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Poésie

Archive for 25 mai 2017

Une légère brise (Alain Jean-André)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



une légère brise pousse les nuages blancs
vers les montagnes bleues
je marche au milieu des chênes et des hêtres
sur un chemin silencieux
ma joie, qui peut la comprendre

je ne ramène rien de la forêt
ni bois mort ni champignon
je cueille seulement un bouquet de silence
qui brûle dans ma poitrine

(Alain Jean-André)

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Elle dansait (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Elle dansait – silence enveloppée de lumière
Brume dans une clarté de lune;
Une musique qui charmait la vue
Mais à l’oreille, étrangère.

Un enchantement, une fée vêtue
D’un mouvement – doux comme le sommeil;
Ellipse de toutes les joies
Somme de toutes les larmes.

Sa forme: l’esprit d’un poète,
Toutes-sensations!
Elle – substance du vent,
Profil d’une pensée lyrique;

Un être, parmi les choses terrestres
– Abandonné par le ciel;
A travers le temps, sur des ailes de lumière
Vers l’illimité!

[…]

Tremblante lueur dans l’air rose
Elle semblait refluer et couler
– Péril et beauté des souvenirs –
Ô pâle du temps traversé.

Elle pleurait du souvenir de sa douleur
Et soupirait à la joie incréée.
Ah, beauté – ardente, ardente!
Oh, corps – sage et blanc!

Elle disparut, nuage du soir
Rayon radieux du couchant.
Elle disparut. La vie, un instant, illumina
Les ténèbres à la flamme d’un rêve.

(Dylan Thomas)

Illustration: Alberich Mathews

 

 

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Vision et prière (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



 

Qui es-tu , toi
Qui nais dans
La chambre à côté
Si fort près de la mienne
Que je peux entendre la matrice
S’ouvrir et l’obscur soudain courir
Au-dessus du fantôme et de l’enfant délivré
Derrière le mur aussi fin qu’un os de roitelet?
Dans la chambre natale inconnue au feu
Et au voeu du Temps l’empreinte
Du coeur de l’homme ne
Répand nul baptême
L’obscur seul
Bénit le très
Sauvage
Fils.

Je dois reposer
Comme pierre
Contre le mur en os
De roitelet, écoutant le
Gémissement de la mère cachée
Et la tête d’ombre de la douleur
Projetant le futur comme une épine
Et les sages-femmes du miracle chantent
Jusqu’à ce que le turbulent nouveau-né
Me brûle de son nom et de sa flamme
Et que le mur ailé se déchire
Sous sa couronne torride et
Rejette l’obscur d’un
Coup de reins à
La lumière
Vive.

Quand
L’os d’oiseau
Se tordra et se
Brisera et quand la
Première aube en un flot
De colère essaimera les parages
De l’éternité de l’enfant qui éblouit
Le paradis et de la mère virginale
Eclaboussée qui le porta, avec un feu
De joie dans la bouche et sut le bercer
Comme une tempête, je fuirai à perte
De souffle en terreur soudaine et
En lumière de la chambre
Décapuchonnée hurlant
En vain dans le
Chaudron
De son
Baiser.

En
La vrille
Du soleil dans
Le cyclone écumant
De son aile, oui, j’étais
Perdu, oui, moi qui crie
Contre le trône détrempé de
L’homme dans sa fureur native
De ses flots et des éclairs de l’adoration
Dos tournée contre le noir silence mêlé
Des larmes, oui, j’étais perdu, moi
Qui parviens abasourdi
Au paradis et à son
Découvreur et le haut
Midi de sa blessure
Aveugle mon
Cri.


Couché sur l’autel
De sa poitrine
Flamboyante je m’éveillerai
Au Jugement divin des fonds sans
Cage de la mer au nuage montant de
La tombe qui s’exhale à la poussière
Qui s’élève et salue chaque grain
De sa flamme. Ô spirale de
L’ascension de l’urne-
Vautour du matin de
L’homme quand
La terre
Et

La
Mer
Génésique ont
Loué le soleil lui, le
Découvreur le juste
Adam nouveau-né chanta
L’origine elle-même! Oui, les
Enfants ont des ailes! Ô l’envol vers
La blessure des anciens enfants égarés
Dans les canyons de l’oubli! La foulée
Stellaire de ceux qui furent tués
Dans les batailles! Les saints
Nés de leurs propres
Visions! La maison où
Habite le monde!
La peine souffre
Ouverte et je
Meurs.

