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Poésie

Archive for 23 mai 2017

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour (Wystan Hugh Auden)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Ô, Dis-moi la vérité sur l’amour

D’aucuns disent que l’amour est un petit garçon,
D’autres disent que c’est un oiseau,
D’aucuns disent qu’il fait tourner le monde,
D’autres disent que c’est absurde,
Et quand je demandai au voisin,
Qui feignait de s’y entendre,
Sa femme se fâcha vraiment,
Et dit qu’il ne faisait pas le poids.

Ressemble-t-il à un pyjama,
Ou au jambon dans un hôtel de la ligue anti-alcoolique ?
Son odeur rappelle-t-elle les lamas,
Ou a-t-il une senteur rassurante ?
Est-il épineux au toucher comme une haie,
Ou doux comme un édredon pelucheux ?
Est-il dur ou plutôt souple sur les bords ?
Ô, dis-moi, la vérité sur l’amour.

Nos livres d’histoire en parlent
Avec des petites notes ésotériques,
C’est un sujet assez ordinaire
Sur les navires transatlantiques ;
J’ai vu la question traitée
Dans le récit de suicides,
Et je l’ai même vu griffonné au dos
Des indicateurs de chemin de fer.

Hurle-t-il comme un berger allemand affamé,
Ou gronde-t-il comme une fanfare militaire ?
Peut-on l’imiter à la perfection
Sur une scie ou sur un Steinway ?
Chante-t-il sans frein dans les réceptions ?
N’apprécie-t-il que le classique ?
Cessera-t-il quand on veut la paix ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

J’ai regardé dans la maison de vacances ;
Il n’y était même pas ;
J’essayai la Tamise à Maidenhead,
Et l’air tonique de Brighton.
Je ne sais pas ce que chantait le merle,
Ou ce que disait la tulipe ;
Mais il ne se trouvait ni dans le poulailler,
Ni sous le lit.

Peut-il faire des mimiques extraordinaires ?
Est-il souvent malade sur la balançoire ?
Passe-t-il tout son temps aux courses,
Ou gratte-t-il des bouts de cordes ?
A-t-il une opinion sur l’argent ?
Pense-t-il assez au patriotisme ?
Ses plaisanteries sont-elles vulgaires mais drôles ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

Quand il viendra, viendra-t-il sans avertissement
Au moment où je me gratterai le nez ?
Frappera-t-il à ma porte un veau matin,
Ou me marchera-t-il sur les pieds dans l’autobus ?
Viendra-t-il comme le temps change ?
Son accueil sera-t-il aimable ou brutal ?
Bouleversera-t-il toute mon existence ?
Ô, dis-moi la vérité sur l’amour.

***

O Tell Me The Truth About Love

Some say love’s a little boy,
And some say it’s a bird,
Some say it makes the world go round,
Some say that’s absurd,
And when I asked the man next door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn’t do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It’s quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I’ve found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn’t even there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton’s bracing air.
I don’t know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn’t in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I’m picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

(Wystan Hugh Auden)

 

Recueil: Dis-moi la vérité sur l’amour suivi de Quand j’écris je t’Aime
Traduction: Gérard-Georges Lemaire et Béatrice Vierne
Editions: Du Rocher

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Aie pitié Seigneur (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Jean Legrand
    
Aie pitié
Seigneur
de ma vacuité

Offre-moi
le verbe
créateur
d’un monde

*

Lorsque tu es
absent
tout est aveugle
Je vois
cette cécité
à l’oeil nu

***

Erbarme dich
Herr
meiner Leere

Schenk mir
das Wort
das eine Welt
erschafft

*

Wenn du
nicht da bist
ist alles blind

Ich sehe
diese Blindheit
mit nackten Augen

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Etudes (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    
Etudes

Études monotones
la litanie de la pluie
réveille le sommeil il roule
sur des cordes dans ma
conscience d’un
pas sourd
marchent
des régiments morts
à travers mon cerveau
sans nom sans visage
le temps
pleure une marche funèbre
face au juge inconnu
je lève ma main jurant
mon innocence
je ne suis
qu’une
goutte
coulant
dans la bouche
de la terre assoiffée

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Pas fini (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    

Pas fini

La fenêtre
des objets
mon corps étranger
dans la glace
la fenêtre

Je voudrais tout décrire
comme c’est
il n’est pas il fait
nuit

je n’ai pas
fini

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Aigu (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Aigu

Maison aux murs
ajourés

Hiboux les fenêtres
aveugles
nous regardent
sans nous voir

Sortez-nous le temps
de ses gonds

Sur le rosier verdoient
des épines

aiguës comme les débris
de notre espoir
Portes de vent
qui sortent et entrent

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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L’oeil (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

L’oeil

Émail de l’iris
le liquide lacrymal
verse du brillant
dans la courbe
où repose le noyau
caressé par l’eau

prédestiné
à l’aveuglement

Le spectre
tourne
autour de son axe
par le pont de lumière
toute apparition
pénètre la lentille

Monde jamais las
d’entrer

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Sans visa (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Sans visa
Venus au monde sans visa
aucune excuse
nous autres sommes toujours
suspects
Je hisse un mouchoir blanc
sur le belvédère
en tous sens
espérant
un visa vers l’amour
des germes
dans la foi verte
Il se pourrait même
qu’il y ait un printemps

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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S’il existait (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



&
 

Illustration: Anna Lea Merritt

nbsp;   

S’il existait

S’il existait
Un Dieu de l’amour
Nous vivrions encore aujourd’hui
Dans l’Éden
De peuple à peuple
De toi à toi

Si tu n’existais point
O Dieu de l’amour
Nous n’existerions pas

Rien n’existerait

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Tu es la voix (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    
Tu es la voix

Sois clément envers moi
Étranger
Je t’aime
Toi que je ne connais pas

Tu es la voix
Qui m’envoûte
Je t’ai perçue
Reposant sur du velours vert
Toi haleine de mousse
Toi cloche du bonheur
Et du deuil inextinguible

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Mener plus loin (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 Illustration
    
Mener plus loin

La pendule assassine
De son tic tac tes années

Aucune aiguille
Ne montre
Le chemin du retour

Le pas du temps
Te mènera
Au-delà

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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