Arbrealettres

Poésie

Archive for 24 mai 2017

Dans les brisants (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Dans les brisants,
Dans les cris des goélands,
Dans l’écume qui retombe en eau,
Dans la marée qui commence à monter,
Dans le goémon qui s’accroche aux rochers,

Je me convie.
Je m’y retrouve.

(Guillevic)


Illustration

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Vos nom, prénom (Francis Blanche)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017




Vos nom, prénom

Ne cherchez pas à lire mon nom sur mes papiers
J’ai lavé mes empreintes et j’ai perdu mon âge,
Appelez-moi fumée appelez-moi nuage
Laissez le reste en blanc sans rien me demander.

Je n’ai jamais volé que mes instants de chance,
Je n’ai jamais tué que le temps qui passait,
Mes poches sont percées mais je garde en secret
Le coquillage bleu au fond de mon enfance.

Vous n’avez pas le droit de prendre mes bretelles
Ouvrez-moi cette porte, rendez-moi mes lacets!…
Je n’ai rien demandé, simplement je passais,
Si je n’ai pas de nom c’est que nul ne m’appelle.

Je suis très bien ainsi, laissez-moi m’en aller
Je ne mendiais pas, n’étais même pas ivre
Et s’il faut à tout prix mettre un nom sur vos livres
Appelez-moi nuage, appelez-moi fumée…

(Francis Blanche)

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Je regarde rêveusement (Ko Un)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Je regarde rêveusement
la plaine où les gens travaillent
je regarde rêveusement
la tombe de mon grand-père
mort après une vie de travail

je sors la main de ma poche

(Ko Un)

 

 

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Encore ! (James Joyce)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



James Joyce

Encore !
Viens, donne, cède-moi toute ta force !
De loin un mot murmure tout bas au cerveau brisé
Son calme cruel, misérable soumission,
Adoucissant son craintif respect comme à l’âme prédestinée.
Cesse, amour silencieux ! Mon destin !

***

Again !
Come, give, yield all your strength to me!
From far a low word bretahes on the breaking brain
Its cruel calm, submission’s misery,
Gentling her awe as to a soul predestined.
Cease, silent love! My doom!

(James Joyce)

 

 

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Si tu crois rêver (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Si tu crois rêver

Si tu crois que l’heure
Est à tous les vents
Si tu crois Fauvette

Et si pour passer
Il suffit d’un rêve
D’un rêve et d’un peu
D’amour sur la plaie

Si tu crois Fauvette
A la courte paille
Si tu crois au vent
Oui dit des merveilles
Et aux voiliers bleus
Cachés dans la main

Alors nous aurons
Des saisons entières
Et un fil de soie
Pour tisser des nuits.

(Robert Momeux)


Illustration

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LE PASSE AVEC L’AVENIR (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



LE PASSE AVEC L’AVENIR

Il y a bien sûr l’accident
à quoi pensent ceux qui sont frêles et tristes
quand au-dessus des clochers et des dômes
un jour se lève
alors les étreint le Temps
empli de tous les uniformes du passé
des blouses d’anciens ouvriers raisonneurs
mais aussi l’impénétrable splendeur
d’un corps féminin de l’avenir
que détient en puissance une fillette penchée
sur le bassin ovale
d’un jardin muré
aux parterres encore froids.

(Jean Follain)

Illustration: Charles Augustin Lhermitte

 

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Iseut (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Alain Delafosse  Izenah

Iseut, comme une levée de galets,
comme une île à chèvres et à cormorans qui tiendrait
boutique en avant des terres,
ô mon île aux chevaux dans le chenal du temps.
Iseut millénaire polie par la mitraille des pluies,
je n’ai pas parcouru tes lichens, tes falaises compliquées,
pas encore, pas assez,
tes alluvions, tes allusions, tes digues
et le charivari du varech, la pourpre des îles, les naufragés,
et l’eau étrillée dans les trous à langoustes, les dundees et les mouettes,
Kerroc’h, Kerradenn, Keravel, tous les lieux d’Iseut
que je ne connais pas après des siècles à la varlope et au rabot,
mille kilomètres de lambeaux, de tronçons que je cours de la bouche,
et au fond de tous les grands fjords gouvernés par des maisons fortes
croissent en plein champ mimosas, fuschias et palmiers phénix.

(Paol Keineg)

Illustration: Alain Delafosse  

 

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Dans les chemins (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017


Dans les chemins,
le long des champs,
à proximité des fontaines,
l’on rencontrait des femmes allant,
la tête baissée sous des voiles noirs,
gardant au doigt une mince bague d’or.
Douleur, pudeur, léger luxe de l’or et,
aux cieux, le nuage passe.

(Jean Follain)

Illustration

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AUTOUR DE KEROUZAC’H (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Charles Augustin Lhermitte  jeune fille bretonne

AUTOUR DE KEROUZAC’H

Je viens de plus loin que le paysage.
Les prophètes massacrés ont disposé de hauteur en hauteur les tas de pierre du désastre.
Par le chemin de roses rouges une jeune fille découvre ses limites et ne croit pas à la mort.
Je l’ai perdue des yeux après le champ de maïs. Est-elle morte ?

Parce que le vent est le seul assaut dans ce pays de patience, je n’imagine pas de frontière au besoin de vivre.
Ma souffrance, je la réduis en poudre : je me fie à mon instinct.

(Paol Keineg)

Illustration: Charles Augustin Lhermitte

 

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LE CHARTIER EMBOURBÉ (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



 

LE CHARTIER EMBOURBÉ

Le Phaéton d’une voiture à foin
Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin
De tout humain secours. C’était à la campagne
Près d’un certain canton de la basse Bretagne
Appelé Quimpercorentin.
On sait assez que le destin
Adresse là les gens quand il veut qu’on enrage.
Dieu nous préserve du voyage !
Pour venir au Chartier embourbé dans ces lieux,
Le voilà qui déteste et jure de son mieux.
Pestant en sa fureur extrême
Tantôt contre les trous, puis contre ses chevaux,
Contre son char, contre lui-même.
Il invoque à la fin le Dieu dont les travaux
Sont si célèbres dans le monde :
Hercule, lui dit-il, aide-moi ; si ton dos
A porté la machine ronde,
Ton bras peut me tirer d’ici.
Sa prière étant faite, il entend dans la nue
Une voix qui lui parle ainsi :
Hercule veut qu’on se remue,
Puis il aide les gens. Regarde d’où provient
L’achoppement qui te retient.
Ote d’autour de chaque roue
Ce malheureux mortier, cette maudite boue
Qui jusqu’à l’essieu les enduit.
Prends ton pic et me romps ce caillou qui te nuit.
Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? – Oui, dit l’homme.
– Or bien je vas t’aider, dit la voix : prends ton fouet.
– Je l’ai pris. Qu’est ceci ? mon char marche à souhait.
Hercule en soit loué. Lors la voix : Tu vois comme
Tes chevaux aisément se sont tirés de là.

Aide-toi, le Ciel t’aidera.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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