Arbrealettres

Poésie

Archive for 26 mai 2017

La saveur du temps (Paul Farellier)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Agim Sulaj e33 

La saveur du temps

Cela passait par la mémoire,
venait très doux

comme une main posée sur l’épaule,
une victoire distraite de l’absence.

Le matin seulement,
sur ses premiers pas,

une rouille fugitive
pour surprendre la saison.

Non l’avenir
qui se grime en promesse,

mais ce bord perdu

à rêver la saveur du temps.

Cette voix
tout au fond du monde,

cette voix qui tombe
loin de ta parole et de son temps,

loin de ces désirs de joie
où tu perds ton ombre,

voix hors de propos,
appel dru lacérant ta présence,

griffe du profond labour,
cette voix sans toi,

pour toi, tout au fond

de toi l’inattentif.

(Paul Farellier)

Découvert ici : Les Mots pour Savoir

Illustration: Agim Sulaj

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Histoire de temps et de désinvolture (Denis Grozdanovitch)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Plus nous circulions rapidement et facilement d’un endroit à un autre,
moins nous éprouvions la joie de nous déplacer ;
plus étrange encore : à mesure que nous tentions de faciliter nos déplacements,
cherchant à en résorber les ultimes inconvénients,
ces derniers semblaient au contraire se multiplier d’eux-mêmes,
nous entraînant dans un maelström d’agitation fiévreuse…

Le moment était peut-être venu, à vrai dire,
de nous poser sérieusement la question :
et si le temps gagné par l’entremise de la vitesse
était inutilisable pour le bonheur ?

(Denis Grozdanovitch)

Découvert chez Lara ici

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

SAGESSE (Nicole Barrière)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

SAGESSE

La facette secrète du diamant
L’impossible vérité
L’intime du souffle
L’encre figée sur le papier.
La présence du silence
A l’instant de mourir
Étrangers, de se perdre dans le tourment d’une antique parole,
J’ai rêvé l’émerveillement du soleil sur une pierre blanche
et l’eau de lune enveloppée de la nuit.
Sur le carreau du temps bourdonne une libellule,
Devenir, le silence, le repos, le passage, l’exil
l’ombre commune, le malheur commun, l’errance
la soif, l’absolu, le désert de l’âme, la source de la joie
l’amer, l’infini, le grain de sable, l’étoile
Les mots, corps célestes
Une interrogation
éternelle en deçà de la mort
Présence des visages
Avec pour exil, le même mot
Avec
pour voyage, le regard de la
même eau
Avec pour bagage, l’amour
du même feu.

(Nicole Barrière)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ARBRE-A-LAIT (Francis Jammes)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Auguste Renoir

L’ARBRE-A-LAIT

L’ARBRE-A-LAIT de Bernadette, c’est sa mère.
L’enfant, comme un fruit entre deux branches
suspendu, se gonfle de suc, tenue entre les bras.
La bouche de la têteuse se prend au sein où les veines
dessinent une voie lactée, et la sève aspirée s’épand dans
ces petits os, ces mignons ongles, cette peau de rose, y fixe ses gracieux éléments,
et fait de Bernadette un trésor composé de la fleur du minéral.
Souvent, alors qu’aucune brise ne l’agite, l’arbre maternel saisi de joie chante.

(Francis Jammes)

Illustration: Auguste Renoir

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les mots c’est une roue en mouvement (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Les mots c’est une roue en mouvement et pourrais-je ordonner leur vertige ?
Ma voix s’aiguise à cette meule.

Gel et silence : le simple cri d’une herbe bouleverserait ce désert.
Découverte surprenante : hennir et devenir vert !

Un arbre s’ébroue, un cheval se couvre de feuilles.
Étendues raides, et pourtant nul coup n’a retenti :
antilopes de la joie, si beaux cadavres.

Qui dérange ainsi le damier de la nuit ? Il va falloir couper cette infatigable main.
L’encre aux doigts d’énigme, les hiéroglyphes de la page.

À peine délivré des mailles de la pensée, je retombe dans les rets du chant.
Être un instant cette mouette qui équilibre toute la mer !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Avoir la foi (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Avoir la foi
de tous, faire
des choses, dire
des mots compris ensuite par tous, et qui sont
comme le vin et le pain,
comme les enfants et les femmes,
valeurs
de tous.

jouir
de la joie profonde
de n’être plus moi.

(Umberto Saba)

Illustration: Denis Jeanteur

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le ciel était encore clair (Béatrice Marchal)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Le ciel était encore clair
sur la masse des arbres noirs,
à la brume se mêlait une odeur
de feu de bois.
Un élan soudain
vers la joie l’amour
soulevait l’enfant
dans le crépuscule d’automne.

Sur la profondeur entrevue
se refermait la nuit,
il fallait rentrer.

(Béatrice Marchal)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Lisa Lea Bemish

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

UN FEU DISTINCT… (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Brad Kunkle Seer_lrg-780x530

UN FEU DISTINCT…

Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
La violente vie illuminée entière…
Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
Après le premier temps de sommeil malheureux;
Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille
N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

Comme à la vide conque un murmure de mer,
Le doute, — sur le bord d’une extrême merveille,
Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

DOMINUS DOMINO (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

DOMINUS DOMINO

L’eau qui affleure entre les saules invente un abîme d’étoiles.
L’espace à y rêver je le déploie et il m’obsède.
Mon songe crée ce vide où il s’aggrave.
Ma profondeur me montre en moi mon défaut
mais je suis sa borne en elle,
nous nous sommes étrangers corps à corps.

[…]

Paroles et brises se font de plus en plus impalpables.
La clarté s’amenuise sans une ombre.
Exister s’exténue comme un hymne. Mon absence
me pleure de joie dans les mains.

(Jean Grosjean)
Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :