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Poésie

Archive for 21 mai 2017

Mon Coeur est lourd (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Mon Coeur est lourd

MON coeur est lourd, mon coeur est lourd dans ma poitrine.
Le soir tombe… Que l’on m’enterre avec mon coeur.

L’amour me fut celui qui dompte et qui domine,
Il parut dans ma vie en ennemi vainqueur.

Moi, j’attendais de lui la concorde divine,
L’hymne parfait chanté par les astres en choeur.

O mon palais détruit et mon temple en ruine ! …
Femmes, je n’ai pas su triompher de mon coeur.

Car toujours, en vivant, un destin nous domine,
Et mon destin, ce fut ce dur amour vainqueur.

Voici pourquoi mon coeur est lourd dans ma poitrine…
Que l’on m’enterre avec tout le poids de mon coeur…

(Renée Vivien)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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En te cherchant (Ahmad Shamlou)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



En te cherchant
au seuil de la montagne je pleure
Au seuil de la mer et de l’herbe.

En te cherchant
au passage des vents je pleure
Au carrefour des saisons,
Dans le châssis cassé d’une fenêtre qui prend
Le ciel enduit de nuages
Dans un vieux cadre.

En attendant ton image
Ce cahier vide
Jusqu’à quand
Jusqu’à quand
Se laissera-t-il tourner les pages?

Accueillir le flux du vent et de l’amour
Dont la sœur est la mort
Et l’éternité
Son mystère qu’elle t’a soufflé
Tu devins alors le corps d’un trésor
Essentiel et désirable
Comme un trésor
Par qui la possession de la terre et des pays
Est devenue ce que le cœur accueille.

Ton nom est un moment d’aurore qui sur le front du ciel passe
– Que ton nom soit béni! –

Et nous encore
Nous revoyons
La nuit et le jour
et l’encore.

(Ahmad Shamlou)

Illustration: Alex Alemany

 

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Je viendrai (Vahan Terian)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je viendrai

Moi je viendrai, quand tu resteras seul
Sous les ombres mélancoliques du soir
Quand tu enterreras tes rêves brisés
Et t’éloigneras découragé…

Moi je viendrai comme une chanson oubliée,
Tissée de prières, d’amour et de fleurs,
Quand dans ton cœur sans vie, affluera le chagrin
Je t’appellerai vers d’autres rives.

Moi je viendrai quand tu seras triste,
Quand tes rêves seront dissipés pour toujours,
Je prendrai ta main je prendrai ta peine
J’allumerai d’autres lumières dans ton âme…

(Vahan Terian)

Découvert ici Poèmes arméniens

Illustration: Alberto Galvez

 

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Vers les Sirènes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

Vers les Sirènes

Vous craignez le désir, ô compagnons d’Ulysse !
Aveugles et muets, l’âme close au péril
De la voix qui ruisselle et du rire subtil,
Vous rêvez des foyers qui recueillent l’exil
Aux pieds lassés. Moi seul, ô compagnons d’Ulysse,
Moi seul ai dédaigné la fraude et l’artifice,
Moi seul ose l’amour et le divin péril.

Dénouant leurs cheveux fluides, les Sirènes,
Ceintes de la langueur et du regret des morts,
S’approchent, un reflet de perles sur leurs corps.
Elles chantent… Leur voix se mêle aux clairs accords
Des vagues et du vent… J’entrevois les Sirènes…
Elles chantent l’amour qui corrode les veines
Comme un venin, et fait pleurer les yeux des morts…

Ô lâches compagnons d’Ulysse ! Pour une heure
Je donne l’existence humaine ! Pour un chant
Vaguement répété par la mer au couchant,
Pour un visage à peine entrevu, se penchant
Sur le miroir brisé des ondes, — pour une heure,
J’accepte le silence où le néant demeure,
Le silence où périt la mémoire du chant…

(Renée Vivien)

Illustration: Victor Mottez

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La Faunesse (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



La Faunesse

SES lèvres ont ravagé les grappes meurtries
Et bu le baiser rouge et cruel du Désir,
Elle ne connaît point les blanches rêveries,
Ni l’amour que les bras ne sauraient point saisir.

Ses regards ont fané la volupté des lignes,
Les roses de la chair, le marbre des contours.
Ses pas ont saccagé les vergers et les vignes,
Et les vierges ont fui devant ses yeux d’amour.

Eros l’agite, et Pan la sert et la protège.
Parfois, elle s’éloigne, et, lasse de l’Eté,
Elle appelle les vents sans parfum et la Neige
Qui promet l’impossible et douce chasteté.

(Renée Vivien)

Illustration: Schoeni

 

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L’ange de verre est descendu Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



L’ange de verre est descendu, l’oiseau
géant, la sentinelle des brouillards,
et le sommeil d’amour en fut voilé,
l’ombre de l’aile troublant l’eau
des seins légers sur le sable entrouvert.

Insaisissable cri sur une bouche où rage
la tempête de plumes, et déjà voici l’heure
et la rosée pesante où se séparent
jour et nuit, chair et cristal.

Un soleil bleu s’accroît. L’ange de verre
emplit les chambres nues, griffes serrées
sur les épaules des amants qui se délient.

Dans le jardin, rampe sur les terrasses,
comme un grand félin noir, échevelé,
l’odeur très pourrissante de l’automne.

(Jean Joubert)

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Canzone de l’endormie sur un doute (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Canzone de l’endormie sur un doute

Dormez, ne croyez plus, la joue à mon épaule,
qu’il n’est pas de tendresse au monde hors la nôtre,
que l’amour se disperse et meurt de l’un pour l’autre,
mais croyez aux zéphyrs s’aimant de pôle en pôle
et que les papillons sont les âmes des saules.
Dormez, voyez ce soir l’amour universel,
dormez en regardant par tous les yeux du ciel.

(Paul Fort)

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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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Je sais habiller de lumière (Yves Broussard)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Je sais habiller de lumière
l’acte le plus quotidien

(Yves Broussard)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

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Du sud, puis du nord (Richard Wright)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



 

épis

Du sud, puis du nord,
Tombe la pluie de printemps —
Luisants épis verts !

***

Spring rain from the south,
And then spring rain from the north, —
How the green corn glistens!

(Richard Wright)

Illustration

 

 

 

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