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Poésie

Archive for 23 mai 2017

Et moi je chante (Gérard Lenorman)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Et moi je chante

Je vois un train venir sur un nuage d’autrefois
Je vois une main tenir des fleurs mais elle n’a pas de doigts
Je vois un chien mourir d’avoir voulu suivre mes pas
Je vois l’hiver sourire aux années bleues de l’au-delà

J’entends tomber la pluie dans le jardin des magiciens
J’entends des symphonies jouées par mille musiciens
J’entends un oiseau gris hurler au vent dans le lointain
J’entends pleurer la vie dans ma mémoire sans lendemain

Je vois couler des villes au milieu d’océans cachés
Je vois des yeux qui brillent au silence des grands rochers
Je vois un jeu de quilles que je ne peux pas faire tomber
Je vois une petite fille ensevelie au miroir des années

Et moi je chante, je chante, je chante,
Je ne sais faire que ça je chante
De tout mon désespoir je chante, je suis heureux
Et moi et moi je chante, je chante, je chante
Je ne sais faire que ça je chante
De tout mon désespoir je chante, je suis heureux .

J’entends tomber la pluie dans le jardin des magiciens
J’entends des symphonies jouées par mille musiciens
J’entends un oiseau gris hurler au vent dans le lointain
J’entends pleurer la vie dans ma mémoire sans lendemain
J’entends un vieux tambour sonner la charge des statues
J’entends un cri d’amour que je n’ai jamais reconnu
J’entends les derniers jours frapper à mort ma tête nue
J’entends un troubadour chanter le temps qui ne reviendra plus

Et moi je chante, je chante, je chante
Je ne sais faire que ça , je chante
De tout mon désespoir je chante, je suis heureux
Je chante, je chante, je chante
Je chante
Je chante

Je chante, je chante, je chante
Je ne sais faire que ça je chante
De tout mon désespoir je chante !

(Gérard Lenorman)

Illustration: Zohre Etezadolsaltaneh

 

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LE PARADIS MON AMOUR (Hubert Antoine)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    Illustration
    
LE PARADIS MON AMOUR

le paradis est un détail
l’état avant la chair

c’est quand un geai aux trois couleurs
abat ses cartes sur la neige

quand ce que tu ne cherches pas
se trouve dans la promesse
d’un saut de truite

ce regard entre deux mouettes
une seconde après l’éclipse

(Hubert Antoine)

 

Recueil: tohu-bohu et brouhaha
Editions: Le Cormier

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Dieu n’est pas la voix dans la tempête (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    
dieu n’est pas
la voix dans la tempête

dieu est la tempête

au jour du jugement
dernier nous serons tous des arbres

***

god is not
the voice in the whirlwind

god is the whirlwind

at the last
judgement we will all be trees

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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L’homme-garou (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

L’homme-garou

Mon mari marche dans le champ couvert de givre,
un X, un concept
défini contre un blanc;
il oscille, entre dans la forêt
et s’y efface.

S’il n’est défini par mon regard
en quoi se transforme-t-il
quelle autre forme
se fond avec les pousses
souterraines, ondule à travers les eaux,
camouflée aux animaux attentifs
du marécage

À midi il
reviendra; ou peut-être
ne reviendra
que mon idée de lui
lui se cachant derrière.

Il se peut qu’il me transforme aussi
avec l’oeil du renard, l’oeil
du hibou, l’oeil aux huit
facettes de l’araignée

Je ne peux pas imaginer
ce qu’il verra
quand il ouvrira la porte

***

The Wereman

My husband walks in the frosted field
an X, a concept
defined against a blank;
he swerves, enters the forest
and is blotted out.

Unheld by my sight
what does he change into
what other shape
blends with the under
growth, wavers across the pools
is camouflaged from the listening
swamp animals

At noon he will
return; or it may be
only my idea of him
I will find returning
with him hiding behind it.

He may change me also
with the fox eye, the owl
eye, the eightfold
eye of the spider

I can’t think
what he will see
when he opens the door

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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Ce lieu sauvage (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



&

Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau
nbsp;   
Ce lieu sauvage est-il
réel ou non
cela dépend de qui y habite.

***

Whether the wilderness is
real or not
depends on who lives there.

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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Je suis un mot (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    
L’eau mouvante refuse de me renvoyer
mon reflet.

Les rochers ignorent.

Je suis un mot
dans une langue étrangère.

***

The moving water will not show me
my reflection.

The rocks ignore.

I am a word
in a foreign language.

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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Je prends cette photographie de moi (Margaret Atwood)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Je prends cette photographie de moi
et avec des ciseaux de couture
je découpe le visage.

Maintenant c’est plus exact;

Là où il y avait mes yeux,
absolu
ment tout apparaît

***

I take this picture of myself
and with my sewing scissors
cut out the face.