[…]

Le voeu et le feu de la prière me brûlent
Dans une soudaine bénédiction du soleil.
Au nom des damnés, je reviendrai
Et pourrai courir vers
La terre cachée mais le
Soleil, si fort,
Baptise le
Ciel. Je
Me
Trouve.
Ô laissez-le
M’ébouillanter,
Me noyer dans sa
Blessure-au-monde. Son
Eclair est une réponse à mon cri.
Ma voix brûle dans sa main.
Désormais je suis un égaré car il m’éblouit
Aussi. Le soleil rugit à la fin de ma prière.
(Dylan Thomas)

 

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Quarante ans (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Quarante ans

Je connais peu ma vie. Je ne l’ai jamais vue
S’éclairer dans les yeux d’un enfant né de moi.
Pourtant j’ai pénétré le secret de mon corps. O mon corps !
Toute la joie, toute l’angoisse des bêtes de la solitude
Est en toi, esprit de la terre, ô frère du rocher et de l’ortie.
Comme les blés et les nuages dans le vent.
Comme la pluie et les abeilles dans la lumière,
Quarante ans, quarante ans, mon corps, tu as nourri
De ton être secret le feu divin du Mouvement :
Tu ne passeras pas avant le mouvement de l’univers.
Que le son de ton nom inutile et obscur
Se perde avec le cri du dormeur dans la nuit ;
Rien ne saurait te séparer de ta mère la terre.
De ton ami le vent, de ton épouse la lumière.
Mon corps ! tant que deux cœurs séparés, égarés ,
Se chercheront dans les vapeurs des cascades du matin.
Tant qu’un douzième appel de midi vibrera pour réjouir
La bête qui a soif et l’homme qui a faim ; tant que le loriot.
L’hôte des sources cachées, renversera sa pauvre tête
Pour chanter les louanges du Père des forêts ; tant qu’une touffe
De myrtil noir élèvera ses baies pour leur faire respirer
L’air de ce monde, quand l’eau de soleil est tombée,
errante poussière ! ô mon corps ! tu vivras pour aimer et souffrir.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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A la pleine lune qui se lève (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017


Vas-tu sitôt m’abandonner?
A l’instant tu étais si proche!
De lourdes nues t’entourent d’ombre,
Et maintenant tu n’es plus là.

Mais tu sens quelle est ma tristesse,
Ton bord surgit comme une étoile!
Tu viens me témoigner qu’on m’aime,
Si loin de moi que soit l’aimée.

Monte donc! Epands ta clarté
Au ciel pur, dans tout son éclat!
Si mon coeur bat plus vite et souffre,
La nuit est transportée de joie.

(Goethe)


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Où le colibri suspend-il (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Entends-tu des détonations
jaunes au milieu de l’automne ?

Quelle raison ou déraison
fait que la pluie pleure sa joie ?

Quels oiseaux dictent l’ordre à suivre
par la bande au cours de son vol ?

Où le colibri suspend-il
sa symétrie éblouissante ?

(Pablo Neruda)

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La Quenouille (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017




La Quenouille

L’enfant, voyant l’aïeule à filer occupée,
Veut faire une quenouille à sa grande poupée
L’aïeule s’assoupit un peu ; c’est le moment,
L’enfant vient par derrière, et tire doucement
Un brin de la quenouille où le fuseau tournoie
Puis s’enfuit triomphante, emportant avec joie
La belle laine d’or que le safran jaunit,
Autant qu’en pourrait prendre un oiseau pour son nid.

(Victor Hugo)

Illustration

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En pleine matinée sur la place de la Bastille (Gabriel Cousin)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



C’était en pleine matinée sur la place de la Bastille.
L’air vif colorait les joues des femmes qui marchaient
nerveuses et légères comme le génie.
La Seine souriait et le printemps faisait lever la tête.

Lui était là, sur la grille d’une bouche de métro,
dans le sommeil impénétrable de la misère.

Les passants l’enjambaient et fonçaient vers leur travail,
vers leur joie, vers leur détresse.

Le ciel piquait des pâquerettes dans les yeux des femmes.

(Gabriel Cousin)


Illustration

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Insatisfaction (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Insatisfaction

Que cela me suffise
La joie des arbres fruitiers
Se gorgeant de soleil
Des sentiers bordés de haies
Où mûrissent des baies

Que cela me suffise
L’odeur de l’herbe et des feuilles
Une aube souriante
Un matin jovial
Un jour clair dans les mains de la marée

Que cela me suffise
Un soir de paix
Une nuit animale
Qui rampe sans bruit
Dans son pelage d’étoiles

Que cela me suffise
La chair d’une orange
Et celle de ton corps
Quand s’ouvre la maison de tes doigts

Mais cela ne me suffit pas.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Anne-François-Louis Janmot

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