirs
Car je ne suis rien pas même un songe
Mais tout simplement une solitude qui ne demande qu’à mourir
En silence, au bord de ma mémoire
Ô Muse, peut-être ta main…

(Stephen Blanchard)

 

 

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Si tu savais (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Dina Shubin 167341

Loin de moi,
Si tu savais.

Si tu savais comme je t’aime et, bien que tu ne m’aimes pas,
comme je suis joyeux, comme je suis robuste et fier
de sortir avec ton image en tête, de sortir de l’univers.
Comme je suis joyeux à en mourir.

Si tu savais comme le monde m’est soumis.
Et toi, belle insoumise aussi, comme tu es ma prisonnière.
Ô toi, loin-de-moi à qui je suis soumis

Si tu savais.

(Robert Desnos)

Illustration: Dina Shubin

 

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De ton visage (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Anna Razumovskaya _500

De ton visage
fais couler le reste de la clarté
que ton visage se répande
ainsi que d’une amphore
la cascade du lait
lisse et portant ses mûres
pour ma soif et ma faim.

Je t’aime encore
tout cela qui t’enferme
donne-le-moi nu jusqu’au fond

Ma blanche mon unique étoile
ce n’est plus au ciel
qu’il faut te clouer
mais sur la terre
où tu règnes seule
mais sur le drap
que purifient nos noces

(Alain Borne)

Illustration: Anna Razumovskaya

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Ah ! tu viens d’enivrer mon âme (Ecouchard Lebrun)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Ah ! tu viens d’enivrer mon âme
D’un baiser si délicieux
Que j’ai cru respirer la flamme
Dont Vénus embrase les dieux.

Ce n’est point un baiser ; non, c’est l’Amour lui-même.
Il passe dans mon coeur, et mon coeur embrasé,
Tout à coup palpitant, saisi d’un trouble extrême,
A reconnu le dieu vainement déguisé.

Il se trouble, il palpite encore,
Il se plaît à consumer ;
Il désire, il craint, il adore,
Et tout conspire à l’enflammer.

Aux accents de ta voix mon âme est éperdue ;
Mes regards inquiets brillent d’humides feux ;
Je rougis, je pâlis ; un voile est sur ma vue ;
Tous mes sens sont en proie au délire amoureux.

Même quand ma bouche est muette,
Fanni, mon coeur parle à ton coeur
Et le doux nom de son vainqueur
Est le seul nom qu’il me répète.

Absent de tes regards, dans l’ombre et le sommeil,
Je te vois, je te suis, j’embrasse ton image ;
De mes songes brûlants, Fanni, reçois l’hommage ;
Fanni, reçois encor l’hommage du réveil.

O baiser ! divine caresse !
Source flatteuse de tourment !
O Fanni ! partage l’ivresse
Du baiser qui m’a fait amant !

Te désirer, te voir, parler et t’entendre,
T’aimer ! … que sais-je encore ? Il est un autre voeu !
Donne un second baiser plus secret et plus tendre ;
J’étais plus qu’un mortel ; je serai plus qu’un dieu.

(Ecouchard Lebrun)

 

 

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De deux amours (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Boleslas Biegas  s

De deux amours, je T’aime : d’un amour de passion
Et d’un amour de haut mérite dont Tu es digne

Par l’amour de passion j’ai perdu souvenir
De n’importe quel aimé qui n’est pas Toi

Par l’amour de mérite qui seul de Toi est digne
Que tombent Tes voiles et qu’enfin je Te voie !

Or, pour ces deux amours, je n’attends nulle louange
Pour l’un et l’autre, que la louange aille à Toi !

(Râbi’a)

Illustration: Boleslas Biegas

 

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