Now it is more accurate;

Where my eyes were,
every
thing appears

(Margaret Atwood)

 

Recueil: Le journal de Susanna Moodie
Traduction: Christine Evain
Editions: Bruno Doucey

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Berceuse (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Printemps-Eté-Automne-Hiver
    

Berceuse

Pose ta tête endormie, mon amour
Humaine sur mon bras infidèle ;
Le temps et les fièvres consument
La part de beauté
Des enfants pensifs et la tombe
Prouve que l’enfant est éphémère ;
Mais que dans mes bras jusqu’au point du jour
Repose cet être vivant,
Mortel, coupable, mais pour moi
Beauté absolue.

L’âme et le corps n’ont point de bornes ;
Aux amants étendus
Dans leur pâmoison coutumière
Sur la pente enchantée de son indulgence
Vénus gravement apporte la vision
D’une compassion surnaturelle,
Un amour, un espoir universels ;
Tandis qu’une intuition abstraite
Eveille parmi les glaciers et les rocs
L’extase sensuelle de l’ermite.

Certitude, fidélité
Sur le coup de minuit passent
Comme les vibrations d’une cloche,
Et les fous à la mode poussent
Leurs cris ennuyeux de pédants ;
Chaque centime de la dépense,
Tout de que prédisent les cartes redoutées
Sera payé, mais de cette nuit
Que pas un murmure, pas une pensée
Pas un baiser ni un regard ne soient perdus.

Tout meurt, la beauté, la vision, minuit :
Que les vents de l’aube qui demeurent
Soufflent sur ta tête rêveuse
Annonçant un jour d’une telle douceur
Que les yeux et le cœur qui cogne puissent louer
Ce monde mortel et s’en satisfaire ;
Que les midis de sècheresse te voient nourri
Par les puissances irréfléchies,
Que les nuits d’insulte te laissent vivre
Sous la garde de tout amour humain.

***

Lullaby

Lay your sleeping head, my love,
Human on my faithless arm;
Time and fevers burn away
Individual beauty from
Thoughtful children, and the grave
Proves the child ephemeral:
But in my arms till break of day
Let the living creature lie,
Mortal, guilty, but to me
The entirely beautiful.

Soul and body have no bounds:
To lovers as they lie upon
Her tolerant enchanted slope
In their ordinary swoon,
Grave the vision Venus sends
Of supernatural sympathy,
Universal love and hope;
While an abstract insight wakes
Among the glaciers and the rocks
The hermit’s carnal ecstasy.

Certainty, fidelity
On the stroke of midnight pass
Like vibrations of a bell,
And fashionable madmen raise
Their pedantic boring cry:
Every farthing of the cost,
All the dreaded cards foretell,
Shall be paid, but from this night
Not a whisper, not a thought,
Not a kiss nor look be lost.

Beauty, midnight, vision dies:
Let the winds of dawn that blow
Softly round your dreaming head
Such a day of welcome show
Eye and knocking heart may bless,
Find the mortal world enough;
Noons of dryness find you fed
By the involuntary powers,
Nights of insult let you pass
Watched by every human love.

(Wystan Hugh Auden)

 

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Je t’aimerai toujours (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Odile Wysocki-Grec

    

« Je t’aimerai toujours », jure le poète.
A moi aussi, il m’est facile de le jurer.
Je t’aimerai à seize heures quinze, mardi prochain:
est-ce encore aussi facile ?

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

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Chant funèbre (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Chant funèbre

Arrête toutes les horloges, coupe le téléphone,
Jette un os juteux au chien pour qu’il cesse d’aboyer,
Fais taire les pianos et avec un tambour étouffé
Sors le cercueil, fais entrer les pleureuses.

Que les avions tournent en gémissant au-dessus de nos têtes
Griffonnant sur le ciel ce message : Il est Mort,
Noue du crêpe au cou blanc des pigeons,
Donne des gants de coton noir à l’agent de la circulation.

C’était mon Nord, mon Sud, mon Est et Ouest,
Mon travail, mon repos
Mon midi, mon minuit, ma parole, mon chant ;
Je pensais que l’amour durait pour toujours : j’avais tort.

On ne veut plus d’étoiles désormais ; éteins-les toutes ;
Emballe la lue et démonte le soleil,
Vide l’océan et balaie les bois ;
Car rien maintenant ne vaut plus la peine.

***

Funeral blues

Stop all the clocks, cut off the telephone,
Prevent the dog from barking with a juicy bone,
Silence the pianos and with muffled drum
Bring out the coffin, let the mourners come.

Let aeroplanes circle moaning overhead
Scribbling on the sky the message He Is Dead,
Put crepe bows round the white necks of the public doves,
Let the traffic policemen wear black cotton gloves.

He was my North, my South, my East and West,
My working week and my Sunday rest,
My noon, my midnight, my talk, my song;
I thought that love would last for ever: I was wrong.

The stars are not wanted now: put out every one;
Pack up the moon and dismantle the sun;
Pour away the ocean and sweep up the wood.
For nothing now can ever come to any good.

(Wystan Hugh Auden)

 

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